Chapitre 9

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— Regardez ! On arrive enfin ! m’exclamai-je en apercevant les premières habitations. Ça a l'air cool !

Du haut de la colline qui bordait la ville, nous apercevions un spectacle de rue accompagné d'un groupe de musique. Les danseurs, dynamiques et entraînants, distrayaient les passants, les mêlant parfois à leurs chorégraphies.

— Drey a toujours eu une bonne réputation. Spectacles, concerts, expositions... L'Art en lui-même est respecté et exposé. Ou devrais-je dire "était" : le seigneur a tendance à censurer de plus en plus les artistes, ce qui a fait chuter le tourisme.

— Dis-moi Zelen, combien dois-je donner à notre cher guide touristique pour ces informations très utiles ?

Zelen rit doucement de ma plaisanterie. Sariel, quant à lui, eu un sourire amusé, mais loin d'être décontenancé, continua son histoire :

— Mais il est difficile de changer la culture d'une ville entière en quelques années. Il est très fréquent, comme aujourd'hui, que des spectacles clandestins se tiennent dans les rues. Ils sont malheureusement très souvent interrompus par la garde.

— Pourquoi le seigneur agit-il ainsi ? demanda Zelen. Si le tourisme rapportait de l'argent la ville, il se prive d'un revenu.

— Aucune idée ! avoua-t-il en haussant les épaules.

En entrant en ville, le bruit de la musique nous empêcha de continuer notre conversation. Nous avancions à travers les rues lorsqu'une voix s'éleva parmi le murmures de la foule :

— Sariel ! appela un vieil homme. Je savais bien que c'était toi !

— Lesgal ! s'exclama le concerné, un grand sourire sur le visage.

Ils échangèrent une poignée de main amicale.

— Exactement celui que nous venions voir, affirma Sariel. Comment vas-tu ? Et Erose ?

— Très bien. Trop bien même ! Elle ne se fatigue jamais, même à son âge. Toujours à crier pour tout et n'importe quoi ! C'est à se demander comment elle n'est pas devenue muette avec le temps.

— Ça ne m'étonne pas d'elle, rit-il.

— Mais qui sont ces deux personnes qui t'accompagnent ? demanda l'homme, nous souriant gentiment. La fille ne serait pas ta petite amie, par hasard ?

Je rougie d'une manière totalement soudaine et incontrôlable. J'entendis Zelen rire à côté de moi, et je lui jeta un regard courroucé. Sariel, pas du tout gêné par la question, se positionna entre Zelen et moi. Passant ses bras autour de nos épaules, il répondit :

— Pas du tout ! Ce sont deux aspirants koeliens qui partent pour leur première mission ! La petite, c'est Kaely...

— Hé ! râlai-je.

— ...et le grand gaillard s'appelle Zelen, continua-t-il comme s'il ne m'avait pas entendu, mais j'avais vu un petit sourire moqueur se dessiner au coin de ses lèvres. Les jeunes, je vous présente Lesgal : il vend les armes avec le meilleur ratio qualité prix que l'on peut trouver dans le coin !

— Tu sais mon grand, reprit l'homme d'un air sérieux, tu devrais profiter de la vie : vivre de ta passion, trouver l'amour, fonder une famille ! Plutôt que de risquer ta vie comme tu le fais. Tu es jeune encore !

— Mais le monde serait beaucoup plus dangereux sans les koeliens. Et il n'y a aucun soucis à se faire, Lesgal : je profite ! précisa-t-il avec un clin d’œil entendu.

— Si tu le dis, je te fais confiance, ajouta Lesgal en soupirant. Et sinon, tu disais que tu venais me voir ?

— Oui, ces deux-là sont encore en formation, et on les envoie en mission avec des armes bas de gamme...

— Quelle honte !

— Les finances du clan n'ont jamais été son principal atout, déplora Sariel. Mais bien sûr, j'ai pensé à toi pour régler le problème !

— Quelle attention délicate.

— Ça te va si je te les laisse maintenant ? J'ai à faire en ville.

Quoi ? Le mec se barre déjà ? Super chef de groupe...

— Pas de problème mon petit Sariel, je m'en occupe.

