59 - Sweet Revenge

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 J'ai la tête légèrement dans le brouillard quand j'entends tambouriner à la porte. J'ouvre les yeux à moitié. La lumière du jour filtre à travers les rideaux de la fenêtre. Corentin peine à sortir du lit. Quand il réalise que la sonnette de son appartement résonne, il finit par quitter le lit en se passant les mains dans les cheveux, attrape ses habits et se vêtit rapidement.

 Du lit, j'entends des murmures, puis il réapparaît avec une expression étrange.

 – Max, c'est ta mère.

 – Ma mère ?

 Il doit être en train de blaguer. Il me semble entendre en sourdine mon portable vibrer. Je me penche vers la table de nuit et déverouille l'écran. Quatre appels en absence. On dirait bien que Will a essayé de me prévenir, sans succès.

 Je soupire profondément et sors du lit agacé. Qu'est-ce qu'elle me veut ?

 Je me rhabille devant Corentin qui en profite pour me relooker, l'air de me faire comprendre que ce n'est que partie remise.

 – Tu parles d'une nouvelle année... grommelé-je. Elle aura pris des résolutions et décidé de les mettre en application précisément aujourd'hui quand ça fait des années qu'elle ne s'y tient pas...

 Je me passe la main derrière la nuque, me demandant ce qu'elle peut bien me vouloir. Et surtout, surtout, je maudis Will de m'avoir vendu. Est-ce qu'il était vraiment obligé de lui dire où j'étais ?

 Je sors sans prendre le temps d'enfiler ma veste après un dernier regard à Corentin. Il me fait signe de l'appeler. Je m'en veux un peu de l'abandonner là le premier jour de l'année.

 Claire n'a pas franchement l'air avenante. On dirait que ni ses séances de Yoga ni ses séances de fengshui ne sont parvenues à la détendre. Ce qui me fait penser... que je n'ai même pas ouvert son cadeau. Il doit encore être sous le sapin. Peut-être que c'est pour ça qu'elle affiche une tête de trois pieds de long.

 – Will est à l'appart, si tu le cherches.

 Elle ferme les yeux, agacée.

 – Ce n'est pas lui que je cherche, mais toi.

 – Ah bon ? Et que me vaut cet honneur ? rétorqué-je, ironique, en poussant la porte du studio.

 – Je suis juste venue vous rendre visite pour la nouvelle année comme aucun de vous deux ne daigne m'appeler pour prendre de mes nouvelles. J'espérais vous trouver à l'appartement, et qu'est-ce que je constate ?

 Je soupire longuement, usé à l'avance de la tournure que prend la conversation.

 – Et pourquoi tu as passé la nuit chez ton voisin, d'abord ?

 – Maman, je suis adulte...

 – Mais tu habites juste à côté !

 – Pour info au cas où tu ne te souviendrais pas, l'appart est squatté par son altesse sérénissime depuis deux mois au moins.

 – C'est ton frère !

 – Et c'est pour ça que j'ai besoin d'un minimum d'intimité, rétorqué-je, de plus en plus énervé.

 Pourquoi a-t-il fallu qu'elle se pointe aujourd'hui ? Est-ce que je suis vraiment obligé de me justifier ? Dans le salon, William se prépare un café et fait mine de ne pas nous entendre.

Sale traître ! C'est toi qui m'a vendu !

 Je me demande ce qu'il a bien pu lui dire. D'habitude, elle n'est pas du genre à s'occuper de mes affaires. Je lance au frérot un regard noir. Bien sûr, il m'ignore superbement.

 – De l'intimité ? Chez ton voisin ? s'égosille Claire.

 Sa voix reste coincée dans sa gorge.

 – Ecoute maman, est-ce qu'on est obligé d'avoir cette conversation ?

 – Bien sûr que oui, c'est moi qui paie le loyer !

 Je ne sais pas ce qu'elle s'imagine, mais visiblement l'idée a du mal à passer. Jugeant préférable de calmer les choses, je respire un bon coup et réponds le plus posément possible :

 – Oui, c'est toi qui paye pour l'appart et je t'en remercie. J'avais juste envie de passer le nouvel an avec un ami, c'est tout. Je comptais t'appeler dans la matinée.

Un ami...

 Je me déteste, je suis lâche.

 Suspicieuse, Claire me jette un regard remplie de doutes et jauge de mon honnêteté.

 – Vraiment... insisté-je.

 Claire finit par se détendre un peu et enchaîne sur la raison de sa venue. En une demi-heure, elle évoque son voyage annulé pour cause de bug fengshuien, sa nouvelle thérapeute énergétique sensationnelle, la conversation qu'elle a eu avec notre chat décédé : "si vous saviez comme elle était douée ! Elle a même su que Cajou dormait sur un plaid rouge lorsqu'il était encore parmi nous."

 Will et moi l'écoutons d'une demi-oreille sans oser interrompre son monologue. J'en profite pour envoyer un message au frérot.


9h13

De : moi

A : Will

Pourquoi tu lui as dit que j'étais chez Corentin ?


 Will m'accorde à peine le regard. Je relève franchement les yeux et le fixe intensément. Si je pouvais l'incendier sur place, je l'aurais fait.


De : Will

A : moi

C'était une info confidentielle ?


 Je pianote rapidement.


De : moi

A : Will

A ton avis ?


De : Will

A : moi

Elle ne me lâchait pas avec ça. Qu'est-ce que tu voulais que je fasse ?


Que tu me couvres, comme n'importe quel frère digne de ce nom ! Mais non, tu t'es surtout gardé d'attirer l'attention. Trop peur de ce qu'elle dirait si elle savait que tu as arrêté le violon !

 Il faut croire que la lâcheté est de famille... Je repense à Corentin que j'ai planté au lever du lit. Est-ce qu'il va m'en vouloir ? Non, ce n'est pas son genre. En même temps, s'il m'avait fait ce coup-là, je crois que je l'aurais mal pris.

 Angoissé à l'idée de ce qu'il pourrait penser, je m'empresse de lui envoyer un message.


De : moi

A : Corentin

Désolé...


 Et Claire qui n'en finit pas de déblatérer toute seule. Je ferme les yeux et soupire intérieurement. Je crois qu'elle remarque que je ne suis pas dans mon état normal, parce qu'elle interrompt soudain son flot de parole :

 – Maxime, ça ne va pas ?

 – Sisi, tout va bien.

 – Tu n'as pas l'air dans ton assiette...

Bah voyons, tu as juste foutu en l'air ma journée, mais sinon, à part ça, tout va bien !

 – Sisi, ça va, je t'assure !

 – Il a eu une nuit difficile, commente William, un sourire mesquin plaqué sur le visage.

 Mon cœur fait un bon dans ma poitrine. Mais quel enfoiré !

 Interpellée, Claire se lève du sofa où elle s'est assise.

 – Oui, c'était le nouvel an après tout, me justifié-je, on a bu un peu et on s'est couché tard. D'ailleurs, je crois que je vais aller dormir. Tu m'excuseras, maman, mais tu peux rester discuter avec Will. Il est d'humeur bavarde aujourd'hui et on dirait qu'il a plein de choses à te raconter !

 Sans un mot, je me lève et prends la direction de ma chambre. Arrivé dans le couloir, je me retourne pour une dernière précision :

 – Ah oui, et tu sais, Will, cette histoire à New York dont tu m'as parlé ? Tu devrais en parler à maman. Elle saura mieux t'aider que moi !

Bien fait ! T'avais qu'à pas me chercher !


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