Stéphane, le troisième.

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« Bonjour monsieur, vous ne me connaissez pas, mais j’aimerais vous entretenir d’une relation commune, Marie Cécile. »
« Vous avez dû vous tromper de numéro, je ne connais pas cette personne. »
« Écoutez Monsieur, bien sur que l’on ne se connaît pas. Si vous habitez toujours dans ce charmant petit village au bord de l’eau, que vous êtes marié, je pense être avec la bonne personne.»
Long silence, je l’entend souffler bruyamment.
« Vous voulez quoi exactement ?»
« J’aimerais simplement quelques renseignements et je vous laisse tranquille. »
« Vous voulez savoir quoi ? Je n’ai pas beaucoup de temps, je dois bientôt partir. »
« Je vous remercie. Je veux juste savoir comment vous l’avez rencontrée, ce qui s’est passé et comment ça c’est fini. »
« Je vends du matériel pour les producteurs de la région. Celui où je me rendais, proposait des produits bio pour les particuliers. C’est là que je l’ai vue la première fois. »

« Bonjour monsieur, je viens pour les serres. »
« Ah oui. Venez à l’intérieur. J’allais faire goûter à Madame, une petite liqueur de mon cru avant qu’elle ne parte. Vous m’en direz des nouvelles aussi. »
J’ai salué une bien jolie dame blonde qui était là. Nous avons apprécié son alcool et elle est repartie, un panier de légumes à la main, dans sa voiture.
Une fois l’affaire conclue, je me suis arrêté dans un petit village juste avant la ferme, j'avais besoin de cigarettes.
Elle était en train de prendre un café au comptoir de l’unique bar tabac. Elle me regarde en souriant.
« Vous aussi, vous voulez faire passer le goût ? »
« Un peu rude effectivement. »
Je n’avais pas prévu, mais j’ai pris un café avec elle, quitte à être en bonne compagnie. Nous avons discuté quelques minutes de production locale, histoire de papoter en buvant nos breuvages. Elle s’était arrêté par hasard dans cette ferme, ayant vu sur la route une pancarte vantant les mérites de la culture bio ainsi que son adresse.
Je suis revenu quelques jours après chez le paysan, pour vérifier que le matériel avait bien été livré, le monde est tout petit, Je la croise de nouveau. Elle me serre la main en disant.
« Décidément, vous êtes revenu prendre une petite liqueur ? »
Elle se met à rire.
« Il y a un peu de ça. »
« Je viens de reprendre un panier. La dernière fois que je suis venu, c’était pour amener à des amis. Cette fois ci, c’est pour moi. »
Elle est repartie pendant que je discute avec mon client, je la suis du regard, une silhouette charmante. Je me suis arrêté au café du village, espérant la revoir au bar, ça m’a fait sourire de penser comme un gamin. Elle est bien là, assise à une table, comme si elle m’attendait.
« Je viens prendre un café avec vous, si vous permettez. »
Nous avons ainsi discuté, de tout, de rien, de généralités. Elle se nomme Marie Cécile et habite le département depuis peu. Elle visite la région pour ne pas rester seule, un mariage qui bat de l’aile, elle a besoin de voir du monde, quelques mots sans conséquences mon client est servi, je ne reviendrais pas. Je parle de mon travail, d’un divorce imaginaire pour paraître esseulé.
« J’habite un studio en ville quand j’ai des rendez vous dans la région. Je vis en réalité à cent cinquante kilomètres d’ici. Je partage une grande bâtisse avec mes parents, que je retape pendant mes heures de loisir. »
Nous sommes resté ainsi un quart d’heure que j’ai mis a profit pour mieux la détailler. Elle est vraiment jolie, de parole facile et gaie, sait on jamais, un autre hasard pourrait se présenter, quitte à me faire un film éventuel sur une rencontre plus poussée. Nous nous sommes quitté, non sans que je lui laisse ma carte de visite. Elle promet de me contacter si l’occasion de me trouver un nouveau client se présente, je ne me fait pas vraiment d'illusions, je profite de l'instant, du plaisir du regard.

