25. Stella

20 minutes de lecture

Jeudi 06 décembreCASSIE

Comment je vais faire ? C’est la question que je me pose en boucle depuis hier. Ash, lui, a eu l’air de vouloir m’interroger à chaque fois que j’entrais dans son bureau mais il s’est retenu toute la journée d’hier. Sauf que… oui, aujourd’hui, je dois faire un pas vers lui. Et d’ailleurs, Eliott et Cole semblent d’accord avec moi, j’aurais peut-être dû lui raconter toute cette histoire dès le début. Quoi que, j’avais cette boule au creux de l’estomac qui s’amusait à me rappeler qu’il fait partie de mon passé.

Vraiment ? Je n’en suis plus si certaine que ça. Surtout que ses lèvres ne cessent de capturer les miennes à la moindre occasion. Alors nous sommes… ensemble ? Je crois. En tous cas, mon cœur lui s’affole quand les portes de l’ascenseur s’ouvrent pour me laisser deviner le corps sculpté de Crève-cœur. Il remonte l’allée vers son bureau, transportant ce qui ressemble à un plateau. Un sourire prend naissance sur mon visage. Merde, cet homme est ma perte. Ou plutôt mon soleil.

Et il ne s’en rend même pas compte !

— Ashley, m’entêté-je à l’appeler par son prénom en le rattrapant en quelques enjambées.

— Mon…

— Prénom. Je sais. Mais tu sais, moi, je l’adore.

Ma phrase a traversé mes lèvres sans filtre. Ma main est venue se poser sur son bras. Sous la pression de mes doigts, j’ai cru percevoir un frisson. Cette fois, mon sourire dévoile mes dents. Il est craquant. D’autant plus qu’en me levant sur la pointe des pieds, je peux enfin analyser ce qu’il transporte. Deux tasses de chocolat fumantes. Je ris légèrement sous cette découverte. Ash penche la tête sur le côté et je peux observer ses paupières se plisser ainsi que ses lèvres s’étirer pour laisser apparaître ses pommettes saillantes. Majestueux.

— On peut parler ?

Ma demande le surprend. Il s’arrête un instant, incline d’un cran de plus la tête avant de m’analyser sous toutes mes coutures. Courage, Cass. Je dois le faire. Tout lui raconter. Du lendemain de notre séparation, de ma confrontation avec sa mère, de mon arrestation, de mon dossier marqué d’une croix rouge au sein des écoles d’arts et surtout de tout ce parcours qui m’a menée vers le graff. Vers cette aptitude que tous admirent sans que je n’en comprenne vraiment la raison.

Après tout, il existe des milliers de street-artistes. Et je suis loin du niveau de Bansky ou de Shepard Fairey. Je suis seulement un nom de plus dans le monde vaste de l’art de rue. Bien que je me dois de me l’avouer, je prends un plaisir immense à donner vie à mes idées, du jour comme de la nuit. Des œuvres à double tranchant, à double sens. Des peintures qui n’auraient surement jamais vu le jour sans Ash, sans notre histoire et sa peur de l’obscurité.

— Allons dans mon bureau.

J’acquiesce. Le suit en silence. Des images de la veille me reviennent à l’esprit. Je les écarte aussi vite qu’elles sont apparues. Nous ne sommes plus à hier mais au présent. Et cette fois, Ash est détendu. Serein. Comme si la nuit lui avait porté conseil autant qu’à moi. En tout cas, je peux dire qu’elle n’a pas été de tout repos. Mélange de cauchemars, de malentendus et de cris. Mais, je reste confiante. Crève-cœur me cherchait, il ne laissera pas passer cette occasion de comprendre.

Arrivés à son espace de travail, je ferme la porte tandis qu’il pose le plateau sur son bureau et se déplace vers l’interrupteur qui semble s’actionner chaque fois que nous sommes tous les deux enfermés dans cette pièce. Les gens vont nous prendre pour des bêtes sauvages, des assoiffés de sexe alors que, certes nous avons échangé des baisers mais nous ne sommes pas encore allés plus loin. Pas encore ? Oh, Cass…

J’échappe un fin gloussement, attirant l’attention d’Ash sur moi. Il me sourit, fronce les sourcils pour essayer de décrypter mes pensées puis il finit par hausser les épaules et me montrer l’un des fauteuils en face du sien. Je m’approche, les mains crispées. Lui en profite pour faire le tour de son bureau et s’installer. Il dépose une tasse de mon côté, puis prend l’autre pour en déguster la mousse qui trône sur le dessus de la boisson.

