Chapitre 9

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En arrivant dans son bureau, je fus subjuguée par la beauté de la pièce. Deux grandes bibliothèques, toutes deux remplis de livre, un magnifique bureau en bois finement décorer. Dans un coin, proche d’une cheminée, un salon de thé avec une table basse de cristal et trois beaux fauteuils.


— C’est magnifique, commentais-je.

— Je suis bien d’accord avec toi. Apporte-moi le dossier sur la table basse, me demanda-t-elle en s’asseyant à son bureau.


Le dossier en question, bleu, était rempli d’un nombre incalculable de documents. Elle devait vraiment travailler beaucoup. N’étant que sa demoiselle de chambre, je n’avais jamais vu l’ampleur des responsabilités qu’ils lui incombaient, en tant qu’Impératrice. Je ne voulais pas être à sa place, à devoir tout gérer toute seule.


— Merci Élia. Prends un livre dans la bibliothèque et installe-toi dans le coin lecture là-bas. Les fauteuils sont très confortables, tu verras.

— Je peux lire celui que je veux ?

— Fais-toi plaisir. Tu as ton téléphone avec toi ?

— Non, Ma dame. Je l’ai ramené dans la chambre, n’ayant aucune poche.

— Une cuisinière viendra nous apporter du thé et des gâteaux d’une minute à l’autre, je lui demanderais qu’elle aille le récupérer pour toi.

— Merci, Ma dame.


Pendant une dizaine de minutes, je parcourus la bibliothèque de long en large jusqu’à ce qu’un titre attire mon attention, Opération 2.0. Ma sœur m’avait souvent parlé de ce livre, qu’elle avait acheté il y a quelques années avant qu’il soit détruit par un feu accidentel. Aujourd’hui, il n’y avait plus qu’un seul exemplaire, l’original et il était là, dans mes mains. La cuisinière revint à cet instant, mon téléphone et mes écouteurs dans la main.


— Votre téléphone, Mademoiselle Élia.

— Merci.

Dès qu’elle eut refermé la porte, Véra posa son stylo et se tourna vers moi.

— Tu as trouvé ton livre ?

— Oui, enfin, répondis-je avec un sourire.

— Parfait ! Dans ce cas, bonne lecture, mon ange.


Elle me sourit à son tour avant de se reconcentrer sur ses documents. Je m’installais dans l’un des fauteuils autour de la table basse où une tasse de thé vert et des petits cookies avait été déposée. Installer confortablement, j’ouvris mon livre et commençai ma lecture. Iléna m’en avait fait l’éloge et dès les premières lignes, je savais qu’il allait me plaire.

Quand je levais enfin mon nez du bouquin, j’aperçus que l’Impératrice était assise dans le fauteuil en face de moi. Elle m’observait et je me perdis encore dans le vert de ses yeux.


— Avez-vous fini, Ma dame ?

— J’ai fini depuis plus d’une heure mais tu étais tellement absorbé par ton livre que je n’ai pas voulu te déranger.

— Mais vous auriez dû !

— Mais non, ne t’inquiète pas. C’est aussi mon livre préféré. Adolescente, je pouvais passer la journée à le lire, allongée dans les jardins. Tu sais que c’est, aujourd’hui, l’unique exemplaire du royaume ?

— Oui, Ma dame.

— Qui t’en a parlé ? Je serais curieuse de rencontrer cette personne.

— C’est mon amie, Ma dame. Elle avait un exemplaire avant qu’il ne brûle dans un incendie.

— Celle avec qui tu faisais des bêtises ? Celle qui a vingt-deux ans ?


Iléna et Véra se seraient sûrement très bien entendus si elle s’était connue. Du même âge, même goût littéraire. Et puis, elle aimait déjà les musiques de ma sœur, sans même savoir que c’était elle qui les avait composés.


— Oui, Ma dame.

— Si un jour tu sais où elle, prévient-moi d’accord ?

— Oui, Ma dame.

— Il se fait tard, le dîner doit déjà être prêt. As-tu faim ?

— Pas vraiment, répondis-je en louchant sur l’assiette vide.

— Tu n’aurais pas dû manger tous les cookies. Je sais qu’ils sont bons, mais quand même.

— Je plaide coupable, Majesté, enchaînais-je en rigolant.


Cette fois-ci, le dîner se passa dans de meilleures conditions. Nous rigolions ensemble et Margot n’était pas là pour énerver Véra. Finalement, quand nous n’étions pas surveillés par sa dame de chambre, elle se détendait. Comme si toutes les responsabilités qu’elle avait sur les épaules s’envolaient, le temps de quelques minutes.

