La justice des accès — Vox

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   « Et pendant ce Temps — ce Temps où vous autres, les baveurs, les morveux courez les ponts, inconscients des choses du monde et au mépris de tout ! —, pendant ce Temps, donc, il y a de citoyens courageux qui, dans les sombres confins cherchent, jour et nuit et au péril de leurs vies, tout ce qui fera peut-être un jour le lit de vos pâles existences !

Ils sont courageux et un peu inconscients et parfois — disons, souvent — ils y sont obligés… c’est vrai ! Mais la question n’est pas là ! L’important, c’est l’objectif : découvrir !

Car il y a plein de choses sous le monde. Des vestiges anciens flamboyants : plaques en métaux mystérieux et brulants, des cheminées, des tours immenses, des ponts massifs venus d’autres âges et des tunnels inquiétants ; des paysages : montagnes imprenables, sombres cavernes et, oui… aussi, l’immense cratère tourbillonnant qu’on appelle le lit du Vent , très dangereux, où sont convoqués tous les courants de notre monde. Tous ces lieux intenses, irréels… Et les palais astraux… dont je ne vous ai pas encore parlé. Et toutes les merveilles qui gisent encore par delà la spirale tracée par les arpenteurs, par delà les monts dentelés, limite du monde visible.

Ah ça… Il y a tant de merveilles à découvrir ! Mais le clou, c’est autre chose ! Elles ne sont rien comparée à l’ultime trouvaille, l’apothéose, l’aboutissement de toutes les quêtes — j’ai nommé — : le bout du monde !

Oui, bande de petits agrippés, celui-là même !

L’étape absolue de tout être en recherche de félicité, de repos et de sécurité : le bout du monde…

Personne ne l’a jamais vu. On le suppose juste, sous les monts, derrière l’horizon. Chaque nouvelle étape atteinte par nos arpenteurs semble infiniment le repousser, comme s’il filait sous nos nez à chaque nouveau pylône planté.

Imaginez-le, si vous le pouvez ! Tout à coup, tout s’arrête, le plafond s’abolit au-dessus de vous, ne reste plus rien, sinon — qu’y aurait-il d’abord ? Un peu plus de Ciel ? — un grand espace ouvert, une Terre qui se borde et, enfin, remonte, s’invertit, vous offre un nouveau flanc inédit promesse d’un Envers salvateur et probablement fleuri.

Certains incarnas — chagrins et frustrateurs — disent que les eaux de surface — attention, je n’ai pas dit souface, ici c’est un autre mot : c’est la “sur-face”, bizarre hein ? — s’écoulent par torrents en cascades infranchissables depuis les océans recouvrant l’Envers de notre Terre, nous condamnant à devoir rester coincés en dessous, à contempler les chutes vertigineuses.

Choisissez votre version, la chouette ou la moche, ça m’importe peu.

Tant que les arpenteurs ne l’ont pas atteint, de toute façon, ça ne vaut que pour un peu de rêve.

Bon… allez, rentrez chez vous maintenant ! Vous me fatiguez ! »

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