Épisode 42

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Nidorina

La maison de Magirêve a pris feu en fin de soirée, ainsi qu’une partie de son église. Son corps n’a pas été retrouvé. Nous craignons qu’elle ait été absorbée par les flammes. J’ai dû appeler sa fille qui a récemment déménagé à Poképolis. La pauvre est inconsolable. Je suis une bonne amie de sa mère, que je visite souvent pour mes dîners, tout comme Madame Bekipan d'ailleurs. Je prends toujours soin d'emporter des cookies ou d'autres desserts de la Guilde Pokémon avec moi.

Ça me rappelle l’incendie qui a tué les parents biologiques de Bulbizarre, la petite de Givrali et Prinplouf. C’était il y a des années. Personne n’a compris ni comment, ni pourquoi on avait ciblé ce couple de secouristes. Puisque Monsieur Florizarre était un très bon ami de Givrali, il a pris son enfant du berceau alors que la maison était en flammes et l’a sauvée, ensuite les pompiers se sont occupés d’éteindre les flammes. Quelques années plus tard, les Ronflex sont venus s’installer au bourg avec leur fils, et ils ont construit un restaurant au-dessus de ce terrain qui avait autrefois appartenu aux victimes.

Madame Florizarre était charmante et aimait les fleurs, une passion qu’elle partageait avec Prinplouf. La mort de ces Pokémon avait grandement affecté notre guilde, à l’époque, mais tout le monde a cru à un incident isolé. Seulement, depuis que les quartiers généraux des secouristes ont commencé à être attaqués… je me pose des questions. Ça ne prend pas la tête d’un Roigada pour comprendre que ces explosions et ces incendies ne datent pas d’hier.

Me voilà assise, sur les marches de l’escalier qui menaient avant dans notre quartier général. Je me frotte la tête, alors que je me demande pourquoi nous n’avons toujours pas réussi à trouver qui sont le ou les coupables de ces monstrueux carnages. Il est clair que cette organisation criminelle soit rusée. Si ça se trouve, ils ont des cellules dans toute la région, dans tous les pays même. Ils rôdent sûrement parmi nous et se font passer pour nos amis, nos cousins… nos proches…

Nidoking est peut-être un abruti, mais jamais il se salirait les mains comme ça. Depuis la mort de Dracolosse, nous n’avons pas entendu parler de lui, ni du reste de son groupe.

— Qulbutoké ? me demande alors mon collègue de travail.

Je me lève et me tourne vers Q. Celui-ci me tend un seau que je dois aller vider. Lui et moi, on a décidé de s’entraider pour nettoyer les cendres et ce qui reste du bâtiment. Nous essayons de récupérer des objets de valeur qui auraient pu survivre, afin de les rendre à leurs propriétaires.

— Merci, Q. Va te reposer un peu. Tu le mérites. Ça fait quand même plus de deux heures que nous sommes en train de fouiller…

— Qulbutoké…

Derrière ses rides et son expression étrange permanente, je ressens la tristesse de mon grand ami. Il m’a avoué ce matin-même qu’il s’inquiète pour ma santé mentale. Après tout, Magirêve était une bonne amie à moi. Mais si vous voulez mon avis, elle est heureuse, peu importe où elle se trouve. Notre prêtresse adorait le Seigneur plus que tout et avait hâte de le rencontrer un jour… Seulement, elle était beaucoup trop jeune.

— Ça va aller, Q, lui dis-je avec un sourire en coin. Je suis forte. J’suis une grande fille.

— Toké… Mmmpf…

Il souffle de ses minuscules narines, à peine visibles.

— Pas la peine de t’énerver, mon frère. Je sais que je travaille beaucoup. Mais faut bien que quelqu’un se grouille le cul, sinon personne ne fera quelque chose d’utile dans cette ville. Je te remercie de t’en faire pour moi, par contre. Ça me touche.

— Qulbutoké !