Quand on eut fini, on se retira dans la chambre et je préparais son bain. Depuis que j’étais la seule à m’en occuper, je savais parfaitement ce que j’avais à faire, je n’hésitais plus. Quand je coupais l’eau, elle entra et s’appuya contre le mur.


— Est-ce qu’il y a quelque chose, Ma dame ? demandais-je nerveuse.

— Non, Élia. Je t’observais juste, c’est tout.


Je la déshabillais ensuite et baissais les yeux jusqu’à ce qu’elle soit entrée dans son bain moussant. Lui ayant déjà lavé les cheveux hier, je n’avais pas à le faire aujourd’hui. Attrapant le petit tabouret de bois, je m’installais à côté de la baignoire et récupérais son gel hydratant, toujours à la rose. Elle posa son bras sur le rebord de la baignoire pour que je puisse continuer.


— Élia ?

— Oui, Ma dame ?

— Est-ce que tu te souviens de ce dont je t’ai parlé il y a deux mois ?


À nouveau, mon cœur s’emballa. Pourquoi fallait-il qu’elle en parle maintenant ? Alors qu’elle était juste devant moi, son bras dans mes mains, le reste de son corps caché par la mousse. Ne voulant pas la regarder, sentant son regard posé sur moi, je me concentrai sur ses bras que je devais masser, pour étaler le gel douche.


— Oui, Ma dame.

— As-tu la réponse ?

— Non, Ma dame.

— Dommage. Je t’avoue être déçu Élia.

— Excusez-moi, Ma dame.

— Tu n’as pas à t’excuser, ça viendra avec le temps. Passe-moi le gel douche, je vais finir.

— Oui, Ma dame.


Je me levais pour lui donner son gel douche avant de me tourner vers le lavabo, lui donnant un peu d’intimité. J’en profitais pour sortir la brosse et son parfum à cheveux. Quelques minutes plus tard, des doigts frôlèrent ma nuque, déplaçant mes cheveux. Mon ventre se tordit, mon cœur s’accéléra toujours plus et j’arrêtais de respirer. Quand je sentis son souffle dans mon cou, ses doigts qui glissaient sur ma clavicule, un frisson me parcourut de la tête au pied et je fermais les yeux.


— Ma dame ? demandais-je nerveuse, incapable de faire le moindre mouvement.

— Tu ne comprends toujours pas, Élia ?


Je comprenais parfaitement. Elle était beaucoup trop tactile avec moi pour que ce soit autre chose. Mais je ne pouvais m’y résoudre.


— Je… hésitais-je, je suis encore mineur, Ma dame. Et vous…


Elle posa ses mains sur mes épaules et me fit retourner. Je dus regarder haut pour atteindre ses yeux, pour ne pas faire dévier mon regard sur sa poitrine découverte, juste en face de moi.


— Tu as dix-sept ans Élia et je ne te forcerais en rien, jamais.

— Je ne peux pas, Ma dame.


Pas quand, sur le dernier couple que j’avais eu proche de moi, l’un s’était fait égorger et l’autre enlevée. Ne parvenant pas à me sortir cette image de la tête, je baissais les yeux pour regarder mes mains et une larme coula sur ma joue. Le doigt de la Reine sur ma joue chassant la larme me ramena à la réalité.


— L’eau du bain est encore chaude, profites-en.

— Mais… je dois vous habiller et…

— Je peux m’habiller seule.


Elle m’embrassa sur le front, attrapa son peignoir, sortit de la salle de bain et ferma la porte. Je me laissais tomber au sol, appuyer contre le placard du lavabo et ramenai mes genoux contre ma poitrine. Cette situation me faisait trop penser à Iléna et son petit ami, à leur fin tragique. Toutes les personnes que j’aimais finissaient par souffrir et je ne voulais pas inclure la Reine dans cette liste.

Reprenant mes esprits, je me déshabillais pour profiter du bain quelques instants avant de retourner dans la chambre, uniquement vêtu de ma serviette. Je croisais le regard de Véra et me détournais en rougissant. Rapidement, j’enfilais ma robe de nuit et attendis. Je ne savais plus quoi faire.


— Éteins la lumière, les bougies et viens t’allonger, m’expliqua-t-elle en tapotant sur le lit, à sa gauche.


Dès que j’eus fait ce qu’elle venait de me demander, je repoussais la couverture pour m’allonger à sa gauche, place de la dame de chambre. Les bras le long du corps, je regardais le plafond en silence.