J’avais quelque peu oublié cet épisode, quand la semaine suivante, en fin d’après midi.
« Bonjour Stéphane, Marie Cécile, vous vous souvenez ? Je ne vous dérange pas ?«
« Bonjour, bien sur que je me souviens. Comment allez vous ? »
« J’ai un petit souci, si cela est possible, j’aimerais vous demander un service. J’avais réservé une table en ville avec une des rares personne que je connaisse, elle vient de me faire faux bond. »
« En quoi puis je vous être utile ? »
« Si cela ne vous gêne pas, j’avais envie d’aller au restaurant, mais je me retrouve seule à cause de cet imprévu. Je préférerais être accompagné, et vous êtes la seule personne que j’ai croisé dernièrement. Si j’abuse de votre temps, dites le moi. »

Le temps de remettre à jour la vision que j'avais de la charmante personne.
« Pas du tout, au contraire. Dites moi l’heure et le lieu, ce sera avec plaisir. »
Je n’en croyais pas mes oreilles. Marie Cécile que je n’ai croisé que deux ou trois fois m’invite à sortir. Il va falloir que j’assure.
 « Bonsoir, c’est gentil d’avoir pensé à moi. Je ne sors pas beaucoup la semaine, n’étant ici que pour mes déplacements. »

Elle avait réservé dans un restaurant chinois. J’étais peu habitué à manger avec des baguettes, ce qui lui permit de se moquer gentiment.
« A part tenter de manger avec des baguettes, vous faites quoi le soir, si ce n’est pas indiscret ? »
« Pas vraiment grande chose. Un restaurant ou un cinéma de temps en temps. Je suis un peu comme vous, je n’aime pas sortir seul. Je n’habite ici que pour les rendez vous de la semaine, et encore, quand je peux regrouper, ce qui n’est pas évident. »
Elle a aménagé pas loin de la ville, son mari vient de prendre la direction d’une importante filiale de la société qui l’emploie. Obligée de laisser son travail pour le suivre, elle n’accepte pas. Il n’était pas vraiment présent avant, c’est devenu pire avec ses nouvelles fonctions. Le peu qu’elle le croise, devient le théâtre de violentes discussions. Elle ne supporte plus son rôle au service des besoins de Monsieur, comme elle l’appelle, et dans "besoins", elle me sous entend pas mal de choses.
J’étais un peu gêné d’entendre ses confessions, mais dans un sens, je comprend qu’elle ait besoin de parler à un inconnu, je ne risque pas de la juger. Pourquoi pas moi d’ailleurs, je suis célibataire dans la semaine, ce qui n’est pas vraiment un mensonge.
Nous discutons ainsi de tout et de rien, juste à profiter de l’instant présent, je suis bien, vraiment bien, une bouffée d’air frais dans ses paroles et ses rires. Elle me plaît bien la demoiselle, mais j’ai perdu l’habitude, et ce n’est pas le genre de personne que l’on entreprend sur le comptoir d’un bar.
Nous avons passé une très bonne soirée, au sortir du restaurant, je vais pour l'en remercier, et je lui tend la main.
 " C'est moi qui vous remercie de m'avoir secouru. Je pense que l'on peut se tutoyer maintenant, après cette très bonne soirée. Je ne désespère pas de réitérer la chose, si tu le veux bien."
 "Avec grand plaisir, je suis toujours disponible pour sortir du quotidien, et surtout apprendre des nouveautés. Manger avec des baguettes, la prochaine fois avec les mains, ce sera amusant."
Elle se met a rire.
 "Ne me provoque pas, je vais y réfléchir. Je t'appelle la semaine prochaine si tu veux. Il faut que je rentre, sinon j'ai l'autre qui va s'énerver."
Sur ce, elle se penche, me prenant au dépourvu, et me fait la bise.
Elle repart vers sa voiture garée plus loin, et j'en profite, aussi loin que je peux, à détailler son joli corps gracile qui s'éloigne de ma vue.
Elle vient de m'embrasser, promet de me téléphoner et on doit ressortir ensemble ? Je crois que je suis resté cinq bonnes minutes sur le trottoir, à ne savoir que faire.
Elle est mariée ! Merde, je viens juste d'y penser. y' en a qui sont morts pour moins que ça. Je suis retourné joyeux dans mon petit home, balayant d’un revers de main son importun mari, ce genre de situations arrive tous les jours. Je me fais sans doute des idées, une bien jolie idée d’ailleurs, mais dans le cas contraire, il va falloir que je révise mon approche. La dernière fois que j’ai dragué une fille, elle est devenue ma femme. Je n’ai rien à gagner et tout à perdre , mais le fait de pouvoir passer un peu de bon temps, ne serait pas pour me déplaire. Il faudra juste que je fasse attention à mes paroles, je ne suis pas un commercial pour rien. Justement, j’ai un peu de temps demain avant de rentrer à Cahors, il va falloir que je négocie le prix des matériaux que je dois faire livrer. Il faudra que je pense aussi, téléphoner à ma femme, elle m’avait demandé de lui rapporter quelque chose, mais j’ai oublié quoi. Deux visages féminin en tête, ça n’aide pas.

