Les leçons de Gralmee

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Les yeux démesurément ouverts, encore choqué par ce qu'il avait vu dans la soirée, Zephyr n'imaginait pas rentrer au Palais et s'allonger sous ses lourdes couvertures. Les battements de son coeur résonnaient sourdement, ses bras pendaient, sans force, comme si son corps ne lui appartenait plus vraiment. Sans lui en référer, ses jambes le ramenèrent insensiblement, pas après pas, au seuil du Temple. Doucement, il s'assit là, sur la plus haute marche, le menton dans les paumes, les poings serrés, et contempla la longue tache rouge qui marquait toujours l'allée poussiéreuse.

Il avait aidé à ramener les corps des malheureux gardes jusqu'au poste le plus proche. Les trois miliciens présents s'étaient pressés pour les aider, attrapant chacun, sans aucune coordination, un bras ou une jambe, et brinquebalant ainsi les dépouilles au rythme de leurs pas désunis et de leurs exclamations. Deux d'entre eux avaient laissé tour à tour sortir un juron, interloqués qu'on ait pu s'attaquer au Temple. L'apparition de cadavres, dans une cité aussi sûre que Sil, relevait déjà de l'extraordinaire. L'attaque du Temple Eternel, elle, soulevait le plus grand des mystères. Mais au vu de la fureur qui animait le visage du vieillard, les miliciens s'étaient gardés de toute question. Intimidés et ne sachant à quoi s'en tenir sur les meurtriers, ils s'étaient contentés de se faire les uns les autres des mimiques de désolation, d'incompréhension et de révolte.

Le plus jeune des trois miliciens du poste avait regardé Zephyr à plusieurs reprises, comme s'il s'attendait à ce que ce dernier leur rende compte des événements qui avaient conduits à ces deux morts. Mais Zephyr était resté muet. Avouer que le Temple avait été profané était déjà impensable, tant lui-même ne pouvait y croire. Mais que dire des assassinats perpétrés de sang froid par le duc d'Opale, l'un des personnages les plus hauts placés du Royaume, l'un des plus respectés en raison de son autorité naturelle, mais aussi de sa réussite, et du prestige de ses ancêtres ?

Que des assassinats soient conduits par un personnage aussi brillant du Royaume, pour son propre intérêt, était aussi sacrilège aux yeux de Zephyr que la profanation du Temple, qui, elle, au final, n'avait somme toute mené à rien de concret.

Il était donc resté, bouche béante, à contempler tour à tour ses pieds, les corps inanimés, posés sur des tables qui feraient office de lits de mort improvisés, et les bougies qu'on apportait une à une pour installer la veillée.

Il se souvenait s'être appuyé contre un mur, n'aidant plus en rien ceux qui l'entouraient. Ce n'est que lorsque l'agitation avait cessé, et que la veillée avait enfin pris corps dans le silence du poste, qu'il avait réalisé que le Maître Intendant avait disparu, et qu'il avait décidé de s'éloigner à son tour.

Plutôt que de sommeil, il avait besoin d'explications, et, sans doute, d'être rassuré. Il y avait, derrière le Temple, quelqu'un qui serait présent à cette heure tardive, et qui lui dispenserait, il en était sûr, réponses et confiance. Adossée au Temple Eternel, et accessible seulement en enjambant des petits buissons épineux aux motifs complexes, se tenait une construction assez baroque. Son toit conique se terminait en gouttières alambiquées formant des parapets en rouleau, à la manière de feuilles qui se replient légèrement sur elles-mêmes. Ses murs replets dessinaient des courbes lourdes où ne perçaient que de rares fenêtres, toutes inaccessibles depuis le parterre, en raison de leur hauteur, si ce n'est de leur étroitesse. Malgré son air de pari d'architecte, le bâtiment était de proportions respectables, et c'est plutôt l'imposant Temple contre lequel il s'appuyait, tout en colonnes austères et en pierre polies grisâtres, qui le rendait si incongru et lui donnait un air de jouet perdu.

Zephyr cogna à la porte, comme à son habitude, car on n'entre pas chez une sorcière par surprise.

