Chapitre 1

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Les chaînes de métal m’écorchaient la peau des poignets et des chevilles. À chaque fois que la voiture tournait ou rencontrait un nid de poule, j’étais secouée et les caisses qui contenaient les affaires de mon Duc se cognaient contre celle où je suis enfermée. Je ne savais pas où nous allions, mais ça faisait plusieurs jours que j’étais dans cette boite sans boire, sans manger ni voir le soleil.

Quand elle s’arrêta enfin, c’est le coffre qui se mit à vaciller de droite à gauche. Après une éternité, la caisse fut violemment posée au sol. Ma tête cogna contre le haut et mes épaules contre les bords. Le haut de la caisse s’ouvrit alors, la lumière m’aveugla et je fus obligé de me cacher les yeux avec mes mains. J’entendis un coup de pied et la caisse bascula sur le côté. Je roulais sur un sol froid, des chuchotements de stupéfaction m’assourdissent. Ne voyant toujours rien, je fermais les yeux et ramenais mes jambes contre ma poitrine malgré les chaînes.


— Je veux une explication ! s’écria alors une voix de femme semblant venir de partout à la fois.

— Votre cadeau d’anniversaire, Votre Majesté. Faites-en ce que vous jugerez bon, répondit la voix du Duc que je reconnus.

— Une fille ? Vraiment ? Me prenez-vous pour une esclavagiste ?

— Bien sûr que non, Votre imminence, mais…

— Gardes, mettez cet homme dehors avec interdiction de revenir à la Cour ! Margot, occupe-toi d’elle !

— Tout de suite Majesté.


Alors que j’entendais le Duc crier de moins en moins fort et que ma vue s’habituait enfin à la lumière, une main se posa sur mon bras, me faisant sursauter.


— Est-ce que tu peux marcher ?

— Non, répondis-je d’une voix enrouée.


Mes muscles étaient trop engourdis par plusieurs jours de voyage, pour faire le moindre mouvement. Quelques minutes plus tard, une forme s’approcha de moi et me souleva. Quand ma vue fut totalement revenue, je remarquai que c’était un homme en uniforme qui me portait. On entra dans une pièce chaude et il me déposa sur un lit.


— Je vais vous chercher de quoi couper ses entraves.

— Merci Soldat.


Une femme d’une cinquantaine d’années aux cheveux bruns apparut dans mon champ de vision. Elle déplaça une mèche derrière mon oreille.


— Par la couronne, qu’est-ce qu’il a bien pu t’arriver ? Ne t’inquiète pas, je vais m’occuper de toi maintenant. Comment t’appelles-tu, petite ?

— Élia.


Ma voix était sèche et rauque de ne pas avoir parlée ni bu depuis longtemps. Elle s’éloigna de quelques pas pour prendre une carafe et remplir un verre d’eau. Elle me le tendit et je bus d’une traite malgré mes chaînes, assoiffée. Elle récupéra le verre et le remplit à nouveau.


— Je suppose que tu as faim aussi. Prends donc ce morceau de pain.

Je commençai à le manger et l’homme qui m’avait porté entra dans la pièce.

— Je n’ai rien trouvé pour les couper, je vais devoir les faire fondre.

— Vous n’êtes pas sérieux ! Ses poignets et ses chevilles sont déjà en sang.

— La clé, sur la caisse, ajoutais-je alors.

— Je vais aller regarder et demander à ce qu’on vous apporte des vêtements propres.

— Combien de temps ai-je avant de la présenter à Sa Majesté?

— Autant de temps qu’il vous faudra, madame.


En silence, elle s’assit à ma gauche sur le lit et commença à me brosser les cheveux. Quand je fus enfin libérée de mes chaînes, je me frottais les poignets. Elle posa sa brosse pour entourer mes blessures d’une bande de tissu blanc. Ma peau à vif me brûlait au contact du tissu frais. Tout en restant silencieuse, je pris ensuite une rapide douche et elle finit par me coiffer et m’habiller d’une chemise blanche avant de mettre une robe de la même couleur par-dessus. Elle replaça ensuite mes chaussures par des sandales blanches. Je me levai alors et fis deux pas hésitants sur son regard. Elle enroula son bras autour du mien et me conduisit à travers un dédale de couloirs.


