Épisode 10

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Pikachu

Je ne sais pas à quoi je m’attendais, mais cette rencontre avec Milobellus m’a déstabilisé. Je marche le long des couloirs, alors que Tiplouf nous guide au dortoir où on a été assigné, Flamiaou et moi. Je suis perdu dans mes pensées pendant qu’il ouvre la porte de notre chambre. C’est beaucoup plus spacieux que je l’imaginais, mais il n’y a qu’un lit superposé que je devrais partager avec mon colocataire. Je me dis que ce n’est que temporaire, que je réussirai à retrouver le chemin à la maison grâce à Roigada… mais je me berce d’illusions.

— Eh Grumpy, qu’est-ce qui ne va pas ? me demande mon nouvel ami chat, alors qu’il s’assoit devant moi. T’as cette expression macabre depuis qu’on a vu Mama Milo.

— Grumpy ? C’est quoi ce surnom ? glousse Tiplouf à côté de lui.

— Bah, c’est sûr que s’il fait la tronche comme ça, je ne vais pas l’appeler Happy.

Je secoue la tête avant de répondre :

— Rien… j’ai juste cette impression de ne pas appartenir à ce monde. Je m’y sens comme un alien. C’est comme si je faisais tache dans le décor.

— Alien ? C’est quoi ça ? commente Flamiaou.

— Un extra-terrestre, formule Tiplouf. Tu sais ? Comme le légendaire Deoxys ?

— Vieux, j’te fais marcher, glousse aussitôt le chat.

Vexé, Tiplouf colle une baffe à son ami qui tombe à la renverse alors que celui-ci éclate de rire. Décidément, ces deux-là font la paire. Quand ce n’est pas moi qu’on joue une blague de ce genre, c’est entre eux. De ce que je peux voir, ils sont tout aussi irrécupérables, l’un comme l’autre. Et si j’en crois les dires de tout un chacun, Flamiaou a aussi notre âge.

— Vous êtes vraiment des têtes à claques, soupiré-je pour moi-même.

— Ouais bah, t’es coincé avec nous pour quelques jours, commente Tiplouf qui se croise les ailes. On a encore le temps de partir pour une mission rapide, mais je crois que tu n’es pas dans l’état de te battre aujourd’hui. On devrait plutôt te faire visiter un peu le bourg et te permettre de te remettre de tes émotions.

— Bonne idée, dit Flamiaou qui se redresse pour se mettre à côté de Tiplouf. Puisqu’on va être colocataires, j’aimerais bien en apprendre un peu plus sur toi.

— Je ne vois pas trop ce qu’il y a d’intéressant chez moi, mais d’accord…

— Peut-être qu’on devrait t’appeler Blues, tout compte-fait… T’es tout triste.

— Pikachu me convient, soupiré-je.

— Oulah, c’est pire que ce que je pensais, fait mon ami pingouin. Sortons prendre un peu d’air. Je crois que ça te ferait le plus grand bien !

J’accepte sa proposition. Nous sortons de la chambre alors que je me demande pourquoi Flamiaou a cette habitude de donner des surnoms à tout le monde. Je n’ai pas l’air si déprimé que ça… non ? Je vais essayer de me changer les idées. Tiplouf a raison, j’ai besoin de respirer un bon coup.

Depuis hier, les événements se sont beaucoup enchaînés et j’ai vu quelques bribes de mon passé alors que je me déplaçais un peu partout. J’ai parfois le son de crissement de pneus dans ma tête et des flashs lumineux. Tout porte à croire que j’ai été percuté par un véhicule, mais je ne saurais dire où et quand ça s’est produit.

Cette rencontre avec Milobellus m’a étrangement rappelé un visage un peu flou, mais une voix chaleureuse, comme la sienne. Je n’arrive pas à déterminer si ce visage appartenait à un humain ou un Pokémon, tellement l’obscurité dans mon cerveau a embrouillé le tout. Tiplouf et Flamiaou ne comprennent pas ma détresse, ni mon chagrin. J’ai l’impression de perdre mon temps, car je ne cherche pas assez pour des réponses. Qui suis-je ? Pourquoi suis-je ici et pourquoi suis-je coincé dans ce corps animal ?