"Entre" entendit-il, et alors seulement il s'autorisa à ouvrir le battant. Le rez-de-chaussée du Pavillon des Formules, domaine de la Maîtresse Sorcière du Royaume, était baigné d'une lumière douce qui semblait rayonner de toutes parts sans jamais éblouir.

La pièce dans laquelle il pénétra tenait du débarras autant que du laboratoire. L'absence de fenêtre laissait une atmosphère pesante et poussiéreuse, renforcée par les accumulations d'objets hétéroclites qui masquaient en grande partie les murs et les placards. Elle aurait été étouffante, si la lumière diffuse n'apportait en contrepoint une note agréable et rassurante. On notait aussi, au bout d'un moment, que les objets épars n'étaient pas disposés au hasard, et que derrière le bazar apparent se cachait un classement méthodique, que la place de chaque élément répondait à des justifications pratiques sans doute établies de longue date.

Les sacs de jute replets entassés en face de la porte d'entrée s'appuyaient contre des caisses aux planches bien ajustées, qui semblaient avoir toujours été là. Zephyr passa son doigt sur le couvercle de la plus haute d'entre elles, pour examiner la quantité de poussière qu'il en retirait. Il s'amusait ainsi à estimer les années de présence immobile des divers objets présents dans le Pavillon. Un sourire en coin, il essuya son doigt gris au revers de sa toge. Il entreprit de faire le tour des deux buffets qui occupaient, dos à dos, le centre de la pièce. Ceux-ci rescellaient les trésors qui avaient occupé ses années d'enfance, lorsqu'il venait partager quelques heures avec la vieille Gralmee, et sortait l'un après l'autre les bocaux de formol, les panneau où étaient épinglés insectes, petits rongeurs, lézards, et bien d'autres sortes de petites bestioles. Il n'avait d'yeux à l'époque que pour les scarabées aux élytres miroitantes, les libellules aux reflets bleu-verts qui variaient selon l'orientation du regard, mais aussi cette espèce du nord du continent, quasi transparente, où l'on décelait difficilement deux fines lignes noires ; ainsi que les lézards de toutes tailles et de toutes formes, à corne, à dents ciselées, à bec de canard, qui étaient sagement alignés, comme offerts à son besoin d'observation scrupuleuse.

Cette passion l'avait poursuivi assez longtemps pour que, une fois qu'il eut appris à lire, il se plonge dans les manuels de naturalistes qu'on trouvait sur des rayonnages, sur le mur du fond. Son carnet d'observations personnelles devait d'ailleurs toujours se trouver dans ce coin de la pièce.

Ayant contourné les buffets, il nota que Gralmee lui tournait toujours le dos, assise sur une chaise en bois, dont le dossier, bien trop haut pour elle, était incroyablement ouvragé. Concentrée sur son travail, elle respirait bruyamment, plongée entre une pile de gros grimoires et une boîte à tiroirs en marqueterie de belle facture. Malgré sa hâte de partager la compagnie rassurante de la vieille dame, il poursuivit son chemin jusqu'au bas de l'escalier qui menait aux étages. A gauche de l'escalier, on pénétrait dans la pièce réservée aux ouvrages les plus précieux, vieux traités de magie, chroniques des temps anciens, et autres parchemins devenus presque illisibles. Des milliers de pages jaunies et racornies où se racontaient l'histoire de peuples oubliés, tenant autant de la légende que de l'histoire proprement dite.

Du seuil de la pièce, il parcourut des yeux les quatre murs recouverts d'ouvrages aux lourdes couvertures en cuir, aux odeurs puissantes de poussière et de décomposition. Il fallait y ajouter le léger fumet émis par le chandelier, solitaire au milieu de la pièce, posé sur une solide table de pierre. Les centaines ou milliers de volumes, rassemblés au fil des siècles au coeur du Royaume, auraient bien fait rire les savants du Nord dont Zephyr avait parfois entendu parler. Loin au Nord, sur un autre continent, une mythique Université recueillait depuis des millénaires tous les savoirs disponibles, dans des tours gigantesques, derrière d'imprenables murailles. Deux ou trois fois par siècle, on en croisait des représentants, mi-savants, mi-aventuriers, toujours hautains et impérieux, qui parcouraient le monde à la recherche de nouvelle matière pour leurs encyclopédies et leurs manuels d'histoire. Mais pour le Royaume de Sil, au passé encore modeste, ces quelques rayonnages représentaient une somme de savoir irremplaçable, la seule chance sérieuse à laquelle on pouvait se rattacher en cas de malheur, et le début d'une Histoire qu'on espérait longue et glorieuse.

