25 juin 1771

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Mon amour,

Plusieurs jours et nuits sont passés et je ressens le même Mal. Comment se fait-il que tu me fasses autant souffrir ? Pourquoi refuses-tu de te faire aimer par un homme bon ? Je ne suis pas aussi malade que tu le crois, je suis souffrant certes mais encore conscient de ce que je fais et dis. Je me lève plus tôt que d’ordinaire pour observer l’aube. Avant que le chaleur ne soit trop étouffante, je respire l’air frais, laisse les odeurs me parvenir. Je sens ton odeur poivrée, sur mes bras, mes poils se hérissent à la simple pensée que tu puisses te promener dans mes jardins. Je te vois, nue, protégée par les doux rayons qui pointent le bout de leur nez. Tu n'as point peur de qui pourrait te voir. N’as-tu pas honte d’être aussi délicieuse dans cette belle parure ? Tes longs cheveux dégoulinent sur tes épaules musclées. Tu es une cavalière sortie de l’autre monde, une amazone dure au cœur moelleux.

Je ne ressens que de la peine. Mon cœur pulse mon sang comme un poison. Dans mon corps, ne résonnent que la plainte et le supplice. Elle me manque. Cette femme gracieuse à la robe dorée apparaît dans mes rêves, m’empêche de prendre du plaisir lorsque je suis en compagnie de belles personnes. Elle me hante. M’en veut-elle de me rapprocher de Natacha de Lèverie ?

Je dois mettre les choses au point. A mon réveil, je suis déjà à mon bureau pour écrire une longue lettre à ma chère amie :

Madame de Lèverie,

Je n’ai jamais connu de relation aussi passionnée et aussi complice. Les grands de ce monde nous voient comme deux compatriotes aux idées communes, un duo intelligent et très ouvert d’esprit. Dans notre petit cercle, nous n’acceptons personne d’autre que nous-même. La présence d’une nouvelle personne nous perturbe, nous enferme dans un mutisme qui ne disparaît que lorsque l’intrus a quitté notre territoire.

Je souhaitais vous révéler une chose importante et surprenante. Notre relation nous rapproche. Dangereusement. Or, il s’avère que j’ai de l’affection pour une autre dame que je ne me permettrais pas de trahir. Votre compagnie me plaît, me permet de repousser les problèmes quotidiens. Mais nous savons tous qu’un homme très proche d’une autre femme peut succomber à son charme et choisir une issue fatale et je ne voudrais surtout pas que tout cela soit révélé aux gens de notre bonne société.

Vous êtes quelqu’un d’admirable, de très sincère, nos liens doivent néanmoins prendre une toute autre tournure. Mon admiration envers vous ne change pas malgré ce léger changement.

En vous remerciant de votre compréhension,

Axel de la Guillère.

Nous ne pouvons pas courir autant de risques. Les nombreux regards insistants de la jeune femme se font de plus en plus réguliers, je comprends qu’elle a envie de me connaître plus intimement. Il faut donc remettre un peu d’ordre avant que cela ne déborde.

Elisabeth ne sort plus en ville. Je soupçonne plusieurs relations extra-conjugales avec d’autres hommes et la scène que j’ai surpris l’autre jour m’enlève ce doute. Les maris prendraient cela pour une trahison. De mon côté, je ne suis pas ému. Nos vies sont bien trop différentes.

Après le déjeuner, elle insiste pour faire l’amour. Elle me tire, me force, me tapote l’épaule en murmurant les bons mots. Je cède. Nous le faisons sur le sofa. Je me sens sali.

Dans la soirée, mon épouse propose d’aller voir une pièce de théâtre. Je loue une loge. En attendant l’arrivée des acteurs, je fixe l’assemblée. Qu’attends-je vraiment ? Je suis en compagnie de mon épouse, paisible et je tourne la tête à droite et à gauche. En face de notre loge, je crois apercevoir Mona de Convilia. Je reconnais ses longs cheveux, arrive à entendre son rire clair qu’elle partage avec une de ses amies. Elle est joliment vêtue mais je n’arrive pas à voir à cause du manque de lumière.

Je sens Elisabeth me secouer le bras. La pièce commence. Je crois avoir rêvé.

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