28 - Alone In Despair

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/!\ CONTENU SENSIBLE, POUR PUBLIC AVERTI /!\

 Je mets plusieurs minutes à me remettre de mes émotions, récupère mes affaires et quitte l'auditorium tandis que le jury délibère encore. L'air grave, je repense à Griffin qui m'a déconseillé toute participation aux concours. Puis me remémore la prestation d'Eliot. Dans l'absolu, il a plutôt bien joué. Mais "bien jouer" suffit-il à surpasser un génie né ?

 Il est midi quand je regagne le hall. Les élèves affluent, se précipitent pour aller manger. J'aperçois Dimitri quitter le couloir qui mène à la loge, suivi de Corentin. Sans hésiter, je m'élance dans sa direction, puis me fige, réalisant que cette soudaine intimité n'est que le fruit de mon imagination : Corentin et moi ne partageons rien. C'est à peine si nous nous connaissons. Que suis-je en train de faire au juste ? Presque instantanément, Eléna sort du couloir et passe son bras autour du sien, rigole, la tête sur son épaule. Elle s'affiche sereine, confiante, tandis que mes illusions s'effondrent.

 Rouge de honte, j'invoque la formule fenghuienne censée me faire disparaître, quand Corentin finit par me repérer au milieu des autres élèves. Il ne dit rien, ses yeux soutiennent les miens une fraction de seconde de trop. Je ne suis pas certain de ce qu'il y voit, mais il esquisse un discret mouvement d'épaule pour se défaire d'Elena. La boule au ventre, je fais demi-tour et quitte l'Académia.


 William s'active aux fourneaux lorsque je passe le pas de la porte. L'appartement embaume les légumes grillés qu'il s'affaire à faire sauter à grand feu. Il a passé le tablier de Claire et siffle allègrement. Je me demande ce qui le met de si bonne humeur tandis que mon moral est au plus bas.

 - Déjà rentré ? demande-t-il, curieux.

 - Mmm.

 Je pose mes affaires à l'entrée, quitte mes chaussures sans un mot et me dirige machinalement vers les placards.

 - Tu ne comptes quand même pas manger encore une de ces foutues boites ?

 - Parce que tu as quelque chose contre les ramen ? protesté-je, de mauvaise humeur.

 Je mets l'eau à bouillir et regagne ma chambre sans un regard pour mon piano. Corentin ne quitte pas mes pensées un seul instant. Il défile en boucle dans mon esprit, résonne au file des notes qui s'inscrivent dans ma mémoire. Je n'ai pas vraiment envie de voir William, ni personne d'autre d'ailleurs.

 Je tente de me vider l'esprit sur le net. Cherche ce que je pourrais offrir à Claire pour Noël, puis me surprends à surfer sur les pages d'aspirateurs robot avec l'idée d'offrir un nouvel animal de compagnie au grand-frère prodigue.

 Et Corentin ? Qu'aimerait-il ? Poussé par une frêle curiosité, je tape son prénom dans le moteur de recherche et tombe sur le profil de gens que je ne connais pas. Je gravite alors sur les pages de piano et de violons, repère des archets, parcours les forums, décris l'instrument, m'instruis...

 Le portable dans ma poche de pantalon vibre.

 Claire.

 Je soupire en reprenant la souris de l'ordinateur et fronce les sourcils : mais qu'est-ce que je suis en train de faire ? Je divague complètement ! Réalisant que Corentin prend tout à coup bien trop de place dans ma vie, je referme l'écran et me lève, résigné.


 L'eau est tiède lorsque je la verse sur mes nouilles. J'esquisse une grimace tandis que William retient un sourire en me voyant me battre avec les baguettes.

 - T'es sûr que tu peux avaler ça ?

 - Je te signale que je suis encore jeune, moi, rétorqué-je à son intention. Est-ce que tu pourrais décrocher ton téléphone de temps en temps ? Claire a encore appelé.

 William soupire. J'ai touché juste, il le sait. On le sait tous les deux, puisqu'il se passe la main dans les cheveux et avale ses légumes sans même les mâcher.