Zephyr se retourna pour s'asseoir sur les premières marches de l'escalier, s'appuyant d'une épaule contre la vieille rambarde en bois.

"Espérons qu'elle ne nous oublie pas." se dit-il. La sorcière avait tendance à se couper du monde pendant des heures lorsque ses recherches monopolisaient toute son attention. Elle pouvait avoir dit "Entre" machinalement, sans réaliser ce qu'elle faisait. Dans ce cas, elle n'avait sans doute même pas entendu Zephyr passer derrière elle, insensible aux craquements du bois et aux ombres démesurées projetées sur les murs.

"Elle est plongée dans son grimoire. Elle s'est barricadée entre une pile de livres et une muraille de boîtes, pour rester concentrée. Elle ne nous remarquera pas de sitôt." enchaîna Bise. "J'ai l'impression qu'elle est encore sur cet ouvrage qui monopolise toute son attention, celui aux pages particulièrement épaisses, qui contient toutes les connaissances sur le Rite. Je ne l'ai qu'entraperçu en passant, mais je jurerais que c'est celui-là."

"Elle se tracasse toujours pour la réussite du Rite." répondit Zephyr avec aigreur. Il avait beau faire, il restait désabusé devant l'intérêt général pour une cérémonie qui visait avant tout à sa déchéance.

"Tout le monde est de plus en plus nerveux depuis quelques semaines."

Zephyr repensa à l'attitude du Maître Intendant, qui le poussait à s'exiler avec une insistance à laquelle il n'était pas habitué de sa part.

"Fleurnoire est nerveux, mais Gralmee a plus de raisons que quiconque de l'être." poursuivit Bise. "Elle doit s'assurer que le Rite sera un succès, et que le nouveau Pouvoir sera bien octroyé. Visiblement, ce n'est pas simple. Tout n'est pas écrit d'avance."

Les enjeux étaient de la plus haute importance, bien entendu. Un Pouvoir bien utilisé pouvait assurer bienfaits et sécurité pendant des siècles.

"Je me demande si on ne devrait pas la laisser tranquille, elle a déjà bien assez de quoi s'inquiéter." continua Bise, tout en sachant que le besoin de Zephyr de s'épancher sur les événements troublants de la soirée l'emporterait. Il n'insista pas et se remit à faire ce qu'il faisait le mieux : patienter.

Zephyr appuya sa tête contre la rambarde, et attendit patiemment. De temps à autres la sorcière marmonnait pour elle-même, et deux fois il l'entendit s'écrier, d'une voix à la fois contenue et excitée :

"- Le Lion !"

Puis

"- Le Lion, pour la vie !"

Puis le silence revenait, dans de longs intervalles interrompus par le froissement d'une page qu'on tourne abruptement, ou par un petit livre d'appoint, consulté puis reposé aussitôt.

Zephyr remarqua que la bougie qui faisait face à la sorcière ne semblait pas faiblir le moins du monde, sa flamme toujours à la même hauteur, sa luminosité toujours égale. Il avait déjà constaté ce phénomène à plusieurs reprises et l'attribuait à un sort jeté par la vieille femme.

Un vrombissement furtif à sa gauche le sortit de sa rêverie. Il jeta un oeil autour de lui mais ne réussit pas à repérer l'animal dans la pénombre.

"Mais si, sur le mur en face de nous, sous le crochet mural." lui glissa Bise.

Son regard partit en chemin inverse, et il devina le petit point lumineux de la luciole sur le mur.

A son bureau, la sorcière lâcha un petit marmonnement grognon suivi d'un soupir.

