Drogue

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Elle coule à flot dans mes veines !

Luttant contre l'ennemi pyrogène

Certains diront double peine

Face à ses effets hallucinogènes

Elle coule à flot dans mes veines

Certains diront quelle déveine !

Je dirais plutôt quelle aubaine !

Si toute ivresse n'est pas vaine.

***

- Je ne te savais pas poète Louis.

- On ne peut pas vraiment appeler cela poésie. Heureusement Emma, il y a encore quelques mystères que tu n'as pu saisir en moi. Parfois j'ai l'impression que tu es une amie d'enfance pour être aussi proche de mes pensées.

- Tu es peut-être la personne que j'attends depuis l'enfance.

- On se connait à peine. Je n'imaginais pas occuper une place aussi importante dans ta vie. J'aime beaucoup te parler ouvertement sur n'importe quel sujet. Tout parait évident. J'ai déjà ressenti cette impression avec Pierre, de manière différente, sans avoir besoin de parler. Lorsque que nous étions ensemble, que nos corps étaient réunis, rien ne semblait pouvoir nous atteindre. C'est peut-être pour cette raison que nous ignorons l'un comme l'autre le sentiment de jalousie.

- Je comprends ce que tu veux dire. Je n'ai jamais ressenti cette impression avec un conjoint mais je la partage avec Julien depuis son plus jeune âge. L'évidence ne se cultive pas, elle advient. Il est donc possible de ne jamais la rencontrer.

- Je partage ton avis et lorsqu'elle nous quitte, on se sent dessaisi d'une partie de soi...

- Quant à la drogue, c'est fun entre le sexe et le rock and roll, beaucoup moins fun quand on est contraint d'en consommer. Je n'ai jamais pris de drogue dans ma vie et voilà que je ne peux plus m'en passer.

- Tu ne peux plus t'en passer mais tu n'es pas addict pour autant. C'est la douleur qui absorbe la drogue. Tu es donc dépendante d'un médicament, pas d'une drogue, la nuance est importante. Je sais maintenant utiliser ces substances du mieux possible contre la douleur rebelle. Ce traitement ne me pose pas plus de problème qu'un autre.

- Je n'avais pas vu les choses sous cet angle. J'ai été longtemps très réticente à l'idée de prendre des morphiniques. J'avais déjà la chimio... Je ne retrouvais plus mon corps envahi par ces poisons. La douleur parfois me rappelait que j'étais en vie, jusqu'au jour où elle est devenue trop intense. J'ai compris que je n'arriverais pas à la maitriser par la puissance de l'esprit.

- Depuis que tu as franchi cette porte, il y a un poème de Baudelaire qui revient sans cesse à mes pensées. Il parle de l'ivresse...

- Lis-moi ce poème Louis.

***

ENIVREZ-VOUS

Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous !

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge ; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

Baudelaire (In Les petits poèmes en prose)

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