 - Tu lui as prévu un cadeau pour Noël ? enchaîne-t-il la bouche pleine.

 - J'ai bien quelques idées... Un aller simple pour le Japon, des anti-depresseurs. Un chat diabétique. Je réfléchis encore à l'option qui me coûtera le moins cher...

 Il manque s'étouffer en retenant un rire :

 - Pourquoi tiens-tu tant que ça à te débarrasser d'elle ?

 - Pourquoi tiens-tu tant que ça à ne pas te débarrasser d'elle ? Elle nous pourrit la vie ! Me pourrit la vie, se pointe quand bon lui semble et essaie toujours de me faire bouffer ses foutues graines. Tu préfères peut-être lui offrir une dégustation de quinoa en Equateur ? Ou peut-être que tu préfères qu'elle emmène ton violon chez le luthier et qu'elle découvre que tu ne l'as pas sorti de son étui depuis six mois ?

 - Quatre, rectifie William, et cela ne la regarde pas.

 - Si tu veux mon avis, ça la regardera bien assez tôt. Surtout quand elle découvrira que son cher petit prodige, dans lequel elle a investi toutes ses années, a décidé de n'en faire qu'à sa tête. Tu crois qu'elle sera dupe, en comprenant que tu n'as pas l'intention de quitter l'appartement même après les fêtes ?

 William s'empresse d'étouffer la brève lueur qui traverse son regard. La mention du violon le plonge immédiatement dans une intense réflexion. L'instrument se trouve encore dans le salon, sous son nez, là où il peut le voir sans le toucher. Là où il peut se remémorer à sa vie chaque fois qu'un violoniste, quelque part dans les étages supérieurs, répète ardûment. Son inconfort me fait repenser à Corentin, le jour où il m'a annoncé que le piano n'était pas son instrument principal.

 Qu'est-ce qui a bien pu le pousser à reprendre l'archet ? Pourquoi a-t-il même songé à arrêter, doué comme il est ? Perturbé, j'engloutis mes ramen et débarrasse le bol en vitesse.

 - Tu sors ? me lance William.

 - Non, je dois bosser deux pièces pour la masterclass. Et toi ?

 Le regard vide de Corentin resurgit dans mon esprit tandis que le grand-frère se dirige vers le frigo. Je repense à Eléna, pendue à son bras. A ce lien entre eux, à cette entente qui m'échappe totalement et que je n'ai pas le choix que d'accepter. Corentin a une vie, un passé que je ne connais pas...

 - J'ai quelques trucs à régler en ville, je rentrerai tard ce soir.

 J'acquiesce, perdu dans mes pensées.

 Corentin n'est pas seulement musicien, il est... plus que ça. Tremblant d'émotions, je regagne ma chambre où je tourne en rond. Une énorme boule m'oppresse, là, au creux de mon ventre. J'aimerais savoir ce qu'il fait, s'il est rentré. S'il va se remettre à jouer, où si je vais devoir me contenter de l'audition de ce matin. Je le revois sur scène, au piano. Puis dans mon appartement, son violon sous le bras, une lueur de respect dans les yeux, pour ne pas dire d'admiration. Il se passe la main dans les cheveux, hésite. Supplie silencieusement.

 Submergé, je prends appui sur le mur et glisse jusqu'au sol. Mes jambes ne me portent plus. J'aurais aimé que ça s'arrête, ne plus ressentir sa proximité, son souffle sur ma joue, dans mon cou. La chaleur de son corps contre le mien ; la chaleur de mon corps contre le sien, qui se dresse, brûlant de mon plus profond désir. La tête dans les épaules, recroquevillé près du lit, mes doigts descendent jusqu'à mon sexe, dur. Pourquoi lui, et pas elle ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi comme ça ? Rouge de honte, mes yeux retiennent des larmes interdites.

Pourquoi moi ? Et si tu l'aimais tant que ça, pourquoi as-tu eu besoin de m'embrasser ! hurlé-je intérieurement.


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