Le convent des sorcières de Sil comptait au moins 6 membres, qui passaient de temps à autres au Pavillon des Formules, et le Maître Intendant se fendait parfois lui-même d'une visite. Mais les deux occupantes à temps complet de ce bâtiment restaient la vieille Gralmee, de loin la plus âgée des sorcières, et sa luciole. Encore que... était-ce bien la sienne qu'il avait sous les yeux ? Chaque sorcière avait sa luciole, et Zephyr aurait été bien incapable de les distinguer les unes des autres. Il leva une main et allongea un doigt à l'horizontale. Il ne se passa pas deux secondes avant que l'insecte ne vienne directement s'y poser. Le chatouilli des pattes qui se promenaient sur son doigt l'amusait. Il sourit à l'animal qui venait se poser sans crainte, alors qu'il aurait suffi d'une gifle pour broyer son insigne petit exosquelette. La confiance qu'ils avaient l'un en l'autre, homme et animal, malgré leurs différences radicales et l'impossibilité de communiquer, l'émerveillait toujours. Au fil des années, ils s'étaient habitués à cohabiter dans le bâtiment poussiéreux, l'un volant de rai de lumière en recoin obscurs, d'un pot de verre scellé à un médaillon pendu au mur, tandis que l'autre révisait ses leçons sur les champignons et leurs propriétés, ou s'appliquait à reproduire dans la poussière du sol un pentagramme de Bhornii L'Aînée. Duquel ne sortit jamais le moindre génie, à son grand regret.

L'insecte repartit d'un coup, s'élevant rapidement dans la lumière diffuse, et se rendit droit au bureau de Gralmee. Le vrombissement de ses ailes cessa aussitôt, et la sorcière sursauta légèrement. L'insecte l'avait sortie de sa profonde réflexion, mais il lui fallut encore un petit moment avant de se reprendre et de se souvenir qu'elle avait de la visite. Elle émit un bruit qui tenait autant de la toux que du raclement de gorge.

"Zephyr ? Tu es là, mon garçon ?" La voix de la sorcière restait douce malgré les ans. Sa sonorité de galets broyés restait très agréable à l'oreille, et son ton d'une grande chaleur lorsqu'elle s'adressait à son protégé.

Zephyr se leva prestement, et en trois bonds silencieux rejoignit la vieille femme. Sur le bureau, il reconnut les grimoires sur lesquelles elle se penchait depuis des semaines, et le parchemin sur lequel elle avait noté, surnoté et gribouillé le fameux schéma des troies roues du Rite.

"Gralmee, approches-tu enfin de la conclusion de tes recherches ?" demanda Zephyr sur un ton respectueux. Même s'il ne se sentait pas trop concerné, il savait que le travail de Gralmee était essentiel pour le Royaume. Les multiples versions des troies roues, leurs annotations si surchargées qu'elles en étaient illisibles, montraient la difficulté de la tâche et l'acharnement de la sorcière.

"Je crois que j'y suis."

"J'y suis..." répéta-t-elle plus bas.

"J'ai reconstitué les trois roues, dans leur état présent, sans aucun doute possible." reprit-elle avec un soupçon de soulagement dans la voix. "J'ai placé tous les symboles."

"Regarde", enchaîna-t-elle, en déplaçant de ses bras maigres le gros volume posé verticalement en face d'elle. Apparurent alors les minuscules silhouettes d'un bleu fluorescent des statuettes du Rite. Ces objet sculptés dans une substance indéterminable, en un temps qui échappait à toute mémoire, émettaient sournoisement une petite lueur d'un bleu argenté.

Zephyr connaissait bien ces objets. Il fut un temps où il les aurait bien accaparés pour en faire ses jouets, si Gralmee n'avait veillé au grain. Mais il les avait tout de même souvent tenus en main, la Libellule, la Foudre, l'Os, le Mont Karmyl, le Démon et tous les autres. Face à Gralmee, sous l'étagère murale qui soutenait son lot de boîtes en fer, il reconnut d'abord les trois symboles centraux du Rite précédent, tous trois couchés : le Grand Marteau, le Serpent de Mer et l'Os. Puis, derrière eux, six candidats attendant narquoisement qu'on décide de leur sort : le Pipeau, le Mont Karmyl, l'Oeuf, le Lion de Tamarmas, la Foudre et la Fontaine. Plus loin, repoussées sur les côtés, les autres statuettes patientaient tassées les unes contre autres.