— Je passe au magasin dans une heure pour récupérer les petits. A toute à l'heure ! salua-t-il en s'éloignant.

— Nous ne sommes pas des enfants ! râlai-je d'une voix forte.

Il ne répondit pas, mais je l'entendis rire. Je soupirai, résignée. Je comptais sur lui pour m'aider à choisir ce que j'allais acheter, mais visiblement, nous allions devoir nous débrouiller.

— Suivez-moi tous les deux, nous demanda l'homme en s'élançant vers une autre rue. Mon magasin est à côté, mais je dois juste récupérer quelque chose dans cette boutique avant. Ça ne prendra pas longtemps.

Le magasin dont il parlait avait la façade peinte en bleu, les fenêtres ainsi que la porte étaient jaunes. Quelqu'un aimait les couleurs vives ! Il pénétra dans la boutique et nous fit signe de le suivre. A l'intérieur, une jeune femme afficha un grand sourire en nous voyant entrer.

— Bonjour Neoline ! Ton père est là ?

— Bonjour Lesgal. Dans la réserve, indiqua-t-elle avec un sourire.

— Merci ! Attendez-moi ici, précisa l’homme à notre attention, en s’élançant vers le fond du magasin.

La jeune femme qui avait répondu semblait être la vendeuse de la boutique. Elle devait avoir la vingtaine et était légèrement plus petite que moi. Elle avait de très beaux cheveux roux foncés qui descendaient en cascade jusqu'à ses hanches. Quelques taches de rousseur parsemaient son beau visage, et je remarquais qu'elle nous souriait amicalement.

— Alors, comme ça, vous connaissez Lesgal ? demanda-t-elle, curieuse. Vous êtes de sa famille ?

— Non, nous sommes venus en ville pour acheter des armes, répondis-je. C'est... un ami qui nous a confié à lui.

Elle tenta d'être discrète, mais je vis bien qu'elle m'étudiais de la tête aux pieds. Je me retenais de soupirer : je savais que je n’avais rien d’effrayant, mais c’était quand même vexant.

— Je vois. Eh bien, tu as affaire au meilleur armurier ! Au fait, je suis Neoline, et je tiens cette modeste boutique avec mon père.

— Kaely, me présentai-je. Et voici Zelen.

— Enchanté.

— Et votre ami, il s'appelle comment ? Il vit à Drey ?

— Non, l vient d'Helloï, comme nous. Il s'appelle Sariel, répondit Zelen.

Son visage s’éclaira.

— Vous êtes des koeliens ! Je comprends mieux. Et ce Sariel, c'est un grand brun avec un visage de nounours ?

— Heu… oui ? répondis-je.

— Il est en ville ? Génial ! S'il vous plait, dites-lui de venir me voir avant qu'il ne parte ! Ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu.

— Pas de soucis. Vous vous connaissez bien ?

— Il nous a aidé il y a deux ans avec un problème de wyverne. On est resté en contact depuis !

Elle nous fit un grand sourire et se remit à travailler en chantonnant. Je m'adossai au comptoir de la caisse, et patientai. Au bout de quelques secondes, je sentis quelque chose me chatouiller le bras, et je tournai la tête en sursautant. Un chat, l'air surpris de ma réaction, recula de quelques pas. Ses petites pupilles violette me regardèrent intensément, comme s'il sondait mon âme.

Il y avait quelque chose de dérangeant avec ses yeux, non qu'ils aient une forme étrange, mais ce qui s'en dégageait me surpris. C'était comme si... il voulait me dire quelque chose, ou qu'il essayait de lire dans ma tête. Étrange impression que celle-là…

Le chat pencha sa tête sur le côté et miaula doucement. Je chassais mes idées paranoïaques et lui grattais la tête. J'adorais les chat ! Seulement, après quelques caresses, l’animal se remit à renifler ma main avant de me mordre le doigt. Je poussais un petit cri de douleur alors que quelques gouttes de sang tombaient sur le comptoir. Le chat s’approcha pour le renifler, ce qui n'était pas du tout bizarre !

— Meli ! gronda Neoline, avant de saisir le chat et de le poser par terre. Excuse-la, elle n'agit pas de la sorte en général.

