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Trysol lui avait jeté un œil sans grand intérêt. Si rien ne s’était passé, elle aurait au moins argumenté. Elle sentait que ce ne serait plus jamais la même chose entre elles. Il y aurait de la méfiance. À quoi ressemblerait leur étreinte, maintenant ? Y‘en aurait-il d’autres ? Elles n’avaient que l’autre pour ce genre d’affection. Analoum pencha la tête vers les silhouettes restées dans l’encadrement de la porte. L’image de Dram vint encore corrompre son esprit. N’était-ce pas dégueulasse de penser à un gamin de dix ans avec des idées si primitifs ? Dram… elle l’avait imaginé temps de fois. Elle était allée jusqu’à le dessiner à la cendre sur de grande toile en tissue. Combien son monde était malade ? Combien elle l’était aussi ? Parfois, Analoum brodait le faux visage de Dram sur celui de Trysol et s’illusionnait du mieux qu’elle le pouvait. Si elle parvenait à détruire la chevelure, elle ferait en sorte que plus aucun destin ne soit corrompu par les règles et les lois.

Je serais juste, moi, songea-t-elle.

Analoum effaça le visage de Dram de son esprit et tira droit devant elle.

— Conneries, grogna-t-elle en tapant contre le mur.

Elle le longeait, attentive aux consignes de Xin-Shen.

— Qu’est-ce que j’fiche ici sans flambeau ! Salvatoun ! Quel’idée l’a eu Suan de péter la dernière torche.

Pas après pas, elle arriva devant la première porte. Le souffle nauséabond qui s’extirpait du gouffre lui parlait d’horreur sans nom. Qu’est-ce qui se trouvait au bout de cette pente ? Combien de cadavres s’entassaient ? La brune respirait la mort, déclenchant mille frissons sur sa peau.

Une nouvelle image barra son esprit au moment où elle retira son collier et qu’elle commença à tatouiller le cadenas. Les visages de ses frères s’amoncelaient dans sa tête. Y’avait-il une malchance pour que l’odeur en contrebas résulte de leur corps pourrissant ?

— Je crèverai la chose qui vous a tué ! Foi d’Analoum !

Le son métallique produit fit s’agiter les corps à l’intérieur de la geôle. Elle soupira prenant conscience qu’elle avait oublié de prévenir qui elle était. La conne, pensa-t-elle.

— A toutes les personnes qu’s’trouvent de l’autre côté, pas d’inquiétude. J’suis Analoum. J’viens vous sauver. Faut qu’vous m’fassiez confiance et qu’vous écoutez mes directives, sinon vous risqué d’finir dans le gouffre. Le chemin est super étroit. Faudra longer le mur.

Un cliquetis détonna. Le cadenas s’échoua au sol.

Quand elle ouvrit la porte, Analoum chercha des ombres en mouvements. Mais il n’y avait rien. Seul la respiration fine des prisonniers pesait dans la pièce à l’odeur suffocante.

— Adaman ? T’es là ? demanda-t-elle. C’est ta sœur.

Pas de réponse. Il se trouvait dans les autres geôles.

En restant à l’embouchure, elle frotta son visage. Comment elle ferait sortir ces pauvres types ?

— Ok, les gars. J’sais qu’la vie a été moche pour la plupart d’entre vous, mais si vous voulez goûter à la liberté ce n’est maintenant ou jamais. Je ferai en sorte qu’on ne vous touche pas si v’êtes pas d’accord.

— Promesse en l’air. J’en ai entendu des comme toi qui promettent le vide. On finit toujours prisonnier de quelque chose.

— J’sais bien. J’en suis consciente. J’veux plus faire ça. Qui que tu sois, sache que j’ferai tout pour tuer la chose ! Mais là, faut vous faire sortir.

— Pourquoi ?

— Pour vivre !

— Balivernes. Je préfère mourir ici. Il parait que c’est rapide.

— Comme tu veux. Pour ceux qui veulent vivre, merci d’suivre le son de ma voix.

Des corps commencèrent à se déplacer, frôlant le sol.

— N’y allait pas. On vous violera, on vous frappera. Votre vie n’aura aucun sens, cria la voix du jeune homme.

Les corps s’arrêtèrent.

— Ecoute mon gars, si tu veux rester, c’ton problème. Ne laisse pas les autres crever comme des rats dans le noir et la pisse.