Ses yeux ne me quittent pas un instant. Suivent le moindre de mes mouvements. Sa respiration se relâche quand enfin mes fesses se cale au fond du siège moelleux. Je baisse la tête, observe mes doigts entremêlés et un raclement de gorge de mon binôme attire mon regard sur lui. Ok, je vais parler. Mais il me faut quelques secondes de plus. Je cherche par où commencer. Si je dois lui dire que je suis désolée de lui avoir menti ou si je dois lui expliquer comment j’en suis venue à devenir cette Stella anonyme.

Je souffle. Il commence.

— Je t’ai cherchée pendant longtemps.

— Tu m’avais laisser tomber, Ash, grogné-je malgré moi.

— Je sais, putain…

Il ne hurle pas, se contente de murmurer pour mieux passer sa main dans ses cheveux.

— Tu sais, c’est un peu grâce à toi, si j’ai commencé. Au début, ce n’était que des brouillons, des feuilles crayonnées ici et là. Des tonnes de papiers et de dessins qui s’accumulaient dans mes pochettes. Puis très vite, j’ai su que ce ne serait pas assez. Il me manquait un détail. Une dualité. Un lien entre les ombres et la lumière. Comme si mes peintures devaient être ce que nous, nous n’étions plus. Alors, après plusieurs semaines de recherches, des conversations interminables avec Cole et El… j’en suis venue à la phosphorescence de certain mélange. A ces peintures qui, une fois la nuit tombée, s’illuminent. Au début, je me suis contentée de dessiner une étiole. Puis mon surnom. Très vite, c’est devenu ma signature. Les gens postaient des photos sur les réseaux sociaux. Alors pour éviter que… que…

Les mots se bloquent dans ma gorge. Je n’ose pas avancer plus loin dans mes aveux. Pas à cause des peintures ou mêmes de mes œuvres, mais surtout parce que je m’apprête à avouer à Crève-cœur que je lui ai couru après. Pendant des jours, des semaines, des mois même ! Je ne voulais pas le laisser seul face au décès de son père et au départ de Malory. Seulement… je ne pouvais pas m’approcher de lui, me contenter des miettes que je trouvais. Mes dessins l’ont ainsi suivi. De son départ de la maison de son enfance, à son internat. Ensuite Cole, El et moi avons emménagé ici.

Et j’ai alors développé mon univers. Mes créations me prenaient plus de temps. Mes installations me demandaient plus de précision et de minutie. Au fond, ce passe-temps m’a permis pendant un moment de me couper du reste du monde. Ou presque. Parce que je partageais avec lui, un morceau de moi, de mes pensées. Passant d’un ciel nuageux à un printemps fleuri. D’un paysage forestier terrifiant à une forêt enchantée. D’ailleurs, le projet que j’ai entamé ces derniers jours est bien différent des autres. Plus représentatif, plus profond encore. Et j’ai peur de ce qu’il traduit.

— Ma mère t’a pourri la vie.

— Autant que la tienne, Ash.

— Et elle est toujours là. Je veux dire… Elle a failli couler l’entreprise, tu sais. Elle voulait profiter de son année de tutelle, de cette nouvelle emprise sur moi pour la vendre au plus offrant. Mais Jack, je ne sais pas si tu te souviens de lui, il a réussi à l’arrêter à temps. Et enfin… dès mes dix-huit ans, j’ai pris mon rôle de directeur à cœur. J’ai jonglé entre études et réunions. Vince et Éric ont été les premiers à me soutenir et à me surprendre à l’époque. C’est pour ça, qu’ils sont là, que même si Éric fourre son nez dans mes affaires, je le laisse faire.

— Oui, j’avais compris. Il est ton gardien, comme l’est El pour moi. La petite touche d’humour qu’il nous manquait à tous les deux.