— Ce n'est qu'une égratignure... C'est surtout mon ego qui en prend un coup, cette saleté de chat m'a eue par surprise, grognai-je.

De toute évidence, ma réplique était drôle, puisqu'ils explosèrent de rire. Le chat aussi réagit, gémissant.

— Tu es très amusante, tu sais !

— Ouais, si on veut...

— On peut y aller ! s’exclama Lesgal en réapparaissant soudainement. A plus tard ma belle !

— Passez une bonne journée ! Et dites bonjour à Erose de ma part surtout !

— Je n’y manquerai pas.

L’homme nous guida à travers les rues bondées de Drey. Nous dûmes passer par la rue principale car elle était presque impraticable tant il y avait de monde. Les habitants se bousculaient les uns les autres et il était difficile de se frayer un chemin sans se faire marcher dessus. Je manquais de peu de perdre Lesgal de vue.

Soudain, j'entendis une personne hurler à plusieurs reprises :

— J'ai une livraison pour le Seigneur ! criait-il à la volée, plaintif. Laissez-moi passer, s'il vous plait !

Plus la voix se rapprochait, plus la foule s'agitait. Arrivée à notre niveau, on me poussa sur le côté afin de créer une mince allée au centre de la rue. Je vis l'homme passer, essoufflé et transpirant, courant aussi vite que possible. Il portait une boite qui faisait presque sa taille,et il voyait difficilement devant lui.

Des cris d'encouragements le suivait, ainsi que des commentaires compatissants :

— Courage !

— Le pauvre !

— Je n'aimerais pas être à sa place…

— Le seigneur peut être très impatient ! J’espère qu’il arrivera à temps.

Je restai surprise lorsque la foule reprit naturellement sa place initiale. Lesgal dû le voir sur mon visage car il expliqua :
— Le comté est dirigé par un Seigneur. Il vit dans le château là-bas, désigna-t-il. Il est très exigeant envers ses domestiques, et il n’a aucune patience.

— A ce point-là ?

— Oui... C'est un homme froid et imbu de lui-même, je te souhaite de ne jamais le croiser. Et si tu veux mon avis, il aime un peu trop les jeunes femmes.

— Je vois…

— Mais peu importe. Venez par ici, ma boutique est juste là. Allez, entrez, ajouta-t-il en tenant la porte, une fois arrivé devant le bâtiment.

Le magasin était littéralement gigantesque. Je ne m’en étais pas rendu compte de l'extérieur, mais une fois à l’intérieur, j’avais des étoiles dans les yeux. Il y avait une dizaine de rangées d'étagères dans lesquelles étaient entreposées des armes. Des couteaux, des explosifs, des épées, des masses, des boucliers, et même quelques revolvers !

Si j'avais été une personne normale, j'aurais probablement été effrayée d'être ici, ou au moins mal à l’aise. Mais moi, je trouvais ça grisant, voire même excitant. J'avais envie de courir partout, de toucher à tout, comme un enfant dans un magasin de jouets. C'était dément !

Zelen était aussi impressionné que moi, mais peut-être un peu moins fasciné. Lesgal s'amusa de nos réactions avant de nous présenter la jeune femme qui se trouvait dans la boutique à notre arrivée :

— Voici Mereith, mon apprentie, nous présenta Lesgal. Mereith, ces deux jeunes gens sont des koeliens en devenir. Ils viennent pour acheter leurs premières armes. Veux-tu bien t'occuper du garçon pendant que j'aide la petite kaely ?

— Bien sûr ! répondit-elle avec entrain. Suis-moi.

Et ils commencèrent à échanger ensemble.

Lesgal me fit faire un tour rapide des rayons où il me présenta tout ce qu'ils vendaient.

— As-tu une préférence de combat ? demanda-t-il.

— C'est-à-dire ?

— Y a-t-il une manière de combattre que tu préfères ? Ou une arme ? Cela dit, si tu débutes vraiment, tu n'as peut-être pas encore eu l'occasion de trouver ta façon de te battre. Ne t'inquiète pas, cela peut prendre des années. Il faut simplement essayer ! On va commencer simplement : parmi les armes que tu as eu l'occasion de tester, laquelle te convient le mieux ?

