Chapitre 6

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À mon réveil, le soleil éclairait la chambre à travers les rideaux. Me redressant sur le lit, je frottai mes yeux et fini par voir Véra, assise en tailleur sur son lit. Quand elle remarqua que j’étais réveillée, elle se tourna vers moi en souriant.


— Bien dormis ?

— Pourquoi vous ne m’avez pas réveillé, Ma dame ?

— Marcus m’a dit que tu été épuisé et ton sommeil était agité cette nuit. Tu avais besoin de repos.

— Et bien, merci, Ma dame, répondis-je en me frottant la nuque, gênée.


Normalement c’était mon rôle de veiller sur elle, pas l’inverse.


— Tu as de quoi manger sur la table si tu as faim. En tout cas, tu m’as fait rêver hier, je suis fière de toi.

— Merci, Ma dame.

— Dis-moi, tu es douée en calcule ?

— Non, Ma dame. Je n’ai jamais été très douée pour l’école. À treize ans, j’ai quitté le système scolaire pour faire cours à la maison.

— Pourquoi donc ?

— Le système scolaire ne me correspondait pas. Tout ce qu’on y apprend, ce n’est que de la théorie et j’avais besoin de pratique pour comprendre. Pour apprendre à calculer, j’avais besoin de le faire avec des bonbons ou des stylos. Pour comprendre la science et la biologie, j’écoutais le médecin du village qui me montrait en même temps d’expliquer. L’histoire et la géographie, je n’y suis jamais arrivée. Toutes ses dates, tous ses lieux sur un bout de papier, ça n’avait aucun sens. Pour avoir la notion de la distance séparant la Capital de mon village, il a fallu que je fasse moi-même le trajet. Et encore c’est possible qu’on n’ait pas fait un direct.


Entre temps, je m’étais levé et avais commencé à éplucher une clémentine.


— Donc avec des chiffres sur un bout du papier, tu ne pourrais pas m’aider ?

— Non, Ma dame. Sauf si c’est une question d’argent, mais que je peux manipuler les pièces en question.

— Est-ce qu’il y a une matière dans lequel tu es douée ?

— L’astronomie, enchaînais-je en souriant. Ma… ma mère connaît les étoiles et m’as appris à m’en servir. Depuis le jardin, je suis capable de vous dire quelle étoile suivre pour arriver à mon village.

— C’est incroyable.

— Mais bon, si on ne voyage pas ça ne sert pas à grand-chose.

— C’est déjà bien. Viens t’asseoir, mon ange.


L’écoutant, je m’assis devant elle, en tailleur moi aussi. Je m’attendais à ce qu’elle prenne mes mains et pourtant elle posa la sienne sur ma joue. En cet instant, j’étais incapable de me détacher de ses magnifiques yeux verts.


— Tu as fait beaucoup de progrès depuis que tu es arrivé et je suis très satisfaite de toi. Si tu acceptes et j’espère que tu le feras, j’aimerais que tu deviennes ma dame de chambre, quand Margot ne pourra plus l’être.

— Mais… vous… vraiment ? bégayais-je.

— Vraiment Élia. J’apprécie beaucoup ta compagnie.

— Mais je ne suis là que depuis une semaine et…

— Et tu es parfaitement à ta place, j’en suis persuadée. Mais je te laisse le temps d’y réfléchir bien sûr.

— Et si je devais refuser ? demandais-je en connaissant l’avis de ma mère sur cette pratique.

— Tu as le droit et je ne t’en tiendrais pas rigueur. Mais je serais obligée de trouver une remplaçante à Margot, une remplaçante que je ne connaîtrais pas. Et toi, je te fais confiance.

— Vous me connaissez à peine.

— C’est vrai. Je ne saurais pas comment te l’expliquer, mais je te fais sincèrement confiance.


Pendant plusieurs secondes, on se regardait en silence, les yeux dans les yeux. Sa main, toujours posée sur ma joue. De son pouce, elle caressait délicatement ma joue. Quand mon regard dévia sur sa bouche et dans son cou, je baissais les yeux.


— J’y réfléchirais, Ma dame. Je vous le promets.

— Bien. Je n’ai pas grand-chose à faire aujourd’hui, accompagne-moi dans les jardins. J’ai envie de me promener. Mais habille-toi avant, je t’attends.

— Oui, Ma dame.