Notre conversation se poursuit. Nous sommes calmes, buvons nos chocolats tout en nous racontant les événements que nous avons manqués pendant ces onze dernières années. Et si je m’ouvre entièrement à Ashley, lui semble reticent sur certains points. Comme par exemple, ses histoires d’amour. Je penche la tête d’ailleurs quand je lui pose la question. Je suis curieuse de celles qui auraient pu occuper sa vie. Mais il se fait évasif.

— Bordel, Ash ! Ne me dis pas que tu as suivi les conseils de cette vipère ! hurlé-je tout à coup en comprenant ce que cache son air coupable. Tu as pris les femmes pour des trous dans lesquelles tu pouvais te vider ?

— NON ! Bien sûr que non ! Je ne suis pas si horrible ! Mais… ouais. J’ai cumulé les coups d’un soir. Sans attaches, je ne pouvais plus être blessé. Merde, tu ne te rends pas compte, Stella. Il n’y a que toi qui est parvenue à toucher mon cœur.

— Que moi ? tenté-je.

Mais il ne répond pas. Pose sa tasse et tend les doigts vers moi. Il m’effleure tout en capturant mon attention. Cette fois, le temps se fige. L’ensemble de l’espace autour de nous s’efface, il n’y a plus que nous. Son pouce atteint le dos de ma main, y dessine des cercles. Un doux frisson me replonge malgré moi dans un souvenir au goût à la fois acide et amer. Un déchirement que j’ai encore du mal à accepter.

« Déjà le troisième refus que je reçois d’une école. Leur excuse ? Mon profil ne correspond pas à leurs attentes. Mais je ne comprends pas bien en quoi mon portfolio me porte préjudice. Il est un parfait mélange entre peintures, crayons, fusains et aquarelles. J’y ai développé mon style, mes traits sont sûrs d’eux, précis. Parfois représentatifs, parfois abstraits. Ce que j’aime le plus c’est la poésie à travers la double lecture de mes réalisations.

Et au-delà de mes créations, j’ai au moins deux lettres de recommandations de mes professeurs d’arts plastiques et d’histoire de l’arts. Donc… je devrais avoir mes chances dans ses écoles, j’ai travaillé pour. Depuis plus de trois ans, je fais tout pour trouver ma marque. Et là ? Rien. Nada, c’est le néant. Pourquoi ? Pourquoi le sort s’acharne sur moi ? Merde ! Ce n’était donc pas assez de m’envoyer au poste ? Il lui fallait aussi mon avenir ?

Ma vie est foutue !

Je hurle en laissant tomber mon front sur la table en bois de notre salle à manger sous les regards curieux de mes parents. Ma mère s’approche de moi et passe une main rassurante dans mon dos. Elle est mon meilleur soutien. Mon père, lui, mon meilleur défenseur. D’ailleurs, il a une poche de glace appuyée sur sa pommette gauche. Apparemment, un type m’aurait insulté et traité de « croqueuse de diamants ». Vraiment ? J’ai l’air, du haut de mes dix-sept ans, de m’intéresser à l’argent ? Sérieux !

Ses gens sont égocentriques, égoïstes et surtout ils sont… monstrueux. Tout passe par l’apparence, le paraître avant l’être. Putain ! Ma vie est fichue pour de vrai. Je grogne en frappant à plusieurs reprises ma tête sur le dessus de la table. Non, non, non ! Je croyais que De Cœur se foutait de moi en m’alertant sur son influence. Mais j’avais tort. J’aurais dû me méfier.

Chérie… Écoute, tu trouveras un autre rêve.

Quoi ? NON ! C’est ça mon rêve ! Mais…

Cette fois, mes larmes coulent. Je sais que mes protestations n’auront aucun impact. Que peu importe combien de temps je vais me battre pour trouver une école, je n’arriverais à rien. Pas avec une aristocrate reconnue et admirée comme ennemi. Les bras de ma mère s’enroulent autour de moi, sa chaleur me rassure, pourtant mes tremblements ne sont que plus puissants. Très vite, elle se détache, m’agrippe par les épaules et me soulève.

Debout ma fille ! Ce n’est pas aujourd’hui que la famille Bellarke va baisser les armes ! Si tu ne vas pas aux beaux-arts, tant pis. Je suis certaine que tu sauras trouver un autre chemin pour arriver à tes fins. Je te connais comme si je t’avais faite !