Ma fin de semaine s’est bien passée, j’ai bien avancé mes travaux, mais c’est toujours sans fin, une fois qu’on a fini de réparer le haut, il y a des fuites en bas, et ainsi de suite. J’aime beaucoup travailler sur mon chantier, mais entre ma femme qui n’arrête pas de me casser les pieds pour des bricoles, et ses parents – qui possèdent la ferme, les miens sont décédés - qui ont besoin que je fasse quelques petites choses dans leur partie de bâtiment, je n’ai pas vraiment beaucoup de temps a moi. Vivement que je reparte à Toulouse, au moins j’ai la paix.
D’après mon bureau, j’aurais une dizaine de rendez vous cette semaine, à moi de répartir au mieux. Si Marie Cécile ne m’a pas oublié, ça me laisse largement du temps libre, du moins c’est ce que j’espère, quitte à me faire un peu de cinéma. Je suis en train de ranger au minimum mon petit appartement quand le téléphone sonne ce lundi midi.
« Bonjour Stéphane, tu vas bien ? »
« Bonjour Marie Cécile, j’étais en train de faire du rangement, la vie de célibataire a ses avantages et ses inconvénients, si tu vois ce que je veux dire. »
Mince, elle attaque d’entrée, quelques dizaines d’années en arrière, c’est le mec qui relançait. Il faut que je me mette à jour.
« ça te dirait un restaurant de fruits de mer cette semaine ? Je n’ai pas trouvé mieux pour manger avec les doigts. Tu vois, je n’ai pas oublié. »
J’entends un petit rire, comme si elle me fait une bonne blague.
« Bien sur, pourquoi pas ? Si c’est en bord de mer, ça nous laisse le temps de digérer au retour. »
Là c’est moi qui voulait lui en faire une.
« Chiche, moi j’ai du temps de libre. »
Mince. Je réfléchis à toute vitesse. Presque tous mes rendez vous se passent le matin, à la limite je peux reporter le mercredi après midi au lendemain, si j’appelle maintenant, je lui en fais part.
« C’est une bonne idée, je n’ai pas vu la mer depuis des années. Je te rappelle ce soir pour mardi ou mercredi. Vraiment une bonne idée, ça va me faire respirer l’air marin. »
Elle raccroche, et je me retrouve tout penaud. Je fais comment avec mon client ? Moi et ma grande gueule, des fois je devrais la fermer. Tout ça, ou que ça, pour une belle fille qui cherche juste a se promener. Elle va me prendre pour une bonne pomme si ça continue, alors que moi je suis en train de me faire des idées.
Elle me rappelle dans l’après midi, j’étais avec un client, je ne pouvais pas trop m’étendre.
« On se retrouve demain vers treize heure, sur l’aire de covoiturage à l’entrée de l’autoroute Méditerranée, C’est bon? »
« Oui, pas de soucis. »
« J’aimerais, si c’est possible, m’arrêter a Carcassonne, juste voir les remparts et tourner un peu. Comme ça, on arrive pile pour dîner en bord de mer. »
J’acquiesce brièvement, je ne gère plus rien, et mon client s’impatiente.

