Épisode 49

6 minutes de lecture

Bulbizarre

Il commence à se faire tard et Marill a décidé de partir chez elle. Je commence à avoir faim et range le dernier livre que j’ai trouvé dans les archives de cette bibliothèque. Nous avons consulté au moins une dizaine de bouquins différents et c’est à peine si nous avons récolté des informations différentes sur ce culte. Au bout d’un moment, j’ai commencé à me demander si tout ça n’était qu’une mauvaise plaisanterie.

— Bulbizarre ? me dit Snubbull, la bibliothécaire. Nous fermons pour la soirée.

— D’accord. Je m’en vais chez moi, de toute façon.

— As-tu trouvé ce que tu cherchais ?

— Pas vraiment… tous les livres de théologies que j’ai vus ne mentionnent pas l’étrange symbole qui me revient dans mes souvenirs, dernièrement…

— Ah ? Puis-je savoir de quel symbole il s’agit ?

Je me souviens que mon oncle m’a conseillé de ne pas mentionner ce culte à qui que ce soit, sauf à mes parents. Je secoue la tête.

— Ça n’a pas d’importance. Je vais tenter de faire une recherche sur internet. Je finirais bien par trouver quelque chose sur les enfants d’Arceus.

— Les enfants d’Arceus ? Ils sont nombreux… Le sujet est vaste…

La petite bouledogue rose au regard grincheux en permanence essaie de se rappeler ce qu’elle sait au sujet des contes et légendes, mais n’a pas vraiment le temps de m’en parler. Je comprends. Après tout, je suis restée ici plus longtemps que prévu. J’ai même dû appeler mon oncle pour lui dire de ne pas m’attendre pour souper. Marill et moi, on s’est commandé des bols de sushis : végétariens pour moi, avec du poisson pour mon amie. Un livreur des Ronflex nous les en emporter en scooter, parce qu’il avait d’autres commandes à livrer en ville. On les a dégustés au réfectoire, entre deux recherches.

— Je reviendrai sûrement dans la semaine, je suppose, formulé-je en me dirigeant vers la sortie. Au revoir, Miss Snubbull !

— À bientôt ! me lance-t-elle avant de me saluer d’une patte.

Quand je suis la dernière dans la bibliothèque, elle ne se gêne jamais pour me parler haut et fort. Généralement, je suis toujours celle qui passe le plus de temps ici, depuis que je suis gamine. Elle commence à être habituée par ma soif de connaissance. Je me sens même toute bête d’avoir oublié ce que signifie annihilation, quand mon oncle nous en a parlé, un peu plus tôt. J’imagine que c’était un coup de fatigue.

En sortant de la grande salle, je crois Madame Milobellus qui revient de chez le Proviseur Roigada. Celle-ci s’arrête en chemin et m’interpelle :

— Bulbizarre ? Depuis combien de temps es-tu là ?

Elle pointe la porte de la bibliothèque avec la nageoire caudale de sa queue.

— Depuis cet après-midi, je crois ?

— Tu recherchais quoi au juste ?

— C’est un peu embarrassant, voyez-vous ? Je fais souvent des rêves étranges où je vois un étrange symbole depuis que je suis toute petite. Il s’agit d’un…

Milobellus est intriguée par mes paroles, mais les paroles de Voltali résonnent dans ma tête. Il s’agit de ma cheffe de guilde. Je devrais pourtant lui faire confiance.

— Il s’agit d’un quoi, petite ? me demande-t-elle, curieuse.

— Que savez-vous du Culte d’Yveltal, madame ?

Le teint de Milobellus devient plus livide que d’habitude. Elle reste sans voix un moment, avant de me dire :

— Suis-moi. Ce n’est pas prudent d’en parler dans les couloirs.

Je hoche la tête et suis ma supérieure. Elle me guide jusqu’à son bureau, où nous attend Gardevoir. Celle-ci garde la porte précieusement pour ne laisser personne entrer. Quand j’entre dans le bureau, je remarque que Milobellus a aménagé cette pièce de sorte qu’elle ressemble un peu plus à son ancienne chambre, au quartier général : motifs de coquillages ici et là, décorations marines sur les murs, un aquarium rempli de petits poissons collé contre un mur, une grande bassine où elle peut se reposer… La serpente des mers passe devant moi et s’installe derrière son grand pupitre, alors que son assistante ferme la porte derrière moi.