"Le Serpent de Mer, le Grand Marteau, et l'Os : ce sont les symboles de notre ère, dit-elle en désignant les statuettes couchées. Tu vois (Gralmee passait la main au-dessus de ses notes illisibles, qui recouvraient en grande partie le dessin de trois roues adjacentes les unes aux autres), dans deux mois, l'une des trois roues va tourner, faire sortir un des trois symboles centraux et en introduire un nouveau. Tout comme, il y a deux cent ans, le Pipeau est sorti du Rite, remplacé par le Grand Marteau. Maintenant que j'ai replacé tous les symboles sur les cercles, je peux étudier les différents cas possibles. Il n'y a que six symboles qui peuvent faire leur entrée, ceux que tu vois debout ici." Elle coucha cependant le Pipeau d'une main peu assurée. "Je n'ai pas d'explication pour ça, mais jamais de mémoire d'homme on n'a vu un des symboles revenir immédiatement après sa sortie. J'ai donc exclu d'emblée le Pipeau.

Reste à déterminer celui qui, des cinq autres, marquera la nouvelle ère."

Gralmee sortit une feuille cachée sous les autres, tout aussi recouverte de notes inintelligibles, et la leva sous le nez de Zephyr.

"Il y a des règles. Si on étudie bien les vieux grimoires, on y trouve... des règles. Je ne sais pas jusqu'à quel point elles font foi. Les grimoires ne sont peut-être pas tous fiables. Les règles ne s'appliquent peut-être pas de façon identique à toutes les ères ? Mais il faut bien fouiller, et l'on finit par en tirer des conclusions.

La plus importante pour nous aujourd'hui, et c'est une chance car elle me rend les choses plus simples, c'est que le Serpent de Mer va sortir. Il est là, installé parmi les symboles centraux, depuis 5 ères, et jamais on n'a vu un symbole rester plus longtemps. Il faudra qu'il sorte, ou alors je n'ai rien compris et nous n'arriverons à rien."

Elle tourna un petit sourire malicieux vers Zephyr.

"Il sortira."

"Quatre mouvements de roue peuvent éjecter le Serpent de Mer. Ils font entrer respectivement la Foudre, la Fontaine, le Lion de Tamarmas ou le Mont Karmyl en lieu et place du Serpent. Mais, vois-tu, il y a une constante dans l'histoire des symboles. Toujours, à toutes les époques, l'un des trois symboles a représenté le vivant.

Il y a bien longtemps, c'était le Démon. Et puis voici 1000 ans, le Serpent de mer est entré. A l'ère suivante, le Démon sortait.

Le Serpent de Mer doit maintenant sortir, et avec ses compagnons actuels, l'Os et le Grand Marteau, nous n'avons pas d'élément vivant. Donc le symbole qui rentrera devra représenter le vivant.

De notre liste de candidats, j'ai eu bien du mal à désigner le plus adapté. J'ai penché un temps pour la Fontaine. Parce que la source irrigue et donne la vie. Mais les grimoires ne font jamais cette association, alors j'ai préféré chercher ailleurs. Je ne vois pas comment la Foudre et le Mont Karmyl pourraient représenter la vie, ça, c'est acquis. Il nous reste donc de Lion de Tamarmas. Qu'en dis-tu ? Même figé dans la pierre, c'est un animal, qui continue d'impressionner par sa majesté et d'effrayer les voyageurs, et en ça on peut sans doute considérer qu'il est vivant. Je ne vois pas d'autre option."

