Chapitre 6

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Seyvanna


—Je te la fais courte, si tu penses faire de moi une de tes prostituées, tu vas joliment aller te faire foutre, craché-je avec hostilité. Le gang bang c’était pour voir si j’étais bonne pour ton club ? Sache une chose Jonas, je ne me soumettrai jamais à toi. T’as pas l’air de comprendre que tu retiens captive la fille de Barron. C’est soit que t’as peur de rien, soit que t’es complètement débile et inconscient. Parce qu’on va me retrouver et tu vas mourir. À moins que je ne te tue avant…

Son regard sur moi est indescriptible. Ses yeux noirs comme de l’encre, plus sombres que les ténèbres, me mitraillent à un tel point que je me sens pratiquement poignardée. Même ma peau me brûle. Il y a un truc chez lui qui m’ébranle. De plus, sa beauté me déstabilise. Mon ennemi est tellement séduisant que j’ai du mal à soutenir mon regard dans le sien plus de cinq secondes. Sans quoi quelque chose se produit en moi. Je me sens fébrile et… vulnérable.

Concentre-toi, Seyv…, me dis-je. Ce n’est pas le moment de te laisser distraire ! Allez, j’ai la situation en main. Je garde ma hargne. Je suis couverte de sang, le type, à la gorge tranchée en deux, repose à mes pieds. En fait, avec ma jambe non ligotée, je viens poser mon pied sur sa tête et, en la tournant doucement, sa trachée s’ouvre un peu plus et laisse évacuer un restant de sang.

En contemplant le mort, l’image de mon père assassiné sur la photo me revient. Je ne crois pas que Jonas a fouillé dans le téléphone que j’avais sur moi en arrivant ici, alors il ne sait probablement pas qu’il est mort. Je ne dois pas penser à Barron, à aucun moment. Autrement, ma barrière émotionnelle va faillir. Perdre des membres de la famille, c’est courant, sauf que là, ça vient me chercher. Si ma famille se dissout et que la mafia faiblit à cause de Edja, je ne sais pas ce qui va advenir de moi. Déjà, je ne peux pas rentrer à la maison, mon propre oncle veut m’éliminer. Je détiens des informations d’une importance capitale. Si je parle, la tête de mon oncle sera mise à prix par tout le réseau pour ce qu’il a fait. Alors c’est évident qu’il va tout faire pour me retrouver avant que je relève la vérité. Il élimine secrètement Barron et d’après ce que j’ai cru comprendre, Mikhaïl est le prochain sur la liste, tout ça pour prendre leur place et être le prochain parrain de la mafia, étant un Pavlenski. Je dois partir d’ici et révéler cette trahison avant qu’il s’empare du pouvoir.

Dès que Jonas daigne bouger enfin, je tressaille, resserrant l’étrangleur dans mes mains, prête à l’utiliser à nouveau. Tout en faisant un pas dans ma direction, écrasant sa botte cirée dans la flaque de sang, il laisse tomber son masque sur le lit, écarte un pan de sa veste noir et en ressort une arme avec un silencieux au bout. Il braque son semi-automatique sur mon visage, appuyant même le canon froid contre mon front.

—Relâche l’étrangleur, Seyv.

—Dans tes rêves. Tu sais qu’il peut trancher ton bras en deux, tellement il est coupant ? Il me suffit d’une nanoseconde pour m’exécuter, t’auras même pas le temps d’appuyer sur la gâchette, connard.

Il enlève le cran de sureté de son arme pour me montrer qu’il ne cèdera pas et ô combien je ne lui fais pas peur. Je déglutis lentement.

—Tente le coup, ma jolie… me mets au défi Jonas alors qu’un sourire se forme sur sa belle gueule.

J’ai envie de le tuer.

—Je te laisse trois secondes pour t’exécuter, ajoute-t-il.

Je crois que lui et moi, avons été élevé de manière relativement semblable : on connait les rouages de la manipulation, toutes les formes de torture, et adorons les défis.

—Trois…

Du coin de l’œil, je vois Dominik se placer derrière moi, l’autre côté du lit, se préparant à me tirer par derrière, si j’ose m’attaquer à Jonas.

—Deux… enchaîne-t-il avec une voix autoritaire et en appuyant plus fort son arme contre mon front.

J’ai aussi appris à choisir mes batailles. Parfois capituler permet de mieux attaquer à un meilleur moment. Parce que là, je dois me rendre à l’évidence, je suis prise entre Dominik derrière moi et Jonas en face et tous les deux braquent une arme contre ma tête.

—Tic… toc… petit cœur… ne me force pas à le faire. Je peux facilement décider que tu ne m’es plus d’aucune utilité si tu ne te soumets pas à moi.