C’est parce que tu l’as faite, chérie ! cri mon père absorbé par le match de foot à la télévision.

Je ricane tandis qu’elle lui jette un regard furieux, et alors qu’elle s’apprête à ouvrir la bouche pour une nouvelle slave de compliments, Cole entre dans la pièce. Mon sauveur ! A moins que… Je rêve, il ne va pas faire ça ? Si ! Il court vers nous, fait un clin d’œil à ma mère qui s’écarte de mon corps au dernier moment et c’est le choc. Ses bras se posent autour de ma taille et d’un coup, nous sommes tous les deux au sol. Nos parents hilares quant à la scène que nous offrons.

Alors sœurette, tu succombes à ma force ? Et essuie moi, ça ! me dit-il en lissant mes larmes sur mes joues. Tu es bien plus belle quand tu souris ! D’ailleurs, El est là. A nous trois, nous allons casser la baraque !

Cole… gronde ma mère en nous tendant ses mains pour nous aider à nous relever.

Mais j’y pense !

Quoi ? Non, je ne veux pas savoir. Tu as toujours des idées folles. Sauvez-moi ! Papa ! Maman… je vous en prie. Sortez-moi de là ! »

Mais ils n’ont rien fait. Au contraire, ils ont encouragé ce qui est maintenant mon refuge. Dire que sans cette journée, sans cette déception et surtout sans la réputation sulfureuse que j’ai eu à cause de la vipère, je ne serais surement pas ici. Merde ! Ash m’observe en biais, fronce les sourcils en affichant un sourire en coin. Quoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Il ne dit rien. Se lève et contourne son bureau.

Il pousse mon fauteuil. Ses mains serrent les accoudoirs de chaque côté de mon corps. Puis, il se penche en avant pour plonger son nez dans mes cheveux. Je l’entends prendre son inspiration, se délecter de mon parfum avant de poser ses lèvres dans mon cou. C’est léger comme la caresse d’une plume. Il est tendre, délicat. Il est celui que je connais. Cet adolescent au grand cœur, qu’il cache derrière des barricades de fer.

*

ASHLEY

Merde ! Ses pensées l’ont mené dans un monde dont j’ignore tout. Alors mon instinct a pris le dessus. Mes doigts se crispent sur le fauteuil, mon corps est penché vers celui de Stella. Mon nez se perd dans sa chevelure bouclée, et je retrouve cette odeur de cerise et de vanille que j’aime tant. Que… quoi ? Putain ! Oui, J’AIME son parfum. Cette découverte amorce un baiser au creux de sa nuque. Je sens ses poils se hérisser à mon contact, j’en jubile.

— Tu as l’esprit ailleurs, murmuré-je pour justifier mon geste.

Je prends mon élan pour me relever mais ses mains m’arrêtent. La première se pose sur mon torse et la seconde vient capturer ma joue. Elle dessine des arabesques tout en suivant ma fine barbe de deux jours. Son toucher m’électrise. Elle sourit à pleines dents en plongent son regard dans le mien. Puis elle se mord la lèvre et son souffle m’attire vers sa bouche. Merde ! Jouer peut parfois brûler des ailes. Et là ce sont les miennes qui se consument.

Ce n’est pas un simple brasier qui m’emporte, non, c’est un putain de feu incandescent. Elle sourit encore et en empoignant le tissu de ma chemise m’attire à elle. Un baiser. Je gémis malgré moi. Bordel, c’est quoi ça ? Je n’ai pas le temps de mettre des mots sur les sensations toujours plus puissantes les unes que les autres avec Stella. Mais… elles me semblent différentes aujourd’hui. Plus sincères encore qu’hier.

— C’est Cole qui a eu l’idée de la coloc. Et Eliott, c’est ajouté au lot. Quand on a trouvé notre appartement, on a eu un coup de cœur. Surtout qu’il a quatre chambres, on ne pouvait pas mieux tomber. Et puis… ta mère, ma réputation de « pseudo délinquante » et les écoles qui m’ont fermées leurs portes, c’était trop pour moi. Tu sais… j’ai pleuré. Longtemps. A cause de toi. De ta perte. De ta mère. Mais aussi… pour toi. Et un jour alors que nous nous installions, que Cole montait les derniers cartons sous les ordres de ma mère, je suis tombée sur le calque de ton dessin.

