Discussion avec un fou

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Un jour, alors que je me baladais dans une autre ville, je fus témoin d’une scène des plus atypiques : un fou poursuivait une jeune fille en hurlant de sorte que tout le monde puisse l’entendre :


“ Comment oses-tu m’ignorer ainsi! Ingrate que tu es, savais-tu que si tu existes et profites de ta jeunesse c’est parce que j’ai été là pour que ce monde soit tel que tu le connais? Quel âge as-tu donc? Que sais-tu de la vie? Tu n’as jamais eu à travailler pour gagner ton pain! Tu crois que tout t’est acquis car tu n’as jamais eu à vivre sans le sous! Et tu oses m’ignorer! Moi, le héro de guerre, tu me traites comme une raclure sous ta chaussure! Qui es-tu pour te penser au dessus des autres? Même si tu étais une reine, tu ne mériterais pas que je me prosterne puisque je suis celui qui te gouverne! Tu me dois une obéissance éternelle!

- Monsieur, je ne vous connais pas. Je suivais mon chemin quand vous m’avez abordée. Je ne vous ai pas insulté ou ignoré. Je me suis arrêtée et vous ai écouté. Vous me traitez d’ingrate mais quelles preuves avez-vous? Comme je vous l’ai dit, vous m’êtes inconnu. Quels sont donc les signes qui à vos yeux sont la preuve de mon ingratitude? Serait-ce mon allure? Aurais-je la tête trop haute quand je marche dans la rue? Serait-ce mes yeux qui se plissent quand un rayon de soleil décide qu’il est amusant d’aveugler les passants?  

 Vous me reprochez ma jeunesse mais comme tout le monde le sait nous n’en avons qu’une. Seriez-vous donc jaloux au point de décider que parce que vous avez gâché vos tendres années, nul n’a le droit de vivre en étant heureux. Vous semblez mon cher, avoir perdu vos bonnes manières. Vous sentez-vous plus puissant en détruisant les rêves d’une jeune génération? Retirez-vous du plaisir à maltraiter les gens? Pourquoi vous devrais-je de la reconnaissance? Qu’avez-vous fait pour moi qui puisse vous valoir mes remerciements? Vous venez me voir et vous m’insultez pour votre plaisir personnel. Vous pensez que vous avez raison, que ces gens qui nous regardent sont de votre avis mais si vous ouvriez les yeux vous vous rendriez compte que ce n’est que de la pitié pour un homme qui a perdu la tête.


Je n’ai plus qu’une chose à vous dire, Monsieur, c’est que votre vie est bien triste si vous pensez que tout le monde a commis les même erreurs que vous. Je vous dit “Adieu” et vous oublie sur le champs car je n’ai plus le temps.”

La jeune fille s’en va, sans se retourner. Elle file vers l’avant, l’avenir l’attend. Le fou la regarde s’éloigner et au lieu d’avancer, d’oublier le passé et d’embrasser l’inconnu, il recule d’un pas et cherche une nouvelle proie.

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