Zephyr se remémora les représentations qu'il avait vues de la gigantesque porte de la Cité Libre de Tamarmas. Une sculpture d'une taille monstrueuse représentant une gueule béante de lion, dans laquelle on s'enfonçait pour pénétrer dans la ville. Les dessins manuscrits étaient déjà impressionnant, mais tous les voyageurs soutenaient que ce n'était rien en comparaison de la sculpture elle-même. Que le simple fait de traverser la gueule monstrueuse générait angoisse et peur, que les plus farouches guerriers se retrouvaient à frissonner de frayeur et à se pelotonner les uns contre les autres au moment de franchir ce passage. De mémoire d'homme, la cité n'avait connu ni pillages ni invasions, son unique entrée terrestre étant protégée par ce masque aux dimensions outrancières, qui décourageait les plus téméraires des envahisseurs.

Gralmee sortit de sa pile de papiers une représentation plus propre que les autres des trois roues, à l'appui de son discours. Elle montra à Zephyr les configurations possibles, et sa conclusion définitive : le Lion de Tamarmas ferait son entrée dans les symboles centraux, poussant le Grand Marteau et éjectant le Serpent de Mer.

Le jeune homme prit le temps d'étudier les schémas et de s'imprégner de ces configurations si importantes pour l'octroi du Nouveau Pouvoir.

Il grava dans sa tête les positions des statuettes, qui représentaient encore pour lui autant de jouets familiers. Puis il releva la tête et se retrouva face au regard pénétrant de Gralmee. La vieille sorcière au visage sillonné de rides dardait sur lui un oeil à la fois tendre et amusé.

Zephyr sentit alors se manifester à nouveau le sentiment d'incompréhension et d'insécurité qui l'avait amené en ce lieu. Son retour à la triste réalité de la soirée dut se traduire sur ses traits, car Gralmee l'interrogea aussitôt sur ce qui n'allait pas.

Il alla se chercher une chaise à quelques pas de là, et malgré l'heure tardive vint s'installer près du bureau pour raconter en détail les meurtres perpétrés au Temple, et sa surprise en découvrant que le Maître Intendant pouvait lui-même user de pouvoirs magiques.

La vieille écouta d'abord avec une grande attention, puis sourit aux questionnements du jeune homme.

"Ce n'était qu'un petit aperçu de ce que nous pouvons faire, Zephyr. Un petit aperçu sans conséquences. Que ce soit de la magie ou non, peu importe, tant que cela impressionne ceux qui veulent nous faire du tort.

Nous avons, au Temple, bien d'autres armes en main. Espérons que nous n'aurons jamais à les dévoiler.

Depuis des lignées de Pouvoir, Sil vit en paix avec elle-même, et relativement protégée de ses voisins. Le Pouvoir des rois et des reines a toujours mis le royaume à l'abri des envahisseurs et de l'indigence. La bonne gestion du royaume, assurée par le Temple, a permis de s'affranchir des désagréments d'une armée et du risque d'une prise de pouvoir militaire. Elle a maintenu les grands équilibres du royaume, facilité le commerce, entretenu le savoir.

Mais nous n'avons peut-être pas été assez vigilants. Nous avons laissé s'instaurer des déséquilibres, et voilà que la paix du royaume est remise en question."

"Les zagarites." dénonça Zephyr.

"Non. Les Ducs." répliqua la sorcière.

"Les Ducs à qui l'argent monte à la tête. Les Ducs, que Fleurnoire tente de ne pas provoquer. Il essaie, crois-moi, de les raisonner. Mais certains d'entre eux n'écoutent plus personne. Ils vont entraîner le royaume dans la violence, et ce ne sera pas beau à voir. Si nous ne faisons rien...."

