50 - Hope's bath

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15h41

De : Moi

A : Corentin

T'es où ? Il faut que je te parle.


 Je ne sais pas ce que j'espère en lui envoyant ce message. Il regarde rarement son portable. Je traverse le hall et gagne les chambres en espérant l'y trouver. La sonnerie de la porte résonne dans le couloir. J'entre. Personne. Où a-t-il bien pu aller, bon sang ?

Je fais demi-tour et passe rapidement par le restaurant. Personne.


15h57

De : Corentin

A : Moi

Je suis aux bains.


 Je me frotte le cou. Les bains. Très bien, si ce doivent être les bains, ce seront les bains. J'hésite à retourner prendre mes affaires. Eh puis tant pis !

 Je traverse le couloir qui mène aux salles de soin et passe en coup de vent pour vérifier s'il s'y trouve. Je finis par l'appeler.

 – Corentin ?

 Pas de réponse. J'hésite à faire demi-tour. Je me sens déjà suffisamment mal comme ça à lui courir après. Et s'il ne répond pas ?

 – Corentin !

 Mon portable vibre.

 Un message.


16h01

De : Corentin

A : Moi

Arrête de gueuler. La porte du fond.


 Un véritable sauna s'abat sur moi quand je m'immisce dans les bains réservés aux hommes. La chaleur m'empêche de respirer ; une odeur de terre imprégnée d'humidité pénètre mes poumons. Je grimace.

 – Corentin ?

 – Par ici, me guide-t-il.

 Par respect, j'enlève mes chaussures que j'abandonne dans un coin. Les abords du bassin sont pavés d'un gris ardoise, délimité par de hautes palissades à l'effet "bambou". Claire aurait adoré se retrouver là. Ça sent le fengshui à plein nez.

 Je rejoins Corentin qui, calé contre la pierre, me fixe en silence. C'est la première fois que je l'aborde sans ses vêtements en dehors de la chambre. Mon regard se pose immédiatement sur les lignes de son cou, glisse sur ses épaules musclées, descend sur sa silhouette que je devine à travers l'eau trouble. C'est plus fort que moi. Je suis carrément intimidé.

 – Qu'est-ce qu'il y a ?

 – Je ne suis pas sûr que ce soit le bon endroit pour parler... bafouillé-je, gêné.

 – J'ai besoin de me détendre, avoue-t-il en posant la tête sur ses bras. De quoi tu voulais parler ?

 Je regrette tout à coup de ne pas avoir pris mes affaires. Corentin me fixe comme s'il attendait que j'explique la raison de ma présence.

 – Je ne sais pas trop par où commencer...

 Les bras croisés sur l'abord du bassin, il attend que je me décide. Je cherche mes mots. J'aimerais lui faire comprendre que les choses ne sont pas aussi simples pour moi que pour lui. Que je n'ai pas envie que William s'immisce dans notre relation. Que je n'ai pas envie de nous exposer à tout le monde aussi. Les gens n'ont pas besoin de connaître notre vie privée. Et je n'ai pas envie de la partager avec eux. Je veux que cette partie de ma vie m'appartienne. Je ne veux pas le partager, lui.

 Voyant que je tarde à m'expliquer, il secoue la tête, déçu.

 – Attends ! maugréé-je.

 – Franchement, je ne sais pas à quoi je m'attends avec toi. T'as jamais été doué pour dire les choses. C'est bon, viens, soupire-t-il.

 Je m'approche, pensant que les deux mètres qui nous séparent le dérangent.

 – Pas comme ça, dans l'eau idiot. Va te changer.

 Mon cœur manque un battement. Franchement je suis con parfois.

 – J'ai pas mes affaires, bafouillé-je.

 – Improvise...

 – Je...

 Ma bouche se fige dans son élan. Est-ce qu'il suggère vraiment que je me baigne nu ?

 A en juger par son expression, il est sérieux. Mon visage vire au cramoisi tandis que je le vois esquisser un sourire en coin.