—Tu leurs promets des illusions. Ils finiront de toute façon dans le noir et la pisse.

— Ch’pas dans quel camp t’étais, mais nous on ne fait pas ça à nos hommes.

— Mais vous les violés !

Analoum garda le silence.

— Y’a des jeunes filles qui sont enfermées avec une dizaine d’homme aussi. N’l’oublie pas. On a craqué à force de se faire voler nos hommes, ça vaut pour tout le monde. J’promets pas si j’peux pas. J’ferai que votre vie devienne normale.

Les corps se déplacèrent jusqu’à elle. Une première main s’agrippa à son bras.

— Je ne veux pas retourner chez moi, me promettez-vous de me protéger ? demanda un jeune homme.

Il avait moins de quinze ans. Ça s’entendait dans sa voix.

— J’ferais mon possible pour changer les règles, quitte à créer mon propre clan. J’ai un frère. Je veux le protéger.

Le garçon exerça une pression sur son avant-bras et sortit le premier.

— Restes collé au mur. Pas de faux pas, quitte à avancer comme des limasses. Vous tombez, vous mourrez.

Plusieurs suivirent, mais nombreux restèrent dans la première geôle. Analoum comprit toute l’horreur de cette vie. Ce que les hommes recroquevillaient au fond avaient vécu. Ils étaient prêts à mourir. C’était une chance d’avoir était enlevé.

Elle s’éloigna crocheta la seconde porte et avant qu’elle n’ait pu la pousser, une vague humaine en sortie. Elle n’eut pas le temps de prononcer un seul mot, que déjà les premiers corps chutés dans le gouffre.

— Salvatoum ! Arrêtez ! Il y a un gouffre, pauvres fous !

Est-ce qu’ils étaient escortés dans le noir pour ne pas le savoir ?

Les corps restant se stoppèrent.

— Un gouffre ? Je ne me souviens pas en avoir vu en arrivant.

— Bah, y’en a un. Le premier qui fait le con, j’l’y jette. Sans déconner ! Maintenant vous suivez le mur et vous vous y collez. Faites gaffe, y’a déjà des gars qui suivent le sentier. Là-haut, un homme et une femme vous attendrons. Vous restez avec eux, le temps qu’j’récupère tout le monde.

Elle entra dans la geôle, laissa passer les hommes qui se poussaient presque pour sortir. En voilà qui n’avaient pas envie de mourir. Ça promettait pour la suite.

Quand ils furent tous passé, elle se rendit à la dernière geôle.

— Merde, Adaman ? J’ai oublié de demander.

Elle se retourna vers le serpent noir qui ondulait le long de la pente.

— Adaman, t’était là ?

Elle cria, mais personne ne répondit. Son cœur se serra dans sa poitrine à l’idée que son frère ait pu se trouver dans le gouffre…

Tremblante, Analoum planta ses mains sur la dernière porte et avant de faire quoi que ce soit, elle demanda :

— Adaman, C’est ta sœur. Tu es là ?

Un mouvement de recule se fit entendre. Puis une voix à peine audible.

— Analoum ? C’est toi ?

— Oh ! Corne de bison à trois têtes ! t’es là.

— Comment tu es arrivée là ?

— J’t’ai pas dit qu’j’étais un charognard ! Pour toi, j’irais au pire des endroits.

Un sanglot fendit l’air et un corps tomba sur la porte.

—Ç’va aller, j’suis là, maintenant.

Avant de toucher au cadenas et de se demander pourquoi il y avait autant de raffuts en haut, elle donna les consignes.

— Shaeln est là aussi ?

— Qui ?

— Pas à toi que j’parle, mon aubergine. Shaeln ! Ouhou !

— Oui ! je suis là.

— Super. C’est une bonne chose. J’en connais un qui sera content. J’ouvre. Pas de conneries. On s’précipite pas.

La porte s’ouvrit. Et les prisonniers sortirent, les uns après les autres. Pas de chahu, pas de paroles. Le calme total.

Analoum serrait la main de son frère. Shaeln était à côté d’elle.

— Allez les gars, après vous. Faîte bien attention.

Elle ne chercha pas à convaincre ceux qui étaient restés. Elle leur laisserait leur libre arbitre. C’étaient à eux de décider. Elle les comprenait.

Le dernier groupe n’était pas encore arrivé au sommet de la pente, qu’Analoum entendit plus nettement les cris. Qu’est-ce qui se passait là-haut ?

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