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Défi
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Le crépitement et grésillement des larges flammes remplirent le silence, qui ne dura, pas même, une demi-seconde.
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— Et electi sunt a Deorum ! Hurla-t-il, en lui forçant à boire le contenu affreux de la coupe.
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Je tournai à l'embouchure d'un couloir. Les masques des deux colosses se présentèrent à moi, nez à nez avec eux, postés devant l'entrée de la porte d'acier.
Horrifié, je reculai mais c'était déjà trop tard. Ils se jetèrent sur moi, comme deux loups affamés.
Leurs coups me détruisirent le corps, je n'arrivais point à me défendre.
Seul contre deux monstres, je ne pouvais rivaliser. Allongé dans ce que j'avais cru, au premier abord à de l'eau, une horrible idée s'immisça dans mes pensées.
— Nos veniam postulantes.
Il ne me restait plus beaucoup de temps. C'était ça ou alors la voir être éviscérée.
Je me levai sur mon corps meurtri et accouru vers les piliers de flammes.
Mon corps heurta l'une de plein fouet, qui heurta à son tour une autre et tel un jeu de domino, toutes basculèrent.
— Nos mos immolantes par vulos.
Tout fut si rapide. Les piliers à terre, les flammes n'avaient pas mis longtemps à embraser le sol, recouvert d'une fine épaisseur d'essence.
Me ruant de toute vitesse vers la porte en fer, j'actionnais le levier et m'extirpais de justesse du brasier ; laissant les deux gardiens s'immoler sans échappatoire.
— Et nos ipsi sacrifici.
Toutes les têtes se tournèrent à mon entrée fracassante. Je vis l'homme brandir le couteau au-dessus du fragile corps dévêtit de ma femme, hurlant à plein poumons et s'inondant dans ses larmes.
Courant vers l'autel au fond de l'immense édifice, le plus vite possible. J'avais cru pouvoir la sauver.
Les fidèles se levèrent et sans m'attendre à ce qu'il allait suivre, fondirent sur moi. Enveloppé et suffoquant entre des vingtaines de voile sombre, je vis l'invraisemblable se produire entre les masses noires m'étouffer de leurs présences.
Le couteau brandit en l'air, pénétra avec puissance le ventre de ma bien-aimée hurlant à la mort tout en me regardant, les yeux déversant leurs larmes d'affliction.
Il coupa en montant vers la gorge détruite par les cris, qui se tut à la seconde où son cœur fut découpé.
La force la quitta et son corps nus s'inonda de son sang.
Hurlant à plein poumons de sa mort et sa monstrueuse disparition, je vis son assassin brandir son cœur, au moment où le mien se sentit s'embraser.
Les ombres, masquées et voilées de la tête au pieds, s'écartèrent et s'en allèrent. Je n'avais point compris pourquoi, jusqu'à voir mes mains, mon torse fondre de flammes me recouvrant.
Regardant une dernière fois ma femme, morte, je me laissai tomber dans l'oublie. Le voile noir de la mort s'immisça et recouvra mes pensées par un vide de pure souffrance.
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Fitzg

J’ai rencontré la nuit.

