Le Brouillard - Nouvelle autobiographique

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Le jour déclinait lentement, le soleil continuant inéluctablement sa course dans le ciel tandis que la nuit prenait ses droits. Lucas passa la porte d’entrée et trouva Nala, sa chatte, qui venait l’accueillir de ses miaulements aigües et de ses caresses. L’heure sur sa montre lui apprit qu’il était bientôt l’heure de donner à manger à son compagnon à quatre pattes. Le jeune homme sourit sachant que chaque soir lorsqu’il rentrait, il assistait au même concert inlassablement. À l’instar de son maître, Nala aimait manger. Elle engloutissait en cinq minutes ce qu’on lui donnait et revenait à peine une heure après quémander un peu plus de nourriture. Chaque soir. Chaque matin. C’était sa routine.

Il referma la porte d’entrée, passa devant sa salle de bain et se dirigea vers son salon intelligemment décoré dans un style scandinave. Des murs gris et blancs, sobres, contrastaient avec son canapé moutarde sur lequel était posé un pled bleu roi que s’était appropriée Nala comme son lit officiel. Un pouf bleu canard nonchalamment posé sur le sol et des meubles en bois clair amenaient de la vie à cet appartement du centre-ville de Marseille. Lucas avait choisi une décoration minimaliste en arrivant dans ce logement dix mois auparavant. D’une part car il ne pensait pas avoir besoin de plus que ce qu’il avait déjà, d’autre part car il n’avait pas l’argent nécessaire pour meubler et décorer son intérieur comme il le souhaitait. Néanmoins,Lucas était fier de son appartement. Mais ce dont il s'enorgueillissait le plus était le tableau accroché sur le mur, entre les deux fenêtres du salon qui donnaient sur sa rue. Une rue pleine de vie, dont le silence et la tranquillité étaient systématiquement troublés par un concert incessant de motos, voitures, et piétons assez courageux pour braver le Mistral et le froid automnale. Rien n’était jamais calme à Marseille. Rien n’était permanent. La vie suivait son cours, là, au dehors de cet appartement. C’était cette idée ancrée au plus profond de ce tableau qui avait instantanément plu à Lucas. Ce tableau, ou plutôt cette photographie, représentait une femme, âgée, dont les cheveux blancs savamment coiffés donnant une certaine anarchie à l’ensemble de la coiffure, et les rides prononcées de son visage, donnaientune âme, une vie à ce portrait. Cette dame, dont Lucas ne savait rien hormis son prénom, Arlène, inscrit en dessous de la photographie, dégageait un sentiment agréable, une vision d’un monde qui fût jadis et qui ne sera jamais plus. Un monde en constante évolution. Cette idée de temporalité, d’un temps irrattrapable, terrorisait et fascinait le jeune homme. Il contempla cette photographie, tout en repensant au temps qui passe, à ses regrets et à sa vie. Ses larmes se frayèrent un chemin jusqu’à ses yeux et, sans qu’il ne s’en rende compte, il pleura. Bientôt, des perles d’eautombaient sur ses joues et allaientmourir dans le creux de ses lèvres. Lucas n’avait pas l’habitude de pleurer. Les seuls moments où il s’y autorisait étaient devant une série, un film ou un livre. N’importe quoi pourvu qu’il ne s’agisse pas de sa propre vie. Alors, il essuya ses larmes du revers de sa main, leva les yeux au ciel pour reprendre pied à la réalité et oublia instantanément ce passage.

Comme tous les soirs en arrivant chez lui, Lucas ne prit pas le temps de se déchausser. Il se dirigea vers son canapé prenant au passage une boite en bois ornée de motif en argent posée aléatoirement sur la table à manger. Une fois assis, il positionna un tabouret en face de lui et y déposa la boite. En l’ouvrant, l’odeur familière et enivrante arriva à ses narines et le jeune homme prit une profonde inspiration. Il sortit tout le matériel nécessaire, un carton, une feuille et du tabac, et commença à préparer l’objet de ses désirs. Joint, pétar, beuze, splif, kamaze, stick, tant de noms différents pour une seule utilisation, un seul résultat. La défonce. Un état second qui transporte vers une autre réalité créée par le cerveau embrumé du fumeur. Cet état, Lucas le connaît bien. En quelques années, ils sont devenus inséparables tels deux amis liés l’un à l’autre dans une relation de co-dépendance malsaine et indispensable. Chacun a besoin de l’autre. L’un pour être consommé, le second pour échapper à sa réalité de plus en plus noire. Alors, contemplant un instant le fruit de son travail, cette longue cigarette qui le délivrera bientôt de tous ses maux, Lucas prit son briquet, alluma son joint et inspira enfin la première d’une longue lignée de bouffées salvatrices. Telle était sa croix à porter pour supporter les affres de sa vie. Il expira enfin et son appartement comme son cerveau se remplirent d’un épais brouillard.

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