J’attendis qu’elle retire sa main de ma joue pour descendre du lit, récupérer mes affaires et m’enfermer dans la salle de bain. Il venait de se passer trop chose en même temps pour que je l’ignore. Pourquoi était-elle aussi gentille avec moi ? Pourquoi utilisait-elle un petit surnom pour m’appeler ? Pourquoi voulait-elle déjà faire de moi sa future dame de chambre alors que Margot était toujours là et que je n’avais que seize ans ?

Je m’habillais rapidement avant de me passer de l’eau sur le visage pour reprendre mes esprits. Quand je sortis enfin de la salle de bain, elle me tendit son bras que je pris. En silence, je la conduisis jusqu’aux jardins, où brillait un grand soleil ainsi qu’un léger vent, plutôt agréable.


— Margot à toujours était là pour moi, commença Véra, alors qu’on marchait. C’est elle qui m’aidait à faire mes devoirs. J’avoue, je n’étais pas très douée à l’école. C’est bien pour ça que j’ai des comptables, des avocats et tout un tas d’autre corps de métier à ma disposition. Mais parfois, je dois faire les choses par moi-même et ce n’est pas simple.

— Est-ce pour cela que vous sollicitiez mon aide tout à l’heure ?

— En effet.

— Je ne peux vous aider pour vos obligations récurrentes, mais je serais ravie de mettre à contribution ma passion pour la danse, Ma dame.

— Tu viens d’avoir une bonne idée Élia. Les jeunes gens de la Cour connaissent de moins en moins les danses réglementaires d’un bal. Tu pourrais, une fois par semaine, donner des cours. Qu’en penses-tu ?

— Je ne sais pas si je serais une bonne professeur, Ma dame, mais je peux essayer.

— Je vais organiser ça alors.


Plusieurs minutes de silence s’écoulèrent. Des papillons volaient autour de nous et le vent faisait s’envoler des pétales de fleurs. L’odeur délicate des roses vint chatouiller nos narines et j’aperçus un léger sourire se dessiner sur les lèvres de l’Impératrice.


— Dis-moi Élia, c’est bien toi qui cache une rose sous mon oreiller tous les soirs, n’est-ce pas ?

— Possible, Ma dame.

— Si c’est toi, continue. Tu as dû remarquer que la rose était ma fleur et mon parfum favoris.

— En effet, Ma dame et cela vous vas très bien.

— Merci. J’ai passé toute mon enfance à gambader dans ses jardins. Que se soit avec ma mère ou ma grand-mère. Comme on ne se voit plus beaucoup aujourd’hui, les roses me font penser à elle. Nous étions proches quand j’étais enfants mais la santé de ma grand-mère nous as séparer.


Je comprenais parfaitement ce qu’elle devait ressentir. Elle portait le parfum des roses en permanence sur elle pour se souvenir des moment passé avec sa mère et je portais la bague de fiançailles de ma sœur accrocher à la chaîne autour de mon cou. Finalement, nous nous ressemblions un peu.


— Comme nous sommes là, que toutes les deux, pose-moi toutes les questions qui te vienne en tête. Ne te censure pas. Parle sans aucun filtre.


Je réfléchis un instant à comment tourner mes questions. Même si elle voulait que je parle sans filtre, je ne pouvais pas dire tout et n’importe quoi.


— Aviez-vous des demoiselles de chambre avant moi ?

— Non. Plusieurs fois, Margot, comme tous mes ministres, m’ont incité à en prendre une ou deux, pour remplacer Margot le jour venu. Elle commence à se fatiguer.

— Pourquoi ne pas les avoir écoutés ?

— Par appréhension, je pense. Je ne voulais pas qu’une inconnue dorme dans ma chambre. Avec Margot c’est différant, elle travaille ici depuis que je suis née et c’est ma mère qui la choisie.

— Pourquoi m’avoir choisie moi dans ce cas ?

— Tu m’as tout de suite plu. Quand Margot t’a présentée à moi, après que te soit correctement habillé, j’ai perçu une lueur dans tes yeux. Une lueur qui m’a inspiré confiance. C’est peut-être ridicule, mais c’est la raison de ta présence à mes côtés aujourd’hui.