Il y a plus de 18 ans que je l’observe de derrière mes fenêtres. Elle a pris de nombreuses significations pour moi, le danger, la beauté, l’intimité. J’ai toujours admiré les étoiles, nombreuses comme les lettres de mes livres, qui semblent nous raconter chaque soir une histoire différente. Plusieurs fois j’ai surpris la lune m’appeler, elle qui sait nous éclairer des feux les plus doux. Cette noirceur dans laquelle l’humain se perd, de laquelle il profite pour rêver, quand allongé à terre il voit les constellations le protéger. Et ce soir je m’en vais à sa rencontre. Ce n’était pas une résignation à transgresser l’interdit qui me poussait, plutôt cette belle qui de là haut m’invitait dans son empire, et le désir inexplicable que j’avais de marcher sur l’herbe noire. J’ai ouvert mes volets, et suis parti par la fenêtre, armé d’un livre et de bougies. Je me suis assis sur la terrasse de bois, et comme un défi fait à la nuit, j’ai allumé ma propre constellation. J’ai lu quelques pages, mais le livre avait bien peu d’importance. Ce n’était pas lui qui m’enivrait, mais plutôt l’ineffable sensation d’être entré dans un monde fantastique, comme si même l’oxygène était différent une fois la nuit tombée. Les mots défilaient sous mes yeux, les pages éclairées par la lueur douce de mes frêles danseuses étoiles enflammées. Petit à petit mon attention s’est focalisée sur ce que l’on pouvait entendre lorsqu’on se trouve en ce monde. Et j’ai entendu la nuit. J’ai entendu le silence. Ponctué par quelques bruits d’animaux et de natures. Un chat qui miaule. Une branche qui craque. Un vent qui souffle pour se jouer des arbres comme de pantins. Et alors que je levais les yeux de mon livre, je la vis venir à moi. Au premier regard on voyait qu’elle tenait dans ses yeux, les secrets de tous les voyageurs qui vivaient sous son égide. Sa démarche était une berceuse, sa beauté surnaturelle, tout comme le monde dont elle était l’égérie. Et comment dire qu’elle brillait devant moi sans passer pour un fou. Elle a cueilli une de mes bougies entre ses mains, et l’a éteinte, avant de faire de même pour toutes les autres. Elle n’a jamais dit un mot, et pourtant dans le cri d’agonie de chaque bougie qui mourait je comprenais ce qu’elle voulait m’apprendre. La lumière est inutile, et même nous dessert, lorsque l’on veut vivre la nuit. Si l’homme, à l’aide d’une torche, peut percevoir parfaitement un détail, cette dernière obstrue au contraire sa vue à tout ce qui se trouve autour de ce qu’il voit clairement. La nuit on ne cherche pas à voir les choses, on les ressent, et plus on s’acharnera à vouloir éclairer ce qui est sombre, alors moins nous comprendrons l’obscurité. Après m’avoir enseigné cela, elle m’a tendu la main et m’a fait signe de me lever. Moi qui n’ai jamais su quand dire « bonjour » ou bien « bonsoir » quand j’entrais dans un magasin, j’ai, pour la saluer, utilisé une expression encore moins usuelle. Je lui ai dit « bonne nuit », puis j’ai pris sa main dans la mienne. C’est la seule fois où je l’ai touchée. Sa peau était froide et douce, à son contact j’ai ressenti la sensation étrange d’une complaisante vulnérabilité. Cette même sensation, je l’ai trouvée dans son regard. Ne me demandez pas quelle forme les yeux de la nuit ont, je ne saurais le dire, mais reste gravé dans ma mémoire ce qu’ils affirmaient. La nuit te fait peur, mais la nuit te protège. Elle veille sur tant de marcheurs égarés, et de fêtards endurcis, et même s’ils s’aventurent dans des recoins trop sombres pour qu’elle puisse les suivre, elle gardera toujours ce pouvoir de faire rêver. Je me suis donc levé, et je l’ai suivie, marchant sur ce gazon noir qui alimentait mes rêveries. Elle s’est mise à côté de moi, et ensemble nous avons regardé l’obscurité, et à quel point le noir peut prendre des teintes différentes, à quel point il peut être beau, à quel point les ténèbres sont bons. Hélas petit à petit, l’aube est venue éblouir et faire fermer mes yeux. Une à une les étoiles s’éteignirent, et la Nuit a du partir. Avant qu’elle ne me quitte, je lui ai dit « bonjour » de ce ton ironiquement heureux embrumé de tristesse, sachant que ce « bonjour » était un adieu. Et je l’ai regardé se faire percer des rayons du soleil, s’évanouir dans la lumière, disparaître enfin, assommée par le jour. Moi, je suis retourné à ma fenêtre. J’ai récupéré mon livre et mes bougies, et je suis rentré. Allongé dans mon lit, les pieds encore froids, j’ai repensé à ce que j’avais vécu en compagnie de la Nuit. Me laisser aller, n’écouter que mon désir de connaître l’obscurité, a été le meilleur choix de ma vie. J’ai rencontré celle que si peu connaissent, bien que beaucoup la craignent. Chaque soir depuis lors, je me mets à ma fenêtre avec une bougie dans les mains. Chaque soir je ne l’allume pas. Chaque soir je remercie la nuit d’être aussi belle, et chaque aube fait mourir cette partie de moi que sont les secrets que je ne confie qu’à la belle de là haut.
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Défi
La Fée Nixe
" Les civilisations sont mortelles ", disait Valery.

Qui sait si la nôtre ne jouera pas bientôt sa destinée dans un village perdu cerné de montagnes millénaires ?

Qui sait si l'Apocalypse ne se déclenchera pas sur un coin de table, à l'occasion d'une partie de belote, un verre de liqueur de myrte à la main !?
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