8 - Where we, Why we

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Ses mots restent coincés en moi comme un repas trop vite ingurgité. Une déception mal digérée. Ils tournent en rond, m’obsèdent. Comment puis-je ne pas avoir le choix ? J’avale difficilement la nouvelle, termine le cours perdu dans mes pensées. Madame Griffin me donne rendez-vous la semaine suivante, à la même heure.

Je suffoque, longe les murs en quittant la salle, cherche la porte de sortie de ma propre vie, claustrophobe. Je suis un second choix. Un élève que l’on met lentement sur le carreau. Un élève qui n’a plus le droit d’espérer, qui doit se contenter, accepter gracieusement.

Et moi ? Et moi dans tout ça ?

Je traverse le couloir d’un pas lourd. Et moi, dans tout ça ?

Le doute s’insinue, la douleur, qui fait resurgir ces moments désagréables. Ces moments que l’on n’aurait de toute façon pas pu changer, mais qui nous pèsent trop pour qu’on les oublie. Comme Laura. Comme tout ce que j’ai entrepris depuis le départ du frère prodigue. Suis-je seulement autorisé à m’aimer ?

Je dévale les marches quatre à quatre. M’enfuie comme un lâche. Songe à arrêter la musique. Me torture l’esprit de pensées sombres. L’idée qu’un Marc au jeu chaotique convienne davantage que moi m’est insupportable. Je veux juste exister. Jouer sans avoir à rendre de comptes, sans dépendre d’un système infernal. Jouer, et les envoyer tous se faire voir.

Mon téléphone vibre dans ma poche. Enervé, je jette un coup d’œil rapide. Claire. Ma mère. J’hésite à laisser sonner dans le vide, puis finis par décrocher. De toute façon elle insistera jusqu’à tant que je réponde.

- Oui ?

- Ah, mon chéri, comment ça va ?

Une seconde. Deux secondes.

Elle ne me laisse même pas le temps de répondre qu’elle embraye déjà :

- William revient cette semaine. Je voulais juste confirmer que tu irais bien le récupérer à l’aéroport ?

Oui maman. Je vais bien maman. Merci maman.

- Mmm, m’entends-je répondre, plutôt conciliant malgré mon état.

- Il arrive jeudi soir. Je t’envoie l’heure et le numéro du vol par SMS. Par contre il souhaite passer la semaine avec toi. Je lui ai dit que ce n’était pas un problème, bien sûr. Ca fait longtemps que vous ne vous êtes pas vus et il sera content. Si tu as besoin de draps ou de quoique ce soit, tu peux passer à la maison les récupérer.

Ma patience explose. Je tente de faire bonne figure. Grogne. Rage. Me retiens de commettre un meurtre. Le tout en silence.

- Mmm.

Elle raccroche rapidement, me somme de ses dernières recommandations : aérer, préparer le lit, ne surtout pas oublier de faire les courses. Comme si nous allions nous nourrir d’amour et d’eau fraiche…

La nouvelle me plonge dans un état second où les révélations de Madame Griffin, une heure plus tôt, n’ont au final plus grande importance. Je réfléchis à mon organisation des prochains jours. Traverse le couloir, préoccupé. Songe à la dernière fois que je vu William. Restaurant chic, visage radieux, courbettes et formules de politesse. Tout ce dont j’ai horreur. Je le vois déjà me raconter ses trois années au service de la Musique. La Grande. La Vraie.

Si seulement je pouvais m’épargner cette semaine en enfer…

Le son du piano me tire brusquement de mes pensées devant l’auditorium. Première Arabesque de Debussy. Je retiens mon souffle plusieurs secondes derrière la porte ; il y a des personnes que l’on reconnaitrait entre toutes. Des pianistes à la signature unique, au timbre saisissant. Son jeu me happe, s’infiltre en moi, m’accapare.

Je pousse doucement le battant et m’installe sans bruit au fond de la salle. Le public a les yeux rivés sur lui. Sur sa fine silhouette qui s’agite avec aisance.

C’est là, sur la scène, que je le vois pour la première fois. Brun, menu. Gracieux.

Princier.

La musique se love en lui. Le temps s’étire, les notes se délient. Les yeux fermés, ses mains caressent les touches. Elles glissent, saisissent l’instant, s’éternisent. Je contemple mon voisin, apaisé et envieux. Le piano l’emporte comme une vague sur la grève, et je reste là, à le regarder. Il y a parfois des gens que l’on connait sans n’avoir jamais échangé un mot. Des gens qui nous touchent, qui nous parlent en silence.

Des gens comme lui…

Sous la courbe de ses bras, la mélodie se suspend. Un bref instant, dans cette salle où tout le monde retient son souffle. Puis les premiers applaudissements retentissent. Francs, généreux. Mon voisin vient de réussir son concours d’entrée à l’Académie, je ressens comme une pointe de jalousie.

Dans l’engouement général, il quitte la scène. J’observe la réaction des professeurs, en contrebas. Stein se penche sur Aubrey pour lui murmurer quelque chose à l’oreille, avant d’annoter la feuille qu’elle tient sur ses genoux. On annonce déjà le pianiste suivant. Mon portable vibre.

« - Le 19 octobre -

De : Radar

A : Maxime

11h08

Vol KL 2378, arrivée 15h42. Je pars demain avec Carmen. La clé de la maison est dans le pot de fleur.»

Combien de fois lui ai-je répété de ne pas mettre la clé en évidence ?

Résigné, je soupire et me lève.

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