— Si on tourne à droite, dans ce couloir, on se rend directement au réfectoire, explique Tiplouf qui s’adresse à nous, alors qu’on fait le tour du rez-de-chaussée. À gauche, il y a les sorties qui mènent au jardin de la guilde. La porte qu’on cherche est un peu plus loin !

Cet endroit est un véritable labyrinthe. Nous croisons plusieurs Pokémon par-ci, par là, qui nous saluent d’un signe de tête ou bien de brefs mots de courtoisie. Il y a beaucoup plus de gens… ou plutôt, de créatures qui travaillent ici. Je crois même que nous avons croisé Madame Prinplouf près du réfectoire, mais elle a vite disparu dans un autre couloir. Je me demande si nous allons rencontrer Monsieur Givrali, quelque part.

— La Guilde Pokémon est un peu le centre nerveux de notre région, commente Tiplouf solennellement. Tout passe ici et tout part d’ici. Puisque nous sommes dans république indépendante depuis plusieurs siècles et que nous n’avons pas de monarchie, notre gouvernement a grandement besoin de nos services… Tu m’écoutes Pikachu ?!

Je fonce tout droit dans un pilier et tombe sur mon arrière-train, je n’avais pas remarqué qu’on tournait, trop pensé dans mes perdues… Euh, perdu dans mes pensées ! Je déglutis et lève mon visage en direction de Tiplouf.

— Je sais que je t’ai demandé de me donner des infos sur ce monde, mais je crois que ça devra attendre une autre fois… J’ai un peu mal à la tête…

— Pas étonnant, après la commotion cérébrale que tu dois t’être faite, plaisante Flamiaou.

— Ce n’est pas le temps de faire des blagues, Flammy… gronde son ami.

— Désolé…

Tous deux s’approchent ensuite et m’aident à me relever. Je vais bien, mais je suis un peu étourdi. Tiplouf me prend la patte et me conduit vers une sortie. Devant nous, je vois de multiples immeubles après que nous avons ouvert la porte. Une douce brize me chatouille les narines et déjà, je ressens une sensation étrange me parcourir tout le corps. Un sentiment familier. Dans ma tête résonne une voix qui ne m’est pas étrangère.

C’est bien ! Continue comme ça ! Tu vas y arriver !

Je secoue la tête, de retour à la réalité. Cette voix… c’était une voix féminine. Je n’arrive pas à l’associer à un visage. Je crois que ma rencontre avec Milobellus y est pour quelque chose. Mon regard se pose alors sur une grande fontaine qui se situe à quelques mètres du bâtiment. Celle-ci représente en fait la statue d’un dragon imposant, mais majestueux, qui a les mains sur les hanches, de l’ouverture de ses antennes sortent des jets d’eaux qui coulent de chaque côté, pour se rendre dans la bassine qui l’entoure.

— Bienvenue à Bourg Bekipan ! me dit Tiplouf alors qu’il me donne une tape amicale dans le dos, pour me faire avancer un peu.

Je peux voir des Pokémon un peu partout, autour de la grande fontaine. Il y a des kiosques de nourritures ou différents articles en tous genres – je me rends compte que c’est une sorte de bazar. Ça parle partout et ça semble de bonne humeur. Ce bourg ressemble beaucoup plus à une petite ville qu’à un village, maintenant que j’y pense.

— D’ici, on peut voir l’académie, remarque Flamiaou qui pointe à sa gauche.

Il me montre du regard, un gigantesque immeuble, presque aussi gros que le quartier général de la guilde. Je suis stupéfait. Je ne rêve pas, pourtant. Dans ma tête, j’avais l’impression que les Pokémon ne pouvaient pas vivre comme les humains, jusqu’à ce que je rencontre la famille de Tiplouf. Maintenant que j’ai vu Milobellus et le centre nerveux de Bourg Bekipan, je dois faire face à la réalité. Je suis bel et bien dans une dimension à laquelle je n’appartiens pas… Mais que Diable m’est-il arrivé ?!

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