C’est avec mépris et haine que je laisse tomber l’étrangleur par terre, près de lui. Mais ce n’est pas pour autant que je m’avoue vaincu et que je vais abdiquer.

—Bien… souffle-t-il, comme pour me féliciter.

Merde, je ne suis pas une chienne !

—Sache que tu m’appartiens désormais, m’avoue Jonas d’un ton amer et brut. Tu bosses pour moi maintenant. Et si tu ne veux pas te soumettre à mes ordres, je te briserai jusque qu’à ce que tu aies l’impression que t’as cédé ton âme au Diable.

—Oh… regarde-moi ça… j’en ai la chair de poule, ricané-je en lui montrant les frissons sur mes bras ensanglantés. Je crois que tu ne sais pas à quel genre de nana t’as affaire !

Jonas lance un regard entendu à Dominik et tous les deux sourient, comme si j’étais un spectacle marrant.

—Hum… voyons voir ça… Là, ce qui va se passer, on va t’amener au sous-sol. Et tu pourras nous montrer ce que t’as dans le ventre pendant qu’on te punit pour le meurtre de Lazarev.

Le sous-sol ? C’est quoi ce délire ?! Voyant que Dominik pose un genou sur le lit et, qu’il n’a plus aucune arme dans les mains, il tente de me ligoter les mains dans le dos, mais je m’écarte à temps !

Je tombe par terre, sur le macchabée, une jambe dans les airs, rattachée au fichu poteau de bois !

—Ne me touche pas, putain !

Je n’ai pas de culotte sous ce long t-shirt, et je viens de me foutre du sang de la dépouille sur le cul !

J’ai envie de gerber.

Je n’arrive pas à me relever dans cette position peu flatteuse, mais c’est avec un couteau automatique provenant de sa poche, que Jonas tranche la corde qui maintient la sangle autour de ma cheville. Dès que je suis libre, j’en profite pour tendre une main vers l’étrangleur dans la flaque de sang à ses pieds. Aussitôt, Jonas l’éloigne avec sa botte et la seconde suivante, je reçois un coup brutal au visage !

Je sens littéralement mon nez se fracasser !

Oh la vache !

Sa botte est faite en cap d’acier !

—Tu m’as explosé le nez, fils de pute !

Je n’arrive pas à respirer tellement que mes narines se congestionnent de sang et le tout coule sur mes lèvres. Je bondis sur mes pieds malgré la douleur qui assène mon visage et dont l’impact me laisse sonnée. Dès que je suis debout, ma tête tourne.

Il profite du court moment où je suis décontenancée pour me ligoter les mains dans le dos, mais je réagis et envoie un coup de coude dans le ventre de Dominik qui s’est rapproché de moi ! Pendant qu’il se plie en deux, je me jette vers la sortie, passant en vitesse sous le bras de Jonas qui tente de m’attraper !

Mon pied glisse sur le plancher visqueux, je tombe contre le cadre de porte, mais je me relève immédiatement, sans perdre une seule seconde !

Je cours dans le couloir. Jonas, lui, me suit d’un pas lent et je l’entends claquer sa langue contre son palet de manière théâtrale.

—Tu comptes aller où comme ça, ma jolie ? Tout est verrouillé, il te faut un pass. À moins de te jeter par les fenêtres, tu n’as aucune issue.

En courant dans son penthouse, je tombe sur sa cuisine. Si je ne peux pas sortir d’ici, alors je vais devoir le tuer pour obtenir un pass. J’ouvre, tiroir après tiroir, laissant des taches de sang partout sur mon passage. Dès que j’attrape le manche d’un couteau, je me retourne et le braque sur Jonas qui apparaît dans la pièce après quelques secondes qui s’écoulent. Il appuie son épaule, abaisse son arme, passe une main à travers sa tignasse blonde qui lui tombe sous les yeux, pour renvoyer ses cheveux vers l’arrière. Je réalise à quel point il est grand, svelte, mais grand. Un peu plus d’un mètre quatre-vingt-cinq.

Je recule, mes hanches se heurtent au comptoir de cuisine derrière moi. La douleur au visage m’assaillit encore.

—Putain, mais qu’est-ce que t’attends de moi ?!

Je ne comprends rien, je ne sais pas ce que je fous ici ! Moi, bosser pour lui ?! Il délire ! Je ne vais pas me prostituer pour lui !

—Je dois admettre que ta combativité me fascine et… me plaît, Seyv. Regarde…

Avec son révolver, il pointe la bosse de travers dans son pantalon.

—Je ne sais pas comment tu fais, mais ta résistance me fait bander. Alors que généralement, j’ai horreur qu’on me fasse chier et perdre mon temps.

