• Histoire du passé 2/2 •

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Comme les trois nuits précédentes, Astal ne profita pas d’un sommeil reposant. Elle avait fait le même cauchemar toutes les nuits, enchaînée sur un tapis volant, perdue en plein milieu du désert Sahirien. Mais cette fois Terendul n’était pas là pour la sortir du sable écrasant. Elle se noyait sans cesse dans cet océan doré, et se réveillait brusquement, les cheveux collés sur son front transpirant.

Cette nuit-là fut différente. La jeune fille se voyait toujours basculer du tapis et mordre le sable brûlant, mais pour la première fois, celui-ci ne l’avala pas. Ahurie, elle se releva et observa les dunes autour comme si elle les voyait pour la première fois. L’étendue du désert lointain semblait se mouvoir houleusement, comme si les dunes qu’elle regardait avaient pris vie et avançaient vers elle dans un bruit de vagues agitées. Le sable sous ses pieds se mis lui aussi à tanguer, manquant de la faire trébucher et l’obligeant à fermer les yeux pour ne pas vomir. Ce balancement d’avant en arrière lui donnait mal au cœur. Un air iodé et amer lui picota les narines, accentuant son mal de ventre. Le bruit des vagues devenait de plus en plus fort et précis, et la demi-elfe crut entendre au loin l’éraillement des gwelanns, oiseaux marins d’une espièglerie sans nom.

Astal prit une grande bouffée d’air frais, et ouvrit les yeux lorsqu’elle comprit qu’elle ne se trouvait plus dans le désert du Sahir. Ce n’était plus le sable qui tanguait sous ses pieds, mais le bois humide d’un navire qui la transportait. Les dunes avaient laissé place à un océan furieux qui se déchaînait sur le bateau.

Méliel et Terendul étaient là, eux aussi, et se démenaient avec le reste de l’équipage pour raccrocher la voile blanchâtre qui claquait au vent. Une vague s’abattit à tribord, ébranlant le bâtiment et déstabilisant les marins. La demi-elfe voulut rejoindre son cousin et l’aider, mais une nouvelle secousse la fit tomber au sol. Les vagues n’en était cette fois pas la cause. Des centaines de cris stridents percèrent le ciel noir. Elle aperçut ses deux compagnons empoigner les premiers objets tranchants qu’ils trouvèrent, et s’éloigner du bord, imités par d’autres matelots.

Une minute de calme passa sur le bateau, pendant laquelle la jeune fille crut apercevoir une silhouette féminine, habillée de son plus simple appareil, qui semblait marcher sur l’océan. Ses longs cheveux bleus couvraient ses seins et descendaient presque jusqu’à ses hanches. Elle pointa du doigt un des matelots, un nain à la peau sombre qui portait un bouc grisonnant et fournit, et Astal entendit une voix douce lui murmurer :

― Souviens-toi de lui.

Puis, la silhouette nue disparut aussi vite qu’elle était venue, et les bruits alentours reprirent de plus belle. Tout se passa très vite, et Astal ne vit pas grand-chose. Elle entendit les cris d’horreur des hommes qui basculaient par-dessus bord mêlés aux hurlements acéré des créatures qui les avaient agrippés, les coups de feu, les pleurs, les prières, et une voix au loin, qui l’appelait. Elle tourna la tête, et son visage se décomposa. Rwan, son vieil ami de Celestiae, s’accrochait désespérément au bastingage, entraîné vers le fond par plusieurs créatures horrifiques. Elle se précipita vers lui mais le manqua, et lut la panique dans les yeux de la fée.

― Astal !

Méliel s’époumonait à l’appeler, mais elle ne l’entendait pas. Le cri de terreur des marins se confondaient avec celui de douleur de la demi-elfe. Elle voulut se précipiter dans l’eau pour sauver son vieil ami, quand deux mains caleuses lui enserrèrent fermement la taille et l’éloignèrent du bord.

― Astal ! gronda de nouveau Méliel. Réponds-moi, nom d’un chien !

Soudain, la jeune fille ouvrit les yeux, haletante, et se retrouva à quelques centimètres du visage du sylvestre. Ses joues étaient inondées de larmes et une douleur vive cognait dans sa tête, mais elle ne se trouvait plus sûr un navire en pleine tempête. Ce n’était qu’un mauvais rêve de plus. Très réaliste, certes, mais rien qu’un mauvais rêve.

Elle sentait la main forte du garçon dans son dos, et son souffle chaud lui chatouiller le cou. Elle recula en rougissant, et se mordit la lèvre de honte. Méliel toussota.

― Encore un cauchemar ? demanda-t-il après s’être redressé. Tu en fais toujours autant à Alferilim ?

― Non, jamais, avoua-t-elle faiblement. Seulement depuis qu’on est partis.

L’elfe fronça les sourcils mais ne dit rien. Il se releva en époussetant son pantalon et lui tendit la main.

― Ça va, grogna Astal en repoussant la main du garçon.

― Non, ça ne va pas, rétorqua-t-il en lui reproposant sa main. Tu es tellement bouleversé que tu ne sais plus mentir. Viens te battre avec moi, je suis sûr que l’idée de me faire mordre la poussière te revigorera.

Elle lui lança un regard noir mais accepta son aide. Méliel affichait un petit sourire en coin. Il comptait bien sur le désarroi de la princesse pour gagner le duel. Pour une fois. Le sylvestre lança un coup d’œil à Terendul, qui dormait toujours, et décida de ne pas prévenir Astal de sa reprise de conscience. Mieux valait ne pas trop la désorienter.

Ils ne s’échauffèrent pas longtemps. Quelques mouvements bâclés leur suffirent avant qu’ils ne se mettent en position. A peine l’elfe s’était-il placé que la jeune fille le chargeait. Trop émotive, elle avait laissé les frayeurs de la nuit l’atteindre et l’aveugler. La voyant attaquer aussi imprudemment, Méliel se recula et tendit sa jambe droite pour faire trébucher Astal, qui finit le nez dans le sable.

Il lui fit un signe provocateur, et elle se rua de nouveau vers lui. Cette fois, il lui attrapa le poignet et la déséquilibra, mais elle ne chuta pas. Elle voulut le frapper au flanc, mais il avait déjà paré et attraper son poing dans son autre main. D’un mouvement vif, il glissa derrière elle et lui tordit le bras, ce qui lui arracha un grognement de douleur mêlé de colère.

― Utilise ta tête, pas tes muscles, railla-t-il en lui lâchant le bras.

Pour toute réponse, elle lui asséna un coup de coude dans le nez. Il tituba de deux pas avec un rire amusé.

Une heure passa, et Astal finissait toujours au sol, couverte de poussières et d’ecchymoses, son trouble toujours autant présent.

― Est-ce que tu veux en parler ? demanda Méliel alors qu’il l’aidait à se relever une énième fois.

― En quoi ça te regarde ? grinça-t-elle en le bousculant.

Le fossé qui les séparait s’était peut-être rétréci, mais toujours bien présent. A cette pensée, Méliel se crispa. Ils n’étaient pas amis. Il avait essayé de la tuer, et s’il cherchait à l’aider aujourd’hui s’était surtout pour soulager sa propre conscience.

― Laisse tomber, souffla-t-il, énervé.

Il se tourna, les mains dans les poches, et s’éloigna dans la forêt.

― Au fait, ton cousin est réveillé, lança-t-il en disparaissant dans la végétation.

Astal le regardait partir, ahurie. Qu’avait-elle dit ?

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