Il me salue de la manière militaire, mais je me dis que pour tous les Pokémon de son espèce, c’est à peu près un tic. Ensuite, il s’éloigne et se dirige chez lui pour sa pause. Il habite tout près du marché, alors il n’a pas besoin de véhicule. Moi, j’habite un peu plus loin, mais je marche aussi au travail. Normalement, je serais en train de bosser dans l’Académie Pokémon, puisqu’une bonne partie de nos employés y ont été transférés. J’ai toutefois demandé la permission à Milobellus de nettoyer un peu le terrain avec Q et d’autres volontaires. Comme ça, peut-être que je trouverai quelques indices sur l’explosion. Je ne suis peut-être pas détective, mais on me dit souvent que j’ai du flair pour repérer les pires crapules de notre ville, ainsi que les objets égarés. J’aurais dû devenir secouriste, mais l’idée de visiter ces donjons de merde me déplaît grandement.

De l’autre côté du centre-ville, j’observe les braises encore fumantes qui ont emporté la maison de Magirêve, cette nuit. J’ai comme qui dirait, une envie de meurtre. Comment cet imbécile d’Arcanin peut-il encore être policier s’il n’a même pas détecté un intrus dans cette maison ? Son nez ne lui sert pas à grand-chose si vous voulez mon avis. Trop bête, comme lui et ses cousins. Je n’aime pas les chiens. Encore moins les flics.

En ce moment même, l’Agent Arcanin renifle partout dans les buissons, les arbres, les maisons qui entourent l’église. Il espère quoi, au juste ? Trouver une piste ? Oublie ça, crétin. Selon moi, le meurtrier se déplace par la voie des airs. Sûrement un Pokémon Spectre ou bien un Pokémon Psy. Autrement, nous aurions découvert des traces de pas quelque part ou relever des empreintes digitales suspectes.

Pfft… Et dire que si Givrali était là en ce moment, il aurait sûrement trouvé le ou les responsables. D’ailleurs, je me demande s’il est arrivé à la Crevasse des Cadoizo, avant ou après l’incendie qui a tout détruit là-bas aussi. Nous ne le saurons pas avant le retour de son petit groupe. J’ai entendu dire de mes contacts à l’Académie Pokémon que d’ici la fin du mois, si Milobellus n’avait aucune nouvelle d’eux, elle enverrait une équipe de rescousse à leur recherche. Mais connaissant Givrali et son épouse, ces deux-là doivent être en sécurité, quelque part. Ils n’ont juste pas de signal satellite pour nous rejoindre.

Alors que j’aide Machopeur, un mec tranquille de notre conciergerie, nous soulevons un mur effondré. Je découvre un objet en plastique qui attire mon regard. Je plisse des yeux alors qu’on pousse le décombre un peu plus loin et me penche pour ramasser ce que j’ai trouvé. Je renifle un bon coup et cela confirme mon hypothèse. Il s’agit bel et bien d’un bidon d’essence vide, à moitié fondu. Le même genre de produit inflammable qui pourrait commencer un incendie rapidement. Ce n’est pas le premier qu’on découvre en ville, dernièrement, mais là, je n’ai pas le choix de me sentir mal à l’aise.

Je reconnais l’emplacement où nous devions normalement nous trouver, mon collègue et moi. On risque d’y passer des heures à y débattre, avec les autres.

— Je n’aime pas ça… Je n’aime pas ça du tout, chef, me dit-il, alors que je lève mon visage vers lui pour analyser son expression.

— Si ce truc se trouvait dans notre placard à balai, c’est qu’on est dans la merde…

Machopeur se frotte la tête avant de me dire :

— Madame, nous sommes nombreux dans la conciergerie. Pourquoi quelqu’un parmi nous aurait fait ça ? N’y avait-il pas une bonne ambiance entre nous ?

— Je l’ignore, Machopeur. Nous n’avons pas engagé de concierge depuis cet été non plus. Si ça se trouve, c’est peut-être ta fille…

— Machoc ? Non. Elle a rejoint les secouristes. Jamais elle n’aurait fait ça et j’apprécierais que vous ne portiez aucune accusation contre elle.

— Alors qui d’autre ça pourrait être ? dis-je surtout pour moi-même que pour lui.

Je me frotte le menton en espérant que personne dans mon équipe ne soit dans le coup. Il va falloir que j’en parle directement avec Milobellus. Elle risque d’être furieuse.

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