L'homme en contemplation

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L’homme en contemplation.

Et maintenant, comment ne pas rapprocher cette belle photographie de l’œuvre romantique de Caspar David Friedrich intitulée « Le Voyageur contemplant une mer de nuages » ?

Si, regardant le paysage, l’homme donne lieu et sens à ce dernier, nous livrant à l’approfondissement de son étrange posture, une certitude surgit pour nous : ce sens ne saurait être que réflexif, se rapportant à lui-même, l’homme. Le monde est un évident miroir dans lequel tout individu, prioritairement, indubitablement, est en quête de soi. Qu’est ce nuage pour moi ? Cet horizon de quelle manière s’adresse-t-il à moi ? Cette mer que dessine-t-elle pour moi que je n’aurais pas saisi ? C’est donc toujours sur le mode du pour-moi que l’univers fait sens et se laisse décrypter. Ego de l’homme face à l’ego du monde. Double réflexivité au gré de laquelle chacun trouve sa place et signifie dans l’horizon des choses. Sans doute objectera-t-on que soleil et nuage ne pensent pas, que le phénomène que nous leur adressons par notre simple présence ne les incline, les choses, à nulle visée intentionnelle. Certes, mais ceci est une assertion strictement humaine. Qui donc pourrait affirmer que la mer, aussi infinitésimale soit son niveau de conscience, son accueil à la connaissance, serait dépourvue de toute aptitude à éprouver depuis le centre de ses molécules d’eau, de ses mouvements liquidiens, quelque tremblement qui serait comme l’écho d’une pensée ? Sans doute cette concession faite aux choses eu égard à un atome de jugement résulte-t-elle d’un naïf panthéisme faisant de tout événement sur terre le réceptacle de sensations, le territoire d’une possible formulation interne fût-elle du genre du microcosme alors qu’en cette matière l’homme aurait, étrangement, la dimension du macrocosme dont, pourtant, il n’est qu’un infime et, sans doute, insignifiant fragment. Il faut redonner valeur aux choses, creuser la place qui revient de droit à la nature, la respecter comme la matrice qui nous a portés, a déplié la corne d’abondance dont nous pensons qu’elle nous est redevable de tout, ciron que nous sommes au regard de l’infini pour reprendre, dans l’esprit, les célèbres termes pascaliens. C’est seulement dans ce bel échange, dans cette dialectique fondatrice de l’exister où chacun reconnaît l’autre comme son égal - l’homme, la nature - que réside notre plus grande chance de constituer un avenir commun, sans crainte aucune de sombrer dans une bluette onto-écologique qui ne ferait que nous abuser et ne nous disposerait qu’à poser des questions inopportunes. L’erreur fondamentale de tout solipsisme, la faille inévitable dans laquelle nous précipite tout égotisme assidu est de nous persuader, nous les hommes, que notre royauté est telle, nos mérites si grands que tout ce qui n’est pas nous se présente seulement comme objet dont nous pourrions user à notre gré dans un rapport de suzerain à vassal dans lequel toute chose, hormis l’homme, serait en situation d’hommage à rendre à celui qui le dépasse et le contraint à exister du haut de son naturel mérite. Mais que ferait l’homme, que deviendrait-il sans la source qui l’abreuve, le soleil qui l’éclaire, le sentier qui lui indique la voie à suivre afin de ne pas s’égarer ?

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