Je détournais le regard pour regarder droit devant moi. Je me sentais rougir, par le soleil et par l’aveu de la Reine. Ma présence ici ne tenait qu’à une simple lueur dans mes yeux ? Comment était-ce possible ? Et si je perdais cette lueur, allais-je perdre aussi mon travail ?


— Êtes-vous… heureuse ? hésitais-je. Je veux dire, ça ne doit pas être simple d’être l’Impératrice d’un si grand Empire.

— Ce n’est pas simple en effet, mais je suis heureuse. Enfin, plus ou moins. Et toi, tu te plais ici ? me demanda-t-elle, sûrement pour que je n’incite pas.

— Oui, Ma dame. Je suis ravie d’être ici, même si ma famille me manque.

— Ta famille ? Je croyais que tu n’avais que ta mère.


En voulant être sincère, j’avais inclus ma sœur dans ma famille. Mais je ne voulais pas parler d’elle, c’était encore trop tôt et trop douloureux.


— En effet, je n’ai que ma mère, mais j’avais des amis aussi, mentis-je alors que personne ne m’avait accordé le moindre intérêt.

— Tu étais proche de tes amis ?

— Pas vraiment. Enfin surtout d’une, répondis-je en pensant à ma sœur.


Si ne j’arrivais à parler d’Iléna en tant que sœur, peut-être serait-il plus facile pour moi de l’évoquer en tant qu’amie. Après tout, c’était aussi le rôle qu’elle avait joué dans ma vie. Ma seule et unique amie.


— Que faisais-tu avec ton amie ? Étant Impératrice, j’ai peu de personnes en qui je peux avoir une confiance absolue, pas même Margot. Et pourtant j’ai fait mes études à Glenharm, comme n’importe qu’elle enfant de la région.

— On pouvait passer la journée ensemble. Plus jeune, on espionnait les adultes qui discutaient à l’auberge. Quand ceux-ci devenaient violents, à cause de l’alcool, on emprunter la clé universelle à la mairie et on allait cacher des grenouilles dans leurs maisons. Ces petites bêtes sont inoffensives et pourtant elles font peur à tout le monde.


En expliquant la bêtise que j’avais faite tant de fois avec ma sœur, je souriais enfin en pensant à elle. Discrètement, je regardais Véra et vis qu’elle aussi souriait.


— Donc tu faisais des bêtises, petites ?

— En effet, répondis-je en passant ma main dans ma nuque. Mais ce n’était jamais méchant et tout le village savait que c’était notre œuvre. Ma… mon amie prenait toujours la responsabilité de l’acte sur ses épaules. Comme elle était plus âgée que moi, elle disait toujours que c’était sa faute et que je ne faisais que la suivre, l’idolâtrant.

— Tu l’idolâtrais vraiment ?

— Bien sûr. Elle… il n’y avait qu’en sa présence que j’étais heureuse.

— Tu as dit qu’elle était plus âgée que toi. De combien ?

— Six ans, Ma dame. Elle a vingt-deux ans maintenant.

— Sais-tu que j’ai, moi aussi, vingt-deux ans ?

— Vraiment ? Non je ne savais pas.

— Et bien maintenant, tu le sais. C’est peut-être aussi pour ça que j’aime être en ta compagnie.

— Si vous le dites.

— As-tu d’autres questions ?

— Pourquoi n’êtes-vous pas mariée à vingt-deux ans ? Je croyais que…


Aussitôt je regrettais ma question. C’était purement personnel et je n’avais pas à le savoir. Pourtant j’attendais la réponse avec impatience. Comment une femme aussi belle et gentille qu’elle pouvait être encore célibataire ?


— J’ai été mariée, répondit-elle tous de même, il y a à peine quelque mois. Mais c’est une longue histoire qui fait partie d’un passé douloureux.

— Excusez-moi, Ma dame. Je n’aurais pas dû poser cette question.

— Tu n’as pas à t’excuser. C’est moi qui t’ai dit que poser toutes les questions que tu voulais. Nous devrions rentrer. Récupère des roses pour moi au passage.

— Oui, Ma dame, répondis-je en regardant mes pieds.


Elle avait été mariée, mais ne l’était plus. Sinon son mari dormirait avec elle, pas Margot. Qu’est-ce qui avait bien plus se passer ? Et pourquoi ce simple j’ai été mariée, me tordait l’estomac ? Pourquoi avais-je posé cette stupide question alors que je n’étais qu’une simple demoiselle de chambre ? Je devais me ressaisir. Elle avait vingt-deux ans, moi seize et je n’étais rien comparé à elle.