— Bulbizarre… que te souviens-tu de la mort des Florizarre, tes parents biologiques ? m’interroge-t-elle. Est-ce que tes parents t’en ont parlé ?

Je secoue la tête. Papa et Maman ont préféré me laisser tranquille avec ça. Ils pensaient sûrement que ce genre de souvenir aurait pu me nuire.

— Tes parents t’ont retrouvé dans un incendie, ma petite. Il s’agissait de la vieille demeure qui se trouvait justement là où les Ronflex ont construit leur restaurant, il y a environ quatorze ans. Tout porte à croire que cet incendie était l’attaque du Culte d’Yveltal, parce que Givrali m’a un jour confié que près de ton berceau se trouvait la marque rouge, graffitée sur ton mur de chambre.

— Un… un incendie ? Je croyais qu’ils étaient morts dans un accident de la route ou quelque chose du genre… Mes parents m’auraient-ils menti ?

— S’ils l’ont fait, c’est de ma faute. Je leur ai demandé de ne pas ébruiter cette affaire, car je ne voulais pas t’impliquer dans cette horrible histoire. Mais puisque tu fais désormais partie de notre guilde, je n’ai pas le choix de tout te révéler. Monsieur et Madame Florizarre, tes parents biologiques, ont été assassinés par les membres de ce culte et t’ont laissé en sacrifice dans ces flammes qui ont rongé ta maison.

Je suis choquée. Je ne comprends pas pourquoi on aurait pu tuer mes parents biologiques. Je cligne des yeux avant de lui demander :

— Étaient-ils impliqués dans une affaire pas nette, Madame ?

— Ils faisaient des recherches sur la mort de Dracolosse, notre second Maître de Guilde. J’ai pour hypothèse qu’ils avaient trouvé de nouvelles pistes et que pour se protéger, le coupable a tué tes parents pour ensuite incendier ta maison. Tes parents adoptifs aussi auraient pu y passer, car ils travaillaient avec eux. Seulement… je crois que l’assaillant n’a pas voulu causer trop de morts cette nuit-là. Je pense qu’il s’est dit qu’en vous tuant, le message serait suffisant à la guilde : que nous devions arrêter de chercher l’identité de ce tueur. Ainsi donc, nous avons pris la décision de nous taire sur le Culte d’Yveltal, à la suggestion de notre prêtre de cette époque. C’était avant que Magirêve n’arrive en ville avec sa fille, vois-tu ? Malheureusement… voilà où nous en sommes, aujourd’hui.

Elle fait allusion aux récentes explosions. Après un court instant, je formule :

— Croyez-vous qu’il y ait une relation entre la destruction des guildes et la mort des Florizarre, Madame ? J’avoue que plus vous m’en parler, plus je pense que c’est le cas…

— Sans doute, mais nous n’avons pas encore assez de preuves. Bien entendu tout est passé au feu, comme ça toutes les preuves ont sûrement été effacées.

— Peut-être qu’en fouillant un peu plus, on finira par trouver notre réponse.

— Oui, mais tu risques d’y mettre ta peau si tu continues sur cette voie. Le culte est très égoïste et tient à garder son organisation le plus secret que possible.

— Mais que puis-je faire, dans ce cas ?

— Reste sur tes gardes… et surtout, si tu as des preuves de ce symbole chez toi ou que tu en trouves ailleurs : détruis-les et rapporte-moi tout incident anormal, lié à ce culte. Je tâcherai d’envoyer mes agents les plus discrets pour récolter des données.

Je déglutis quand elle me dit ça. Elle ne sait pas encore que je griffonne ce symbole dans tous mes cahiers scolaires ou bien mon journal intime. Je souris bêtement et opine du chef avant de la saluer. Il est temps pour moi de rentrer chez moi… et de faire un sacré ménage dans ma chambre, parce que sinon, je vais vite m’enfoncer dans la merde jusqu’au cou. Il ne faut surtout pas qu’un membre du culte découvre ce qu’on sait !

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