Fin des cours

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L’aiguille de l’horloge n’avait pas encore atteint le zéro, elle s’attardait sur le cinquante-six. L’heure, ce fut ce qu’il perçut en premier en sortant de la classe. L’heure et le silence incroyable qui pouvait régner dans un gymnase, lieu pourtant vaste et rempli de jeunesse, lorsqu’on s’y trouvait quelques minutes avant la fin des cours.

Lui qui adorait le silence, cela l’impressionnait à chaque fois : il était seul au rez-de-chaussée du grand bâtiment, au milieu de toutes ces portes closes, semblables les unes aux autres. Elles ne laissaient rien entrevoir des pièces qu’elles renfermaient, si bien qu’on aurait pu croire qu’elles abritaient chacune un autre univers.

Yvan aimait s’imaginer cela. Il aimait faire comme s’il ne savait pas que derrière elles se cachaient mille et un cours de math ou de géographie, avec des élèves bayant aux corneilles et des professeurs à la voix asséchée. Il visualisait soudain le gymnase comme un immense portail, menant à des contrées inexplorées, des époques révolues et des mondes parallèles.

Dans la salle de musique, une chanteuse récitait ses gammes. Dans les hauteurs, sa voix atteignait des notes mystérieuses qui éveillaient de drôles de sensations dans son coeur. C’était courant d’entendre de la musique ici. Le gymnase comptait de nombreux artistes. Lui n’en faisait pas partie mais il adorait les écouter et le fait qu’il s’y connaisse aussi peu en la matière renforçait son admiration.

Les mélodies, qu’elles vinssent des cordes d’un piano, d’un violon ou d’une guitare ressortaient toujours étouffées dans les couloirs. Enigmatiques. À mesure qu’il gravissait les escaliers, elles semblaient le pourchasser comme dans un tourbillon. Il se disait alors qu’il était en train de changer de monde. Il hâtait le pas, excité, et parvenait au dernier étage, au grand hall, aux portes principales. Il les poussait à bout de bras et tout s’arrêtait d’un coup ; la musique, les mystères, le calme... Tout était aspiré par une lumière aveuglante.

Yvan plissait les yeux et s’immergeait un peu plus dans ce nouveau monde. Celui de la vie, des inconnus qui passent, des grandes routes bordées d’immeubles et du ciel infini perdu au-dessus de sa tête. Les études, les enseignants, les efforts pour plaire aux copains, tout s’échappait de son esprit et lui aussi devenait différent. Il revenait à lui-même, libre, au grand air, dans la réalité. Tantôt à sa plus grande joie, tantôt à son plus grand regret.

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