— L’étoile filante, acquiescé-je.

Elle hoche la tête, me détache de son corps pour remonter la manche de son pull. Elle le tourne vers moi, m’invite à en dessiner tous les contours. Merde ! Le tatoueur en a vraiment reproduit tous les détails. De la moindre petite étoile aux points qui s’en échappent. Une merveille ! Et je ne pense pas ça parce que c’est mon œuvre. C’est même tout le contraire, je suis persuadé que celui qui l’a gravé sur la peau de Cassie est un pur artiste. Il a donné une âme à notre étoile. Une présence que je ne peux pas m’empêcher de contempler.

D’admirer.

D’un sourire, je mène son poignet à ma bouche pour l’embrasser. Elle est sublime. Une étoile qui s’illumine quand j’entre en contact avec elle. D’ailleurs, son sourire répond au mien. Elle penche la tête, semble ne pas avoir fini de se confier. Et je ne sais pas si je dois être heureux de la voir si ouverte à la discussion ou si je dois… m’énerver face à son silence autour de ses créations. Alors je me relève, passe mes doigts une énième fois dans mes cheveux. Je devrais vraiment penser à abandonner cette habitude. Je me le note pour plus tard.

Rattrapé par la voix suave de Stella qui s’adresse à moi tout en parlant dans le vague :

— En vérité. Je n’ai jamais oublié le dessin. Notre quatrième chambre devrait nous servir de chambre d’amis, seulement… les garçons m’ont convaincu d’en faire mon atelier. D’abord, ce n’était que des esquisses aux crayons signées avec mon Stella. Puis, ce sont devenues des peintures. Et un jour, alors que je regardais par la fenêtre, j’ai aperçu un tag. Ce n’était pas grand-chose, juste une signature en reliefs pourtant… ça a été le déclic ! Une vraie révélation.

Intrigué, je l’écoute raconter son histoire. Je suis curieux d’en connaître les détails. De tout savoir. Et je me délecte de ses paroles, enregistrant toutes les étapes par lesquelles elle est passée. Du plus simple croquis, de la plus épurée des signatures à des projets plus précis, plus complexes et surtout avec un double sens de lecture. Je me délecte de son discours, en apprécie chaque phrase et suis fier de celle qu’elle est.

Très vite, la colère que j’ai ressentie hier en apprenant le secret de Cassie s’échappe de mon corps, me dénoue les épaules pour alléger le poids qui pesait dessus et laisser place à une forme de reconnaissance. Putain ! Cette femme est rayonnante, forte. Elle est… Mon évidence. Merde ! Cette révélation me frappe en plein cœur, l’idée m’avait déjà effleuré mais là, c’est pire qu’une étincelle, c’est un feu aux mille nuances qui brûle, qui me consume. Ma poitrine en étant la victime principale.

— Ash ?

— Tu me montrerais ? ne puis-je m’empêcher de lui demander quand elle attire mon attention sur elle.

Ma question la surprend. Sa bouche forme un « o » parfait avant qu’elle ne secoue sa tête et fasse valser ses boucles. Elle penche son menton d’un côté, le lève vers moi et se mord les lèvres tout en cherchant une réponse adéquate à me donner. Merde, elle est sublime ! Trop magnifique pour moi ? Peut-être. Ou alors… Non, Ash n’y pense même pas ! Ta vipère de mère n’a rien à faire là !

— Ne pense pas à elle. Ashley, elle ne te définit pas.

— Je… Comment ?

— Ton expression n’a pas changé en onze ans. Tu fais toujours cette moue avec ta bouche quand tu penses à cette femme.

— Quoi ? Non, pas du tout !

Offusqué, je croise les bras sur ma poitrine. Et alors que la conversation était jusqu’à maintenant sérieuse, nous éclatons tous les deux de rire. Je n’en reviens pas ! Elle a vraiment remarqué ça ? Bien entendu qu’elle l’a noté ! Elle semble toujours me connaître. Comme si elle n’avait pas été loin de moi pendant tout ce temps. Comme si je ne lui avais pas tourné le dos, jamais. Et pourtant, c’est ce que j’ai fait ! Un putain de lâche qui s’est enfui et qui à présent rit avec elle.

