Lucienne

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Lucienne marque le miroir au Posca lorsque les vieux s'endorment sous les lampadaires. Lucienne est et restera jusqu'au bout une anarchiste démocrate. Lucienne quand on l'interroge sur c'est comment va le monde, la société, elle rigole. elle se poêle du cheveu. Rouge, le cheveu. Elle rigole de toutes ses dents noircies. "On s'est battu contre des moulins à vent, aujourd'hui on se prend les pales en pleine gueule" Parce qu'elle sait que ça déborde de partout. Elle a vécu, elle a été de toutes les luttes : la fin des essais de la mercedes classe A, le soulèvement des troupes contre la guerre des boutons, le printemps des piles alcalines, les abus sexuels des éleveurs de poules bio, enfin dans tout plein de trucs et de bazaars. Elle est engagée, faut pas la gonfler. Elle va pas chouiner pour rien, et ce n'est pas quelques attroupements en bas des maisons bourgeoises qui lui font peur. Elle vadrouille en ville, elle éclate du pavé dans les flaques d'eau, elle taggue en grand sur les abribus, elle enlève les pubs au cutter, elle crève les pneux des vélos trop beaux. Elle jure que si elle croise une jument d'Autriche, elle lui fait la peau sans saucisson.

Lucienne se balade en ville avec sa bouteille de jaja, bien droite. C'est de l'eau. Que dedans.Elle vacille et postillonne dans les assiettes à 35 euros des gens qui mangent sur des terrasses "non fumeur". Arrivée chez elle, elle se met Deezer à fond les ballons, Pipe de Kenji Williams. C'est de la daube, elle le sait bien, elle s'en moque pas mal, elle a mis ses bouchons d'oreilles, juste pour l'emmerder. La voisine du dessous. Puis du dessus aussi. Puis d'à côté avec. Les gens ils disent qu'elle est folle. Les gens ils peuvent dire ce qu'ils veulent, elle dit.Souffre juste un petit peu. Elle a perdu son mari il y a quinze ans, sept mois et douze jours. Putain ça fait mal. Elle pense des fois. Une course de caddies dans un supermarché qui a mal tourné, trop tôt, droit dans la gondole. Bloum le cerveau qu'il a fait de son mari sous les conserves. Blême qu'il était le vigile qui le coursait. Vécu en rebelle. Son mec. Comme elle. Ils étaient politiques à l'époque, engagés toujours, des volutes de fumée sous les comptoirs du bar prolo de la rue Casimir Delavigne. La nostalgie s'éxecute comme elle peut. L'avenir se dessine comme il subit. Lucienne ne se prononcera pas pour ou contre dans un salon de thé. Elle ne se prononce plus, elle agit. à sa manière. avec son style "épuré".

Lucienne m'a envoyé un coup de tesson d'heineken dans le crâne hier soir. C'est à mon chevet depuis, qu'elle est.. Ne me quitte plus et me raconte sa vie en pleurant.

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