— Nous nous sommes principalement entraînés au combat à mains nues et à l'épée pour le moment. L'épée est l'arme de base des koeliens, la première que l'on doit maîtriser avant d'en tester d'autres. Je me débrouille aussi en lancer de couteau !

— Voilà une bonne base ! s'exclama-t-il en m’entraînant vers une autre allée. Épée à une main, j'imagine ?

— Oui.

Dans le rayon, mon regard émerveillés parcouru chacune des épées. Elles étaient si belles comparées à celles que nous avions à l'entrainement ! Même celle que je m'étais acheté ne semblait pas aussi résistante ni équilibrée que celles-ci.

Lesgal étudia plusieurs possibilités, me regardant de haut en bas, avant d'en saisir une. Il me la tendit, et lorsque je la pris, je faillis la faire tomber, me forçant à la saisir à deux mains.

— Je n'arrive pas à la manier, dis-je. Elle est trop lourde ! Mais à deux mains, peut-être qu'en m’entraînant...

— Ce n'est pas une épée à deux mains... contra Lesgal. Il va falloir muscler tout ça !

Il reprit l'épée et la remis à sa place sur l'étagère. J'avais pourtant pris du muscle, mais ce n'était visiblement pas encore suffisant...

— La plupart des épées font leur poids, expliqua-t-il. Ce n’est pas la plus légère que j’ai, mais c’est un bon métal : elle est très résistante.
Son regard parcouru le rayon avant de tomber sur ce qu'il cherchait. De nouveau, il prit une arme et me la tendit.

— C'est une épée courte, expliqua-t-il. Elle est plus légère mais du coup, tu as moins de portée. En général, elle est davantage utilisée comme seconde épée, mais tu peux la garder le temps de te faire la main.

Je tentais de m’imaginer en combat et levais l’épée en l’air, la manipulant doucement dans le vide. Beaucoup plus facile à manier, je regrettais cependant sa taille : face à un adversaire avec une épée de taille classique, je serais désavantagée. Je n'étais pas assez rapide pour pouvoir manier ce genre d'arme.

Devant mon air dubitatif, il m'en proposa une troisième, la désignant sur l'étagère :

— Nous avons aussi ce type d'épée : de taille classique, plus légère, mais moins résistante. Très bien pour les débutants, tu peux la garder un an ou deux avant d'en changer.

Je secouais la tête : celle-ci était très similaire à celle que j'avais acheté à Helloï, ça ne me servirait à rien d'en racheter une. Je soupirais et remis l'arme que j'avais en main à sa place d'origine. Alors qu'il cherchait une autre arme, je parcourais le rayon d'à côté du regard, quand soudain, je vis deux magnifiques sabres assortis, reposant sur un présentoir. Plus fins que les épées, de la même longueur... ils étaient parfaits ! Et magnifiques !

— Je ne peux pas en avoir une comme ça ? demandai-je.

— Ce sont des épées jumelles, m’expliqua-t-il. Elles sont vendues ensemble. C’est pour les épéistes capables de maîtriser deux armes à la fois.
— Je peux les essayer ? demandai-je quand même, les yeux pétillants.

Il rit face à ma réaction.

— Aucun problème ! Mais je ne vais pas te donner ceux-là : ce sont les hauts de gamme, je ne pense pas que tu ais les moyens de te les payer, rit-il, sans vouloir t'offenser bien sûr. Sache tout de même que les sabres sont plus fragiles que les épées. Face à un espadon ou une masse, elles se brisent facilement.

— Que penses-tu de celles-là ?
Il me donna deux autres sabres, un dans chaque main. Je m'écartais de lui pour éviter tout accident : je savais maîtriser une épée, mais deux en même temps, c'était une autre affaire ! Je les manipulais avec précaution, loin des objets fragiles. Je tentais d’imaginer ce que c’était de combattre avec deux épées au lieu d’une... Il me faudrait beaucoup d'entrainement pour y arriver... mais j'y croyais ! C'était ça qu'il me fallait !

— Je les aime déjà… marmonnai-je.

Lesgal rit de nouveau et me les repris des mains pour les ranger dans leurs fourreaux. Ensuite, il entreprit de les accrocher à mon dos avec le support nécessaire.