Je suis sur le parking de l’autoroute à l’heure dite, le temps que je me gare, je la vois me faire signe de la main, un panier en osier à la main, comme si elle part faire ses courses, elle me rejoint et range son bagage dans le coffre. Elle n’en extrait qu’un petit sac, typiquement féminin, et un paquet de cigarettes dites « Slim ». Elle me fait la bise, et en allume une, appuyée sur la portière.
« Je sens que ça va être une bonne journée. C’est bien que tu puisses être là, un peu au débotté, c’est vrai, mais tu me sauves la vie, enfin presque, à m’accompagner pour cette sortie . »
« Mes clients sont toujours occupés l’après midi, ça me laisse le temps de faire mes papiers. Du moment que je bosse, je gère mon temps. Dans une heure, on est dans les remparts de la Vieille Ville, si tu veux t’arrêter. Après il faut une heure pour être en bord de mer. Tout dépend où tu veux manger. »
« On y va alors, je n’ai jamais vu Carcassonne. Pour le reste, n’importe quel restaurant fera l’affaire, du moment que je vois de l’eau couleur bleue. »

Nous nous promenons entre des maisons typiques, elle a le plus souvent le nez levé et manque plusieurs fois de se cogner aux passants. Finalement, elle met la main sur mon épaule, de temps en temps je prend son bras, en un léger plaisir charnel, pour lui éviter un obstacle, elle me regarde en souriant pour me remercier. Nous somme arrêté près de l’entrée d’une église, la marche sur les pavés lui a occasionné quelques douleurs, au vu de ses jolies chaussures, je n’en doute pas, nous en rions ensemble. Le temps de lécher un cornet glacé, nous reprenons notre périple, je crois qu’elle a vraiment mal aux pieds, parce que maintenant, elle me prend le bras, comme pour se soulager. Il n’est pas loin de dix sept heures, nous reprenons la voiture sur le parking à la sortie des remparts, direction le bord de mer. Elle s’assied sur le siège et se met a souffler.
« J’ai vraiment mal au pieds, je n’ai pas réfléchi . »
Ce faisant, elle croise une à une ses jambes et se met en devoir de retirer ses chaussures. Je crois apercevoir, des bouts de dentelle blanche tout en haut de ses cuisses, comme sa robe se relève. Elle me tape sur la jambe, juste quand je me remet à regarder la route.
« Coquin va ! On va avoir un accident si tu continues. J’ai envie de voir la mer avant de mourir. »
Je me met à rire bêtement en pensant, un peu plus que la mer, pour ma part.
J’ai complètement oublié que je suis marié, on est dans une autre dimension. Une heure de trajet, comme prévu, elle n’a pas vraiment d’idées où nous poser, donc je me dirige vers Port Barcarès et Torreilles que je connais un peu pour avoir traversé, mais sans plus. Nous roulons sur le bord à l’affût d'un endroit agréable.
« Des tas de restaurants, d’hôtels, de pensions et de bars, il n’y a que ça ici. On va se garer dans le coin et regarder. »
Elle remet ses chaussures, je me force à ne pas regarder. Elle ouvre la portière et se dirige vers le sable, pas trop encombré de vacanciers en cette période de l’année.
Elle plaque sa robe de ses deux mains, car je ne suis plus le seul à regarder ses jambes qui se découvrent avec ce petit vent coquin et elle revient vers moi en riant.
« Ça aussi, je n’avais pas prévu. On va chercher un restaurant maintenant. »
Et elle s’accroche à mon bras, j’ai les poils qui se hérissent dans mon dos, pas de froid, mais d’un drôle de sentiment, que je définirais par « envie de son corps ».
Vraiment, quelle drôle de fille, on ne se connait pas mais elle est déjà contre moi, pas intimement bien sûr, mais elle m’inspire une sensation de gourmandise.
« J’ai envie de moules grillées et de frites, pas de poisson, et toi ? »
« Je ne sais pas trop, mais comme c’est mon gage de manger avec les mains, ce sera des trucs a décortiquer, genre gambas, crevettes ou crabes. »
« On devrait trouver alors, moi je fais la moule et toi tu te fais la crevette . »
D’un seul coup, on se met à éclater de rire, je ne sais pas si c’est pour la même chose, je n’ose pas demander.