— Qu’est-ce qui te tracasse, Élia ? m’interrogea-t-elle en posant sa main sur mon ventre, ce qui me fit sursauter.

— Ce n’est rien, Ma dame.

— Au contraire, explique-moi. Je veux t’aider.


Je me tournais sur mon côté gauche, lui tournant le dos. Je ne voulais pas qu’elle me voie pleurer, je ne voulais pas parler de ma sœur. J’entendis le froissement des draps et son bras se placer autour de ma poitrine. En cet instant, j’avais envie de tout lui dire. Pourquoi était-ce si facile de se confier à elle ? Quand elle joua avec mes cheveux de sa main libre, je cédais, mes larmes coulaient dans mon cou. Ma sœur avait tant de fois eu le même geste avant elle.


— Parle-moi, mon ange, me chuchota-t-elle.

— Deux mois avant que j’arrive ici, commençais-je en me retournant et en me lovant dans ses bras, j’ai perdu quelqu’un. C’est à cause de ça que le Duc m’a emmené. Je me laissais mourir chez moi, je ne lui étais plus utile.

— Je me souviens que tu avais parlé d’un meurtre et d’un enlèvement. Tu les connaissais ?

— Oui. Peu de temps avant, il l’avait demandé en mariage. La bague que j’ai autour du cou, c’est celle qu’il lui a donnée ce jour-là. Elle l’a fait tomber quand ils l’ont… enlevée.

— Est-ce que c’était la fameuse amie dont tu m’as parlé ?


Je levais alors les yeux pour la regarder. Du bout des doigts, elle sécha mes larmes, tout en me souriant pour me rassurer. Je pouvais me confier à elle, je ne devais pas à avoir peur de revivre le plus grand traumatisme de ma vie. Pas quand j’étais allongée à côté d’elle, dans ses bras.


— Oui et non. C’est bien d’elle dont je vous est parlé, mais ce n’est pas une amie.

— Elle compte beaucoup pour toi, n’est-ce pas ?

— Oui. Elle a toujours fait partie de ma vie.

— Quel rôle jouait-elle dans ta vie ? m’interrogea-t-elle, voyant que c’était difficile pour moi d’en parler.

— C’est… c’est ma sœur.


À ses mots, mes larmes reprirent du plus belle et elle me serra contre elle, contre sa poitrine et dans son cou.


— Je comprends mieux pourquoi tu ne parlais pas d’elle. Je peux t’aider à la retrouver si tu veux. Si tu m’expliquer ce qu’il s’est passé ce jour-là, peut-être que…

— Non ! Ce qui s’est passé le jour de son enlèvement, ça fait trop mal.

— Je te fais la promesse que je la retrouverais, mon ange.


Elle m’embrassa alors sur le front et commença à parcourir mon bras de ses doigts délicats, me faisait frissonner. Même si tous se mêlaient en moi, j’aimais être là, j’aimais l’attention qu’elle m’accordait.


— Pourquoi moi, Ma dame ? demandais-je finalement.

— Tu m’impressionnes de jour en jour Élia. Tu ne te laisses jamais abattre et même si tu as un coup de mou, tu reprends vite tes esprits. Tu fais ce qu’on te demande sans râler. Tu es de bonne compagnie et j’apprécie discuter avec toi. Je n’ai jamais ressenti autant de choses que depuis que tu es auprès de moi.

— Comment ça ?

— Et bien, avant toi, ma vie se résumait uniquement à mon rôle d’Impératrice. Il y avait toujours quelque chose à faire, je ne prenais jamais le temps de faire des pauses. Depuis que tu es là, je n’ai qu’une envie, finir mon travail pour pouvoir aller me promener avec toi dans les jardins. J’ai aussi vécu un moment compliqué avant toi et t’avoir à mes côtés, ça me rassure. Et je ne dis pas ça à la légère, Élia, je ne suis pas quelqu’un qui accorde sa confiance facilement, encore moins son cœur.

— Moi aussi, j’aime être auprès de vous, Ma dame.

— Dans ce cas, quand nous serons seules, appelle-moi par mon prénom, d’accord ?

— Oui, Ma… Véra, me repris-je.

— Chante pour moi, mon ange.


Elle s’allongea un peu plus et je remontai la couverture jusqu’à nos épaules. Elle ferma les yeux, son bras toujours autour de ma taille et je commençai à chantonner la berceuse de ma sœur. À la fin de la chanson, je vérifiai que ça avait fonctionné avant de m’endormir à mon tour, bercer par les battements de son cœur et son souffle dans mes cheveux.

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