— Quand l’Impératrice te parle, baisse les yeux. Ne les relève que si elle te le demande, compris ?

— Oui Madame.


Les portes s’ouvrirent alors et on se mit à marcher devant nous. Je baissai les yeux pour regarder mes chaussures, comme je l’avais tant de fois fait.


— Ma dame, la voici.

— Merci Margot.


J’entendis alors des cliquetis sur le carrelage. Des talons blancs apparurent alors devant moi. Une main douce se posa sous mon menton et m’obligea à relever la tête. Cette main appartenait à une jeune femme aux cheveux blond-argenté agrémentés d’une couronne en or et aux multiples rubis. Ses yeux verts me scrutaient.


— Comment t’appelles-tu, petite ? sa voix suave me donnait envie de me confier

— Élia, Madame.

— Quel âge as-tu ?

— Seize ans, Madame.


Elle se détourna de moi pour s’asseoir sur une immense chaise faite d’or et de rubis.


— Margot ?

— Oui, Ma dame ?

— Je place cette petite sous ta responsabilité.

— Où dormira-t-elle ?

— Installe un matelas dans ma chambre. Je veux l’avoir à l’œil.

— Bien, Ma dame.

— Tu lui apprendras tout ce qu’elle aura à savoir sur la Cour ou tout ce dont elle ignore. Approche.


Margot s’avança vers la femme aux cheveux argentés qui se pencha pour lui murmurer quelque chose à l’oreille.


— Vous êtes sûr, Ma dame? N’est-ce pas un peu… précipité ?

— Pas si tu fais ce que je t’ai demandé.

— Bien Ma dame, je ne vous décevrai pas.

— J’ai à faire, soyez de retour pour neuf heures.


Margot plia le genou et pencha la tête avant d’attraper mon poignet, au-dessus de mes bandes. Elle me tira à l’extérieur de la salle, pour en rejoindre une autre.


— Sais-tu où tu es ?

— Non, Madame.

— Tu es au Palais Impérial de l’Impératrice Véra De Stinley.

— C’était… l’Impératrice ?

— Exact petite. Maintenant, je vais t’apprendre tout ce dont tu dois savoir pour être en sa compagnie.


Pendant des heures, elle m’expliqua comment me tenir, comme parler, comment me comporter. Je n’avais pas le droit de toucher ou de parler à l’Impératrice, à moins qu’elle le fasse en première. Étant demoiselle de chambre, j’allais dormir dans la même chambre que l’Impératrice et m’occuper de cette pièce. Soit tout ce que je faisais déjà avant, mais avec des coups en plus.


— Est-ce que tu sais t’occuper d’une maison ?

— Oui Ma dame, répondis-je selon ce que je venais d’apprendre.

— Parfait, j’ai ça en moins à t’apprendre. Suis-moi, je vais te montrer la chambre qu’il faut qu’on prépare pour ce soir. Et relève les épaules ainsi que la tête.


Je redressais les épaules et regardais droit devant moi, en suivant Margot. On franchit cinq portes avant d’arriver aux quartiers de sa Majesté Véra. Autour de l’antichambre, se trouvais cinq petite pièces non utilisés, pouvant servir de chambre ainsi que celle de l’Impératrice, deux fois plus grande que toute les pièces de ses quartiers réunis.


— Il faut changer les draps, attiser le feu de cheminée et préparer la tenue de nuit de la Reine. Tu as tout ce qu’il te faut dans cette armoire. Je te regarde.