Nous entrons dans un restaurant, dont j’ai oublié le nom, mais j’ai vu à l’extérieur, qu’il faisait le complet pour ne pas gâcher le personnel sans doute ; Pension, hôtel, bar, brasserie et restaurant, en fonction des saisons, et des périodes de creux.
Nous voyons les flots bleus, d’où nous sommes installés, son nez contre la vitre, on dirait une enfant qui découvre la mer, et des propos d’adulte. Le temps de prendre un apéro bien musclé, je crois être en vacances, je me sens hors du temps avec Marie Cécile. J’ai perdu le compte des fous rires qui nous emportent, l’abus d’alcool, la bonne compagnie réciproque, l’envie de se poser sans doute.
Nous sommes peu revenu sur son mauvais mariage, elle m’a juste fait comprendre qu’elle envisage de se séparer. J’étais d’une mauvaise écoute, parce que cela me ramène au risque que je prends en étant avec elle, mais ça, elle ne peut le savoir, je n’ai jamais porté d’alliance. Je crois qu’elle a dû s’en apercevoir, parce que nous avons parlé d’autres choses plus gaies.
Je n’avais pas d’obligation avant dix heures demain, ce qui me laisse largement le temps de manger et de finir à l’eau plate pour noyer mon haleine et reprendre la conduite, ce que je lui dit au moment d’attaquer le repas. J’avais les doigts poisseux, malgré les minuscules serviettes parfumées au citron, je suis un peu limite pour reprendre le volant, il faut que j'évacue et que je me rafraichisse.
« Je vais me laver les mains, leurs rince doigts font un peu échantillons, je te laisse quelques minutes. »
Je n’ai pas osé lui dire ainsi, mais j’étais dépassé, dépassé par l'alcool et la bonne compagnie, tout juste à la frontière de devenir impoli et j’avais envie d’elle. Bon Dieu que l’alcool est mauvais, il faut que je profite de ce temps mort pour me ressaisir.
Quelle constance, elle est toujours autant souriante quand je reviens, elle me parait moqueuse comme après une bonne blague.
« On fait un petit tour de plage avant de bouger ? Tout est réglé, l’air frais fera du bien. »
Je n’ai rien pu faire, elle avait déjà tout payé, je me sentais émasculé, c’était complètement idiot comme réaction de mâle. Nous sommes sorti de table, en direction du sable et des bruits du ressac.
Ses chaussures à la main, elle me tenait le bras, mais je ne voyais rien la lune était timide. Je sentais son effluve, et je serrais sa main, plus fort quand elle trébuche. Un moment elle s’arrête, pas un mot depuis que nous marchons sur le sol sablonneux. J’entends le léger bruit des mouvements de la mer, on ne doit pas être loin, je crois qu’elle a peur de toucher l’eau, elle avance doucement pour ne pas se mouiller, c'est l'impression qu'elle donne. Elle me lâche la main, je me tourne vers elle comme pour repartir, elle fait un pas vers moi, agrippe mes épaules, je crois qu'elle va tomber, je la prends par la taille pour la récupérer, son visage s'approche, une langue force mes lèvres, ses seins sur ma poitrine, je dois être en plein rêve.
  « On rentre ? Il faut que je récupère mon panier dans la voiture. »
Je me sens encore un peu vaseux, le repas et l’alcool, ou le rythme qu’elle vient de donner ? Il faut que je me mette au diapason, elle a toujours l’initiative, je n’ai pas encore eu le temps de lui faire des avances, mais c'est tard elle précède chaque fois. J’ouvre le coffre et j’attends qu’elle s’installe, je profite des dernier instants d’air frais pour reprendre mes idées, je ne sais plus quoi faire, ça va trop vite.
« Ferme la voiture et suis moi, on a encore du temps avant de repartir. »
Main dans la main, nous repartons vers le restaurant, son panier sur l’épaule, je ne comprenais pas, elle veut se refaire une beauté avant de partir, ou se changer ? C’est vrai qu’il commence à faire frais, mais dans la voiture, ça irait mieux.
Elle se dirige vers la réception, et prend une clé derrière le comptoir, je regarde sans comprendre.
« J’ai demandé s’ils avaient une chambre de libre quand tu es parti tout à l’heure . »