 – Tu vas jouer la carte de la pudeur ? se moque-t-il. C'est un peu tard pour ça...

 – Pourtant, je suis pudique.

 Sérieux, à quoi pense-t-il ?

 Il se marre tandis que je cours ôter mes vêtements. On a beau être dans des bains réservés aux hommes, j'espère seulement que personne n'aura la bonne idée de venir nous tenir compagnie pendant qu'on s'y trouve. Je n'ai pas envie de me promener à poil devant une tierce personne.

 J'abandonne mes habits aux côtés de mes chaussures et retrouve Corentin sans oser entrer dans le bassin.

 – Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as peur que je te vois nu ? lâche-t-il en me relookant de la tête aux pieds.

 Je secoue la tête, m'assois au bord du bassin et remonte les genoux contre ma poitrine de manière à ce qu'il en voit le moins possible. Il semble deviner mes pensées et me rassure :

 – Max, il n'y a rien que je n'ai déjà vu. Et plus encore... fait-il remarquer.

 Loin de me rassurer, ses paroles ne font que renforcer ce qui me perturbe. Je deviens rouge comme une pivoine, partagé entre l'envie soudaine de disparaître et l'excitation que je sens naître en moi. Retrouver Corentin dans ces bains a quelque chose d'irréaliste. Pour autant, je tiens absolument à clarifier notre conversation de la matinée.

 Je finis par me laisser glisser dans l'eau et m'immerge complètement, avant de refaire surface à cinquante centimètres de Corentin. Elle est plus chaude que ce à quoi je m'attendais. Il me dévisage, une expression indéchiffrable plaquée sur son beau visage.

 – Je... Je suis désolé pour ce matin. Je ne voulais pas te blesser, avancé-je.

 Il ne dit pas un mot, il se contente de me fixer. Je me demande à quoi il peut bien penser, à cet instant. Est-ce qu'il remet en question notre relation ? Est-ce que ce que j'ai dit remet en question ce qu'il y a entre nous ? Son regard pèse tellement que je finis par baisser la tête, honteux. Il plonge alors sous l'eau pour n'en ressortir que de longues secondes plus tard.

 – C'est moi qui suis désolé. Je ne me sentais pas bien, souffle-t-il. Je n'aurais pas dû réagir comme je l'ai fait.

 – A cause de ta sœur ?

 – Entre autre.

 Je plisse les yeux et essaie de deviner ce qu'il cherche à taire. Il détourne la tête et se met soudain à jouer avec un amas de bulles qui se sont formées à la surface de l'eau.

 – Graham est venu me voir, avoue-t-il. Il m'a fait une proposition.

 Je me fige, circonspect.

 – Il est venu te voir et tu ne m'as rien dit ?

 – Il est passé ce matin, après le Liszt. Je n'étais déjà pas en état mais sa proposition m'a un peu déboussolé. Un de ses amis est directeur musical dans une importante salle de concert, et il aimerait que je joue.

 Je devrais sauter de joie, le féliciter, fêter avec lui cette opportunité qui lui est offerte. Pourtant, mon estomac seul semble réagir. Il se tord, se noue, exhume son angoisse à l'idée de le voir partir. Est-ce que cette proposition n'annonce pas la fin ? Corentin affiche un sourire éteint lorsqu'il attrape mon poignet.

 – Ne t'inquiète pas, je n'ai pas l'intention d'accepter, dit-il doucement.

 – Mais tu ne peux pas refuser ! Tu sais combien d'autres opportunités de ce genre te seront offertes ?

 Ces mots me coûtent. Pourtant il faut que je les lui dise, il faut qu'il les entende.

Tu ne peux pas laisser passer ta chance, Corentin. Tu ne dois pas. Je ne te laisserai pas être la raison de ton refus.

 – Je sais, mais je n'ai pas envie de parler de ça. En plus il faudrait que je me remette au violon.

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