— Comment te sens-tu ?

— Ça pèse son poids, mais c’est supportable. J'ai connu pire.

Un flash apparu devant mes yeux dans lequel, lors d'un entrainement, nous devions porter l'un de nos camarades sur plusieurs kilomètres... j'étais tombée sur Nayru qui, bien que n'étant pas le plus lourd du groupe, était tout le même le plus agité !

— Tu n’as pas besoin de t’entraîner dès aujourd’hui à te battre avec deux épées en même temps. Tu peux n’en emmener qu’une à la fois et t'entraîner avec ton autre main. Puis, lorsque tu les maîtriseras indépendamment, tu pourras apprendre à les manier ensemble.

— C’est génial !
— Garde les sur le dos le temps que l'on s'occupe de la suite ! affirma-t-il. Tu me parlais d'armes de jets tout à l'heure ?

— J’ai des couteaux que je mets en général dans ma sacoche.

— Il est difficile de trouver des couteaux de jets précis, expliqua-t-il en se dirigeant vers une autre rangée, voire impossible. Le poids influence beaucoup la trajectoire, et le problème des couteaux c'est qu'ils ont très souvent une poignée trop lourde.

Il ouvrit une boite et me présenta son contenu. A l'intérieur se trouvaient des lames toutes simples. Pas de gravure, pas de poignée, lame à double tranchant. Elles faisaient la taille de ma main.

— Celles-ci rentreront facilement dans ta sacoche.

J'en pris une et l'observais, mais incapable d'en juger la qualité, je la reposais avec les autres en hochant la tête.

— Parfait !

J'eus quand même un doute : aurais-je assez d'argent pour tout ? Je n'avais pas prévu d'acheter deux épées... Il déposa des lames sur le comptoir de l'entrée en marmonnant :

— Ensuite, de quoi pourrais-tu avoir besoin… réfléchit-il.

— Je pense que je n'aurais pas les moyens d'acheter plus, avouai-je en riant, gênée.

— Très bien ! Je vais aiguiser tes nouvelles armes avant de te les donner...

Alors qu'il allait ajouter quelque chose, la porte de la boutique s'ouvrit brusquement et une femme entra. Petite taille, des cheveux roux si foncés qu'ils paraissaient presque rouge, elle portait de très, très, nombreux bijoux. Des boucles d’oreille, un collier recouvrant un large décolleté, plusieurs bracelets et bagues à chaque bras… Ça sentait l'argent !

En la voyant, le regard de Lesgal changea.
— Lesgal ! lança-t-elle à travers le magasin, d'une voix hautaine. Je suis là pour la commande de mon fils. Il n’a pas pu se déplacer…

— J'arrive madame Derenan ! répondit-il à la nouvelle venue, avant de me chuchoter qu'il revenait.

Je les entendais parler, mais ne m'y intéressait pas. Je retournais au niveau de l’entrée et mon attention se posa sur une boîte en verre, posée sur le comptoir. A l’intérieur se trouvait une magnifique bague en argent avec une pierre violette sur le dessus. C'était une grosse bague et la pierre brillait de mille feux. Je remarquais également que sur l'anneau argenté étaient gravés des symboles étranges qui rendaient le bijou plutôt intrigant. Peut-être des runes magiques ?
Un morceau de papier se trouvait également à l'intérieur, et le prix qu’il affichait me fit froid dans le dos. Je n’étais pas sûre de gagner suffisamment, même en travaillant toute ma vie, pour pouvoir me payer un objet pareil ! Il était également écrit que le bijou était déjà vendu. Mais ce qui m'intriguait le plus c'était que l'on vende ce genre d'objet dans une armurerie.

— Ne rêve pas trop ma belle, je doute que tu puisses un jour te payer une beauté pareille, me lança un autre client, à peine entré dans le magasin.

— Je vous demande pardon ? demandai-je timidement.

Il me regarda de haut en bas.

— Cette bague vaut bien plus cher que ce qu’une fille comme toi est capable de payer.

Je n’eus même pas le temps de protester qu’il se saisit de la boîte et se dirigea vers Lesgal, qui s’occupait d'encaisser la commande de sa cliente.