Le moment de détente file et Cassie se calme. Elle m’observe du coin de l’œil prête à parler, sauf que je ne lui en laisse pas le temps. J’attrape son visage entre mes paumes et je l’embrasse. Ce baiser ne dure qu’un instant, ses mains poussant sur mon torse pour me maintenir au-dessus d’elle. Elle échappe un gloussement quand je me redresse. Je recule de quelques pas, posant mes fesses sur mon bureau et j’attrape les poignets de Stella pour la mener à moi.

Cette scène est digne d’un film romantique mais je m’en fous. Cette femme me retourne le cerveau, fait vibrer mon corps et propulse mon cœur à une allure frénétique. Putain, j’en suis dingue ! Totalement. Alors je profite de ses courbes qui se plaquent entre mes jambes. Sa poitrine vient rencontrer mes pectoraux, elle pulse contre moi. Son bas ventre lui vient se caler au plus près de mon entrejambe qui s’anime en sentant sa chaleur.

Merde !

— C’est d’accord, murmure-t-elle en relevant ses yeux vers moi.

Ses mains venant enlacer mon cou. Elle sourit timidement. Mes paupières clignent plusieurs fois avant que je réalise ce que ses mots m’apprennent, ce qu’elle accepte. Elle va m’ouvrir les portes de son monde ? De cet univers après lequel je cours depuis tant de temps ? J’ai du mal à y croire. Pourtant je la sens se grandir contre moi, son nez s’amuse à tracer un chemin du bas de mon menton jusqu’à jouer avec le bout du mien.

— C’est d’accord, Ash, je te montrerais. Mais… laisse-moi le temps de…

— De quoi ? Putain, Stella ! Tu m’as menti, tu m’as dit ne rien savoir sur cet artiste et maintenant nous voilà. Là. Comment tu expliques que tu te retrouves dans mes bras ? Tu n’as pas peur ?

Ma voix vacille, passe d’un trémolo à un autre tant mes sentiments sont confus. Perturbé par les mains de Cassie toujours autour de na nuque. A son nez qui caresse le mien. A ses lèvres qui s’approchent des miennes pour les emprisonnées à nouveau. Cette fois, elle se colle à moi me laisse profiter de ses courbes de mes doigts. Très vite, je trouve la couture de son pull, m’amuse à frôler sa peau délicate pour me délecter d’autant plus de ses frissons. De ce gémissement, tel un couinement qu’elle échappe comme quand nous étions adolescents et que nous tombions à la renverse sur mon lit. Bordel ! Elle me fait bander, à un point que j’en ai presque mal. Je la désire comme aucune autre.

Parce qu’elle est unique.

Mon unique…

— Amour, chuchoté-je contre ses lèvres.

Surpris tous les deux, elle s’éloigne de ma bouche, les sourcils froncés pour comprendre ce que je viens de dire. Mais je me contente de hocher la tête. Trop peureux. Merde ! J’ai la trouille, c’est viscéral ! Et si elle ne ressent pas la même chose ? Et si mes sentiments n’étaient encore qu’un mirage ? Et si je la perdais comme je perds tout le monde ? Et si aimer n’était pas vraiment fait pour moi ? Est-ce que je le mérite ? Bordel, elle est magnifique et je meurs d’envie de glisser mes doigts plus loin, plus bas, pour sentir si elle aussi, elle a envie de moi. De NOUS.

— Moi aussi, j’ai peur. J’ai la frousse même. Ash… tu me fais vibrer comme personne d’autre. Tes baisers ne m’ont jamais quitté, tes lèvres étaient gravées sur les miennes, tes mains sur ma peau et ton odeur dans ma mémoire. Putain ! Tu ne te rends même pas compte à quel point, ça me fait mal de t’avouer qui je suis… Parce que si tu sais que je suis…

— Stella.