Elle se met à sourire.

« Comme ça tu pourras te reposer avant de reprendre le volant. »
Je n’ai rien pu dire, avant que nous entrions dans la chambre.
« Tu crois vraiment que je vais me reposer? »
Elle me regarde, et commence à se déshabiller.

Nous nous sommes retrouvé plusieurs fois depuis cette belle escapade. Quelques restaurants, mais ce n’était plus aussi magique. Nous finissions les nuits ou la soirée chez moi, dans mon petit studio.
C’était vraiment une grande amoureuse, pas le sentiment, mais son envie d’aimer. Elle a bien tenté de me parler de sa vie, son mari, mais je crois qu’elle sentait que je n’accrochais pas. Il manquait peu de choses pour que je m’intéresse, je crois qu'elle le savait, je crois qu'elle attendait. Je pense qu’elle valait le coup pour autre chose que la bagatelle, mais j’avais trop de choses en tête.
Ma femme et la maison, je risquais de perdre toute une vie, qui est ce qu’elle est, mais surtout sans savoir ou j’allais.
Un jour, j’ai allumé mon ordinateur, elle était là, derrière mon épaule, la page de fond était le grand corps de ferme que je retapais, avec ma femme et ses parents devant. Je pense qu’elle a compris, je ne l’ai plus revu, personne n’a appelé depuis. Sans vraiment compter, je crois que nous sommes resté ensemble presque un an.

« Vous avez de ses nouvelles ? Je regrette quelquefois de ne pas lui avoir dit au départ. Possible que si j’avais été sincère ça aurait coupé court ou alors on aurait continué, j'étais vraiment limite. Mais bon, c’est un peu absurde. »
« Je n’ai pas grand-chose non plus. Je cherche juste à titre personnel, ce qu’elle est devenue. Vous n’auriez pas par hasard sa photo ou le type de véhicule qu’elle utilisait ? Je dis ça, mais c’est quelques années en arrière. Des détails, son adresse, ça m’aiderait beaucoup. »
« Non, je n’ai rien. On se retrouvait à des endroits différents. Elle payait toujours en espèces, maintenant que j'y pense. Je fais quelquefois ainsi quand je ne veux pas qu'il y ait de traces de mes achats ou autre. J’ai cru comprendre qu’elle avait peur de son mari. Pas de photo non plus, aussi bien pour moi que pour elle sans doute, on ne sait jamais. Elle conduisait une petit véhicule jaune, genre mini anglaise, je n’ai pas vraiment fait attention, mais immatriculé du département. »

« Bien, je vous remercie beaucoup de tous ces renseignements. Je vous tiendrais au courant si vous le souhaitez, je ne vais pas vous retenir plus longtemps . »
« Non merci, ça ira comme ça. Vous avez eu mon adresse, je ne sais comment, je ne tiens pas à risquer plus. Au revoir monsieur. »

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