Chapitre 11

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Tout le monde attendait dans la salle à l’accueil, en jetant des petits coups d’oeil indiscrets du côté de Jordan, puis en chuchotant à son voisin. Et Jordan restait seul au milieu du groupe, personne ne lui parlait, mais tout le monde parlait de lui.

— T’as vraiment pas eu de chance de tomber sur lui, souffla Marion à Alec.

— Je sais… J’aurais presque préféré me retrouver avec un de ces deux bouffons. Au moins, ils ne m’auraient pas fait chier.

— Il t’a déjà fait quelque chose ?

— Nan, il a été plutôt cool pendant les 2 premières minutes... et puis il m’a passé le wifi de l’hôtel. J’pense qu’il a juste besoin de reconnaissance et d’être vu par tout le monde, mais il a l’air plus sympa quand il n’a personne à impressionner...

— Mouais, dit-elle, évite-le au max, quand même. Et puis ce mec a besoin d’une bonne leçon, ça lui fera du bien de voir que personne l’aime, et qu’il soûle tout le monde.

— J’te trouve dure avec lui… Je suis sûr qu’il est différent, quand il est seul. Peut-être que quand on sera tous les deux, il changera de comportement. Il est capable du meilleur comme du pire. Qui sait ?

— J’y crois moyen. C’est juste un con pourri gâté.

— Mais tu t’entends parler ? fit Alec en haussant le ton.

Il se rendit compte qu’il avait parlé un peu trop fort, tout le monde s’était brusquement retourné vers lui. Il bredouilla un « désolé » inaudible, avec un geste de la main, et les autres repartirent dans leurs conversations comme s’il ne s’était rien passé.

— Tu t’entends parler ? reprit-il, beaucoup plus doucement. Le pauvre, imagine que tout le monde parle de toi comme ça !

— Mais il ne cherche que ça, qu’on parle de lui ! En bien ou en mal, il s’en fout, il veut juste attirer l’attention pour satisfaire son ego surdimensionné ! Bref, on change de sujet, ça me soûle.

Ils n’eurent pas le temps de trouver un nouveau sujet, puisque la prof de chinois débarqua dans la salle, toujours avec sa démarche militaire.

— Bien ! Suivez-moi, nous allons directement prendre le…

Elle s’arrêta net.

— Jordan ?! Qu’est-ce que c’est que ça ? s’écria-t-elle, visiblement choquée.

— Bah Madame, on est en vacances, je me mets à l’aise ! Il manque plus qu’une plage, un cocktail et un parasol, et là on peut…

— Va te rhabiller tout de suite !

Puis elle grommela un truc en chinois que personne ne comprit, elle devait sûrement être en train de l’insulter des pires noms possibles dans sa langue, puisque la fille à l’accueil était morte de rire, essayant de se retenir en mettant la main devant sa bouche.

— Au moins, il met l’ambiance ! chuchota Alec à Marion.

— On perd du temps pour les visites, répondit-elle en haussant les épaules.

— T’es pas de bonne humeur, toi ! Qu’est-ce qu’il t’arrive ?

— Si, mais c’est juste que ce mec m’exaspère. Je comprends même pas pourquoi tu te mets à le défendre. Et puis j’ai dit qu’on changeait de sujet !

— D’accord, si t’insistes. Tu partages ta chambre avec qui ?

— Une Terminale que je connais pas trop, mais elle a l’air sympa !

À ce moment-là, Jordan débarqua à nouveau, avec un polo Lacoste et un jean troué. C’était toujours mieux que sa tenue de touriste. Alec ne comprenait pas vraiment le principe de mettre des polos Lacoste. C’était juste un polo comme un autre, mais le fait qu’on rajoute un crocodile dessus multipliait le prix par 10. Sûrement un truc de riche qui veut se montrer…

— Bon… soupira la prof, déjà lassée. On va pouvoir commencer, on a déjà pris du retard, alors on va se dépêcher sur le chemin. Le car nous attend depuis 10 minutes !

Et tout le monde la suivit et sortit de l’hôtel pour monter dans le car.

Ils s’assirent tous au fond, Alec prit place à l’avant dernier rang, côté vitre, aux côtés de Marion. Jordan se retrouva seul, un peu isolé.

— Ça vous dit qu’on se présente chacun son tour ? lança une Terminale, histoire de briser la glace. Juste un tour des prénoms, ça suffira.

— Oui, bonne idée ! répondit Marion. Tu commences ?