—J’appartiens à Barron ! Libère-moi !

Dominik arrive avec des lacets en cuir et se campe au côté de Jonas, attendant ses ordres. Je continue de pointer le couteau.

—Ah bon ? T’en es bien certaine ?

—Tu sais… tu le connais. Il ne te pardonnera pas ce que t’as fait. T’es un homme mort.

Jonas ris.

—Je crois qu’on n’a pas la même version, ma jolie. Parce que premièrement, Barron est mort. C’est moi qui l’ai tué avec ce flingue, après qu’on lui a tendu un piège. Et deuxièmement, tu n’appartiens pas à Barron, mais à Mikhaïl.

Un frisson déroutant me traverse l’échine. C’est lui qui l’a tué ? Impossible… Il… le message sur le téléphone de mon oncle… ça veut dire… ça veut qu’il a aidé Edja à trahir la famille ?

Il avance d’un pas et je brandis le couteau en tranchant l’air !

—Un pas de plus et je te découpe en morceau, Jonas !

Juste pour m’énerver encore plus, il m’offre un sourire enjôleur et provocateur et fait… un pas de plus !

Ayant une main cachée dans mon dos, je tâte discrètement l’intérieur du tiroir pour m’emparer d’un deuxième couteau. Je choisis de lancer celui que j’ai déjà dans sa direction ! Il l’évite de justesse ! La lame frôle son oreille, juste assez pour la couper superficiellement au passage.

Énervé, il tire dans ma direction ! J’en échappe mon second couteau à mes pieds ! La balle silencieuse percute l’armoire derrière ma tête, laissant des morceaux de bois éclatés ! Tout se passe à une vitesse folle. Jonas me saisit par la gorge, projette mon corps sur la table près de la fenêtre, faisant tomber quelques bouteilles de bière qui se fracassent au sol ! Dominik est déjà là pour l’aider à me maîtriser ! Tout ce que je vois, ce sont quatre mains qui m’empoignent. Voyant que je résiste, crache au visage de Jonas, lui envoie un coup de genou entre les jambes -pour une deuxième fois au compteur- ce dernière attrape férocement ma gorge et commence à m’étrangler alors que son acolyte enroule une corde autour de mes chevilles pour les ligoter ensemble ! Manquant d’air et de force, Jonas me relâche enfin, mais me soulève sans mal et me retourne face contre la table ! Il écrase mon visage sur la surface et alors qu’il me maintient avec force, Dominik tente avec vigueur d’attacher mes mains dans mon dos. Mon t-shirt ensanglanté est relevé, mes seins sont écrasés sur le bois froid de la table et un peu de liquide de bière. Je sens les hanches de Jonas s’appuyer contre mon cul entièrement dévoilé dans une position explicite. Je sens son membre se presser contre moi. Une sueur froide m’envahit aussitôt, suivie d’une fièvre. Je me suis trompé sur lui, Jonas Somber Jann a un joli boa dans le pantalon ! Son pénis est si rigide que je sens déjà la douleur que les filles ont assurément ressentie quand il les a baisées.

Ses mains sur moi et son corps pressé contre le mien, ont un impact. Ça ne m’est jamais arrivé de ressentir de telles choses. Que dès qu’il m’a touché, mon corps s’est électrisé et réagit de manière vulnérable. J’ai une soudaine sensation délicieuse dans le bas du ventre qui se diffuse entre mes cuisses et qui me calme aussitôt. Voyant que je suis soudainement docile pendant que Dominik termine de m’attacher les poignets, Jonas en profite pour caresser mon cul, même s’il est recouvert de sang de cadavre. Le contact de sa main contre ma peau provoque d’emblée des marées de frissons sur la totalité de mon épiderme. Je ne comprends pas pourquoi mon corps succombe à une caresse ?! Ça ne va pas dans ma tête ?!

En colère, je repousse les hanches de Jonas avec mes jambes ! Mais au même moment, on harponne mes bras et tous les deux me hissent sur mes pieds et me forcent à avancer jusqu’à un ascenseur. Je me débats, mais à deux, ils sont bien plus fort que moi et en plus, je n’ai plus de quoi me défendre.

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Paul Thery
Le rébus est dans l'image de couverture... J'espère que l'image ne sera pas trop rognée sinon ce serait incompréhensible ;-))
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Défi
cloudax
je suis pas trop fière de cet essai ;;;


~ Réponse au défi "Derniers instants" ~
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Myriam H


Tourmenté et impatient ,
Il pense que la mer l’apaisera .
Sereine et patiente ,
La ville est un fleuve tranquille .
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