Pendant une heure, je fis le ménage complet de la chambre. Travaillant dans l’auberge d’un Duc avant aujourd’hui, je savais parfaitement quoi faire. Je mis des draps argentés, jetai les fleurs fanées pour les remplacés par des fraîches, enlevai la moindre parcelle de poussière, même derrière les meubles. Pour la tenue de nuit, Margot la sortit à ma place.


— C’est très…


La porte de la chambre s’ouvrit, laissant entrer la souveraine. Margot fit une révérence que j’imitais aussitôt sous le regard examinateur de Sa Majesté.


— Eh bien, cette chambre n’a jamais été aussi propre. Tu commences bien Élia.

— Je vais vous déshabiller, Ma dame. Regarde-moi faire, petite.


Elle enleva en premier les bijoux avant de défaire sa coiffure, ses chaussures, sa robe et enfin la chemise. Devant cette nudité, je détournais le regard pour observer mes pieds. Je les entendis ensuite marcher jusqu’à percevoir le cliquetis de l’eau. Je relevais alors les yeux, elle était dans son bain, dans la pièce voisine. Détachés, ses cheveux argentés étaient très longs. Margot mouilla ses cheveux avant d’y appliquer un savon à la rose. Elle les rinça et fit de même avec le reste de son corps. Quand elle sortit de son bain, je baissais à nouveau les yeux et attendis que Margot lui ait mis sa robe de nuit pour les relever. Je croisai alors le regard de l’Impératrice et aperçu un rapide sourire avant de détourner les yeux.

Le soleil disparaissant, j’allumais des bougies parfumées, ainsi que la lumière et ajoutais une bûche dans la cheminée. Pendant ce temps, Véra s’installait dans son immense lit et Margot prépara le mien, sous la fenêtre. Elle me tendit ensuite une robe de nuit presque identique à celle de Véra. Je me tournais vers le mur pour me changer. Je défis mes cheveux afin de les tresser pour la nuit.


— Sais-tu lire ? me demanda-t-elle alors

— Oui Ma dame.

— Je vais me coucher tout de suite, mais souhaiterais-tu lire un peu avant de dormir ?

— Non merci, Ma dame.

— Dans ce cas, vous pouvez éteindre la lumière et les bougies.


Je soufflais sur les deux proches de moi et Margot en fit de même. Je relevais la couverture et m’installais sur mon matelas. Margot, quant à elle, s’allongea au côté de l’Impératrice, dans le même lit. Quelle pouvait bien être leur relation ? Je finis par m’allonger complètement, mais ne parvint pas à m’endormir. Je me retournais sur le côté gauche, dos aux deux femmes et les écoutais discuter. Elle chuchotait pendant quelques minutes avant que le silence ne remplace les murmures. Elles avaient dû s’endormir. Revenant sur le dos, je me mis à observer le plafond, éclairé par la lumière de la lune à travers les rideaux.

Les heures passèrent sans que j’arrive à fermer l’œil, repassant en boucle dans ma tête ce qu’il s’était passé aujourd’hui. J’avais été offerte en cadeau d’anniversaire à l’Impératrice, loin de ma mère. Allait-elle bien ? C’était-elle aperçue de mon absence quelques minutes après qu’on m’ait enfermé dans la caisse ou après plusieurs heures ? Je serai dans ma main la chaîne qui me permettait d’avoir la bague de fiançailles de ma sœur autour du cou.

Malgré le froid, la faim, la fatigue, les coups du Duc et la pauvreté, ma mère m’avait élevé, faisait toujours en sorte que je ne manque de rien. C’était elle qui m’avait appris à marcher, à lire et à écrire. Pourtant, c’était ma sœur qui me chantait une chanson tous les soirs pour m’aider à m’endormir. À l’extérieur, le vent fit claquer une branche contre la fenêtre, me faisant sursauter. Je me mis de nouveau sur le côté, ramenant mes genoux contre ma poitrine et chantonnai doucement pour ne pas réveiller les deux femmes qui dormais dans la même pièce que moi. Petit à petit, grâce à la chanson de ma sœur, je finis enfin par m’endormir.

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