— Moi c’est Noémie, et toi ?

— Marion !

— À toi, fit-elle en désignant Alec.

— Alec.

— Julie !

— Oriane !

— Rose !

— Diane !

— Alice !

« Julie, Oriane, Rose, Diane, Alice, Noémie… » Alec essayait de se rappeler de tous les prénoms des filles de Terminale. Il y en avait beaucoup, et elle se ressemblaient toutes un peu, c’était pas évident.

— Thibaut !

Lui, c’était le seul mec en Terminale du groupe. Il avait une barbe de trois jours qui donnait l’impression qu’il avait 20 ans, plutôt grand, les cheveux blonds et une bouche aux lèvres pulpeuses…

« Pas mal », pensa Alec en s’amusant à le mater.

Puis ce fut au tour des deux autres mecs de Première…

— Daniel.

— Paul.

— Et lui… fit Noémie en désignant Jordan, qui restait dans son coin, les écouteurs vissés aux oreilles. Je suppose que tout le monde sait comment il s’appelle… Eh ! Tu pourrais faire un effort !

Elle lui donna une tape sur l’épaule, mais il ne broncha pas. Noémie soupira en levant les yeux au ciel.

Après une dizaine de minutes de trajet, le car s’arrêta à nouveau.

— Regardez à votre droite ! lança la prof de chinois. C’est pas magnifique ?

Il y avait une tour avec une sorte de grosse boule à son sommet, qui dominait la ville aux côté des autres buildings. C’était plutôt moche, mais assez atypique.

— Nous descendons !

Tous le monde se leva et sortit du car. Certains commencèrent déjà à prendre des photos, tandis qu’Alec préférait la voir en vrai et profiter du moment.

— Elle est encore plus belle la nuit, vous verrez ! Prenez quelques photos et on repart !

Après cela, tout le monde remonta dans le car, qui se rendit jusque dans une rue très animée, avec énormément de gens, des tas de magasins, de boutiques et de restaurants…

— Pause shopping ! Vous avez 45 minutes de libres !

Tout semblait vraiment chronométré avec elle… Alec et Marion se rendirent dans cette grande rue commerçante et commencèrent à visiter les magasins un par un. Il y avait beaucoup de bouffe, ça allait du restaurant qui servait des petits-déjeuners succulents aux boutiques qui vendaient des friandises.

Marion prit un bol de nouilles à emporter, en guise de p’tit déj’. Et ils continuèrent leur visite tandis qu’elle aspirait ses nouilles en faisant un maximum de bruit.

— Tu savais que dans la tradition chinoise, si tu fais du bruit, ça veut dire que tu aimes ?

— Euh, t’es sûre de toi ?

— Oui, je l’ai lu sur internet ! T’en veux pas ?

— Nan, j’ai pas trop faim. Je mange jamais le matin.

— Tu sais pas c’que tu rates, fit-elle, la bouche pleine.

Quarante-cinq minutes pour faire du shopping et visiter cette rue interminable, ce n’était pas du tout assez. Ils n’avaient regardé qu’un seul côté de la rue, et ça faisait déjà 40 minutes.

Ils décidèrent donc de faire demi tour et de se rendre au point de rendez-vous que la prof avait fixé.

Le groupe était déjà quasiment au complet. Mais il ne manquait qu’une personne…

— Où est Jordan ? lança la prof, exaspérée.

Tout le monde haussa les épaules. Personne ne semblait vouloir lui donner un peu d’attention, Alec trouva ça un peu triste… Il le trouvait quand même drôle, les autres ne cherchaient même pas à comprendre qui il était et l’avaient déjà exclu.

— Ça fait déjà 5 minutes de retard…

Le temps tournait, Marion en profita pour s’asseoir sur le trottoir et finir ses nouilles.

— Quinze minutes… Je vais finir par partir sans lui ! Quelqu’un va le chercher ?

— Nan Madame, il est là !

Jordan apparut, sortant d’un café, avec deux grands verres en plastique à la main. Il avait toujours cette démarche de cow-boy, complètement ridicule… Et il prenait tout son temps, comme si ça l’amusait de voir tout le monde s’impatienter.

— Tenez Madame, je vous en ai pris un pour vous ! lança-t-il en lui donnant un des verres. Il y avait beaucoup de queue. J’ai demandé s’ils avaient la saveur « chien », mais la vendeuse m’a dévisagé. Il faut leur apprendre la politesse !

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