En silence, sans jamais la regarder, je cueillis plusieurs roses et d’autres fleurs pour en faire un bouquet avant qu’on ne remonte dans la chambre en vue du déjeuner. Pendant le repas, l’Impératrice et Margot discutaient de sujet dont je ne comprenais rien. Ne les écoutant pas, et toujours perturber par ma question idiote et sa réponse, je restais silence. Je passais ensuite l’après-midi à faire le ménage dans la chambre. Je voulais me faire pardonner d’avoir posé cette question, je me sentais fautive alors que je savais que ce n’était pas le cas.


Seules dans la chambre, mes pensées déviaient entre Véra et ma sœur. Elle était, l’une comme l’autre, magnifique et avait une place importante dans ma vie. L’une comme l’autre, j’avais l’impression de les avoir déçus. Ma sœur en ne l’aidant pas lors de son enlèvement et l’Impératrice en ayant posé cette question stupide. Quand les images de l’enlèvement de ma sœur passèrent devant mes yeux, ma vue se brouilla et des larmes coulèrent sur mes joues. Je m’assis sur mon lit, m’appuyais contre le mur et entourais mes genoux de mes bras en me balançant d’avant en arrière. Je voulais oublier ce que j’avais vu ce jour-là, deux mois auparavant, mais c’était trop dur. Ça faisait trop mal.

Ma sœur était sortie de ma vie trop subitement alors que mon monde entier tournait autour d’elle depuis ma naissance. J’avais toujours été plus proche d’elle que de ma mère. Son enlèvement et tout ce qui avait eu lieu ce jour-là, ça m’avait détruit. Elle avait souffert devant moi, alors que j’étais cachée dans un buisson, et je n’avais rien plus faire pour l’aider. La dernière chose qu’elle avait vue, c’était mon regard terrorisé et les larmes qui avaient coulé en silence sur mes joues.


Quand la porte de la chambre s’ouvrit, laissant apparaître Véra et Margot, je séchais rapidement mes larmes et me levais, tout en regardant mes pieds et mes mains.


— Margot, apporte-nous un peu de thé, ordonna-t-elle.

— Tout de suite, Ma dame.


J’entendis ensuite le claquement des talons se rapprocher de moi jusqu’à les voir apparaître. Des bras m’entourèrent alors pour me serrer.


— J’espère que tu ne pleures pas à cause de moi, commença-t-elle d’une voix douce et calme, qui me fit rater un battement de cœur.


J’étais dans les bras de Véra, en pleurs et elle s’inquiétait pour moi alors que j’avais eu tout faux ce matin.


— Non, Ma dame, répondis-je entre deux reniflements.

— Quand je t’ai dit que tu pouvais me poser n’importe quelle question, j’étais sincère et je ne veux pas que tu croies le contraire. Ce qu’il s’est passé avec mon ex-mari, c’est une longue histoire et ça n’as rien à voir avec toi.

— Je n’aurais pas dû vous poser cette question, c’était indiscret.

— Allez, arrête de te torturer pour ça, d’accord ?

— Oui, Ma dame.

— De toute façon je ne l’aimais pas et je préfère ma situation actuelle. Je sens qu’il y a autre chose, est-ce que tu veux m’en parler ?

— C’est… compliqué, Ma dame.

— Tout est toujours compliqué, Élia.

— Ma famille me manque, Ma dame. Surtout ma… mon amie.

— Est-ce que tu voudrais entrer en contact avec elle ?

— Ce n’est pas possible. Je ne sais pas où elle est.

— Avec ta mère peut-être. Est-ce qu’elle à un numéro de téléphone ?

— Non, Ma dame.

— Écris-lui une lettre, je lui enverrai.

— Merci Ma dame.


Elle me serra encore quelques minutes contre elle avant que Margot n’entre avec un plateau et plusieurs tasses de thé fumantes. Comprenait-elle ma douleur d’être loin de ma famille où était-elle juste gentille avec moi ? Pourquoi avais-je l’impression qu’elle m’appréciait plus que Margot alors qu’elle me connaissait depuis moins de temps ? Était-ce parce que nous étions plus proche en âge qu’elle est Margot ? En m’acceptant, faisait-elle de moi sa nouvelle amie ?

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