— Oui. Si tu le sais alors… tu vas comprendre. Faire le lien. Lire à travers mes œuvres. Et j’ai cette boule au creux de l’estomac qui me hurle de m’enfuir tout autant qu’elle me supplie de rester dans tes bras. Merde ! Ashley… mes peintures, elles racontent… Elles… Peu importe. Maintenant, tu es au courant. Mais ça ne change rien. Mon anonymat, c’est ce qui fait que les gens s’intéressent à mes créations, c’est ce qui fait qu’ils cherchent à les comprendre, à les capturer, à les lire. C’est ce qui me porte, ce qui me transporte au-delà du réel. Mes peintures m’ont sauvées alors que je sombrais. Tu comprends ? C’est ma bouée. Et j’ai peur, oui, énormément. Parce que… c’est toi qui en es l’origine. C’est pour cette raison que j’ai choisi : STELLA. Parce que…

— Ça te permettait de garder un lien.

— Une connexion. Un filament de lumière entre ce que j’étais et ce que je suis aujourd’hui. Une façon bien à moi de montrer que la nuit et le jour ne sont pas des rivaux mais bien des amants. Parfois maudits, parfois sombres, parfois lumineux mais surtout en harmonie. Ensemble.

Sa voix s’éteint, et j’ai l’impression d’être plus léger. D’être con, totalement idiot mais plus serein aussi. Parce qu’elle s’est ouverte à moi. Qu’elle a fait tomber les barrières de son âme pour me laisser entrer dans son jardin secret. Pour en appréhender toutes les nuances. Et je le sais, nous sommes encore loin de la fin du chemin. Mais… j’ai l’impression qu’aujourd’hui nous avons fait un grand pas en avant. Mon front cherche le sien. Comme pour boucler la boucle de ce matin. Effacer mon moment de rage intense pour ne garder que les traces de notre tendresse. De cette affection que nous avons l’un pour l’autre.

A mon contact, elle plonge encore son corps contre le mien. Mes mains sont à présent en-dessous de la laine de son pull, elles parcourent chaque centimètre de son épiderme, pour retrouver ses lignes que je connais par cœur. Que j’avais incrustées dans ma mémoire pour ne jamais les oublier. Son bassin qui vient s’appuyer sur mon érection me surprend tellement que j’échappe un grognement sonore. Et dans un réflex, mes doigts enserrent ses hanches et l’incitent à encadrer ma taille de ses jambes fines.

Bordel de merde !

Nos corps s’entremêlent à la perfection, se reconnaissent sans efforts et nos bouches s’entrechoquent sans même que je ne commande mes gestes. Ils s’enchainent les uns après les autres, comme une mélodie qui se créerait d’un simple accord. Je maintiens Cassie contre moi, mes lèvres quittent les siennes pour s’aventuraient dans son cou. Je m’imprègne de son parfum, de cette odeur sucrée de vanille et de cerise. Addictive.

— Eh mec ! Tu survis ?

— Éric attend ? Merde !

— OH LA VACHE ! Pardon, pardon. Faites comme si je n’étais pas là. Continuez ! Viens, Vince, laissons-les terminer leur histoire.

Éric…

Non mais je rêve ! Il a un don ma parole !

Cassie planque son visage au creux de ma nuque, ses pommettes réchauffent mon cou et j’en suis certain, elles doivent arborer une magnifique couleur rosée. Un gloussement s’évade de sa gorge et elle finit par se détacher de mon corps. Une jambe puis l’autre, elle s’éloigne de moi, laissant entre nous un froid polaire s’installer. Merde ! Elle ne peut pas partir maintenant. Pas tout de suite. Je m’en contrefous d’Éric et je me fiche du sourire gêné de Vince, ce que je veux, c’est la sentir plus longtemps entre mes bras.

Rodolf !

— Le chocolat ?

— Ash…

— Cassie ? insisté-je en capturant ses mains avant qu’elle ne s’enfuie.

— On partage, alors.

Victoire !

Je souris comme un gamin. Je suis excité comme un putain d’adolescent en manque. Et surtout j’attrape Rodolf plus vite que mon ombre. Plante mon doigt dans le carton et libère le cadeau de chocolat aussi vite que possible. Cassie penche la tête en suivant mes mouvements. Puis… Elle revient vers moi, me pique la gourmandise des doigts pour le planquer entre ses lèvres. Et elle hausse les sourcils pour me provoquer. Ou du moins, essayer. Parce qu’elle n’a pas le temps de me tenter plus longtemps que déjà mes dents croquent dans la moitié de chocolat qui dépasse. Tant dis que mes lèvres se soudent aux siennes dans un énième baiser.

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