J'étais bouche-bée : quelle impolitesse ! Je jetais les yeux sur ma tenue : comme si j'avais l'air pauvre ! Bon, j’étais dans une tenue de combat, mais quand même ! Et de quel droit me parlait-il sur ce ton celui-là ? Je soupirai, exaspérée, mais gardait le silence.

Lorsque Lesgal en eu terminé avec ses clients, il revint vers moi.

— Excuse-moi… fit-il, embarrassé. Certains de mes clients... ne connaissent pas la patience.

— Je comprends. Mais j'ai une question à vous poser, si cela ne vous dérange pas.

— Je t'écoute.

— Pourquoi vendez-vous une bague dans votre boutique ?

— C'est tout simplement parce que cette bague est très particulière. Là où tout le monde voit un beau bijou, les connaisseurs voient une arme très puissante.

— Une arme ? demandai-je, interloquée.

— Elle n’est pas seulement faite en matériaux précieux : c’est une bague magique.

— Oh… C'était donc bien des runes qui étaient gravées.

— C'est exact. Allez, je m’occupe de tes armes et je te libère !

J'en profitais pour voir où en était Zelen dans sa recherche d'armes, et je le trouvais en grande discussion avec l'apprentie. Elle lui montrait la meilleure façon d'aiguiser une lame sans l’abîmer.

Lorsque Lesgal eut terminé, il me remit mes armes. Je payais avec la quasi totalité de ce que j'avais pris. Mes faibles économies venaient de disparaître... Mais j'étais tellement heureuse d'avoir mes nouveau sabres que je m'en moquais ! J'avais hâte de les essayer !

— Surtout, n’hésite pas à revenir me voir dans quelques années, quand tu seras un koelien accomplie, et je me ferais un plaisir de t’armer encore mieux que ça.
— Avec plaisir ! m’exclamai-je gaiement.

Lesgal jeta un œil à l’horloge et affirma que Sariel ne devrait plus tarder. D'autres clients entrèrent dans la boutique, alors je décidai d'attendre dehors. Je fis signe à Zelen que je l'attendrais à l’extérieur le temps qu'il règle ses achats, et je saluai le propriétaire et son apprentie avant de sortir, sans oublier de les remercier.

M’adossant au mur du bâtiment, je patientais. Je me sentais un peu lourde avec mes épées sur le dos mais elles ne m'empêchaient pas de bouger.

Après quelques minutes, je remarquais un visage vaguement familier parmi la foule. Une vague de stress me traversa sans que je ne comprenne d'où elle venait. Lorsque ses yeux croisèrent les miens, je le reconnu : le métamorphe ! Celui qui était venu chez moi et qui se disputait avec mon père !

Son nom m'échappait, mais je me souvenais qu'il voulais recruter davantage de koeliens pour le combat contre les vampires. Je me rappelai également de la peur que j'avais ressenti sur le moment, exactement la même que maintenant.

Mon corps se contracta et mon cœur se mit à battre plus rapidement. Il stoppa sa marche à l’instant où il me reconnu, manquant de se faire bousculer par quelqu’un. Un sourire fantôme passa sur ses lèvres puis il commença à se diriger vers moi.

Je me redressais.

— Kaely ! Tu as fini à ce que je vois ! s’exclama Sariel en apparaissant dans mon champ de vision. Où en est Zelen ?

Je le regardais quelques secondes, surprise, puis le poussais pour passer derrière lui. Il m'avait fait perdre le contact visuel, et le métamorphe avait disparu pendant ce laps de temps.

— Ça va ? T'as l'air bizarre… remarqua-t-il.

— Non, c'est bon, répondis-je passivement, toujours en cherchant l'homme du regard. Je croyais avoir vu quelques chose... mais j'ai dû me tromper.

C'est à ce moment-là que Zelen sortit de la boutique, fraîchement équipé d'une énorme épée.

— Parfait ! si vous avez terminé tous les deux, on va pouvoir y aller. Mais avant, on va manger ! Je meurs de faim !

Je ris avec lui, mais la présence du métamorphe me perturbait encore. Était-il venu spécialement pour moi ou était-ce le fruit du hasard ?

Je n’étais pas sûre de vouloir savoir.

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