Dans le blizzard

21 minutes de lecture

Numéro de la mission : 54251

Date de mission : 1 mai 1957 – 16 octobre 1957

Objet de la mission : Exploitation d'une parcelle forestière (Découpage d'arbres)

Déroulement de la mission : Construction d'un campement la semaine 1 et 2, puis début des activités.

Equipe :

- Riley Grey (Chef de projet)

- William Tank

- Michael Cocky

- Felix Kjelberg

- Benjamen Frant

- Alexandre Boucher

- Logan Chub

- Noah Mavad

Ce manuel d'observation est réservé au chef du projet et doit être rempli AU MINIMUM CHAQUE SEMAINE. Si rien à signaler, noter R.A.S, toujours suivi du nombre d'arbres coupés dans la semaine.

En cas de danger, ne pas hésiter à contacter votre autorité supérieure.

Semaine 1 01-MAI-1957 / 05-MAI-1957

Chef Riley : Nous sommes arrivés mercredi avec 2 heures de retard. Plusieurs arbres se trouvaient sur la route. Nous avons débuté notre installation et nous avons trouvé l'emplacement pour notre habitation. Nous avons également commencé la découpe d'arbres.

Arbres coupés dans la semaine : 54 (Pour le camp)

Semaine 2 06-MAI-1957 / 12-MAI-1957

Chef Riley : Notre logement avance bien. Fabriqué uniquement avec les arbres des environs. Nous nous sommes permis de la faire plus grande que sur les plans. Les murs sont terminés, il ne restera que le toit à faire.

Arbres coupés dans la semaine : 72 (Pour le camp)

Semaine 3 13-MAI-1957 / 19-MAI-1957

Chef Riley : La base a été terminée avec succès. Nous avons commencé la 2ème phrase du projet. La bougie du générateur est déjà HS, nous l'avons remplacée.

Arbres coupés : 117 (23 pour le camp)

Semaine 4 20-MAI-1957 / 26-MAI-1957

Chef Riley : R.A.S

Arbres coupés : 179

Semaine 5 27-MAI-1957 / 02-JUIN-1957

Chef Riley : La communication a été coupée avec le centre pendant 24h. Si cela recommence, je serais obligé d'envoyer un groupe d'homme pour nous assurer que le fil n'a pas été endommagé. Logan s'est fait une entaille au bras gauche, nous l'avons recousu et avons transmis l'info au centre. 5 jours de repos.

Arbres coupés : 183

Semaine 6 03-JUIN-1957 / 09-JUIN-1957

Chef Riley : R.A.S

Arbres coupés : 205

Semaine 7 10-JUIN-1957 / 16-JUIN-1957

Chef Riley : Nous avons aperçu et signalé au centre des traces de griffes sur plusieurs arbres. Cela me semble trop gros pour être des loups. Peut-être un ours. Avec le bruit qu'on fait, je doute qu'il s'approche de nous.

Arbres coupés : 202

Semaine 8 17-JUIN-1957 / 23-JUIN-1957

Chef Riley : R.A.S

Arbres coupés : 196

Semaine 9 24-JUIN-1957 / 30-JUIN-1957

Chef Riley : R.A.S

Arbres coupés : 209

Semaine 10 01-JUILLET-1957 / 07-JUILLET-1957

Chef Riley : Le générateur s'est coupé plusieurs fois. Nous avons de nouveau changé la bougie. Nous avons reçu le 1er largage de vivres par hélicoptère. J'ai l'impression qu'il manque une partie, mais le centre ne répond plus depuis 2 jours.

Arbres coupés : 209

Semaine 11 08-JUILLET-1957 / 14-JUILLET-1957

Chef Riley : J'ai envoyé Noah, Logan, Felix et Michael avec le nécessaire pour vérifier que le câble n'avait pas de problèmes. Ils sont revenus 3 jours après. Un arbre était tombé sur le câble de communication. Ils l'ont coupé. Problème réglé. Communication rétablie.

Pour le largage, le centre m'a assuré que tout y était.

Arbres coupés : 127

Semaine 12 15-JUILLET-1957 / 21-JUILLET-1957

Chef Riley : R.A.S

Arbres coupés : 189

Semaine 13 22-JUILLET-1957 / 28-JUILLET-1957

Chef Riley : William et Noah ont eu une insolation. La chaleur est étouffante, mais nous essayons de continuer le travail tout en restant en sécurité. Les gars commencent à se sentir seuls, nous allons prendre un peu plus de temps pour nous détendre et pour discuter.

Arbres coupés : 149

Semaine 14 29-JUILLET-1957 / 04-AOÛT-1957

Chef Riley : Le générateur continue de sauter de temps en temps. J'ai demandé de nouvelles bougies dans le prochain largage. Alexandre m'a dit avoir aperçu quelque chose dans le bois, un mouvement rapide qu'il n'a pas pu identifier. Dans le doute, j'ai donné le fusil à Noah, c'est le meilleur tireur.

Arbres coupés : 175

Semaine 15 05-AOÛT-1957 / 11-AOÛT-1957

Chef Riley : Avec la chaleur, on essaye de ne pas trop travailler. J'ai fait un petit rendez-vous avec chacun des gars. Alexandre a pas l'air d'aller super bien, il passe son temps à me parler de sa femme et de sa petite gamine. Je ne sais pas trop quoi faire pour lui, on se sent tous seul et notre famille nous manque. Mais c'est le boulot qu'on a choisi.

Arbres coupés : 117

Semaine 16 12-AOÛT-1957 / 18-AOÛT-1957

Chef Riley : Il y a eu des cris cette nuit. J'ai cru à des hurlements de loups, mais ça n'y ressemble pas vraiment. J'ai jamais entendu ça, peut-être un caribou ou un élan qui agonisait. C'était assez proche, mais quand je suis sorti avec le fusil, je n'ai rien vu. Cela ne rassure pas vraiment les gars.

J'ai croisé Michael jeudi, il était en pleine conversation avec lui-même. On le fait tous, mais lui avait l'air persuadé qu'il parlait à quelqu'un d'autre... Je continue d'essayer d'installer un esprit de groupe plus solide, mais c'est pas gagné.

Le générateur a encore sauté. C'est la dernière bougie.

Arbres coupés : 108

Semaine 17 19-AOÛT-1957 / 25-AOÛT-1957

Chef Riley : On n'a pas rentendu les cris. Mais Benjamen a vu un loup pendant son travail. Mais quand Noah est arrivé avec le fusil, la bête était déjà partie. Les gars ont peur. J'ai demandé de rajouter des pièges à loups dans le prochain largage de ravitaillement. On devrait l'avoir la semaine prochaine.

Arbres coupés : 148

Semaine 18 26-AOÛT-1957 / 01-SEPTEMBRE-1957

Chef Riley : Le ravitaillement est arrivé, avec de la bonne nourriture pour raviver le moral des troupes. Michael m'inquiète, il s'isole du groupe et passe son temps à parler dans sa barbe. Le centre me dit de ne pas trop m'inquiéter, que tant qu'il travaille, tout va bien.

Ce qui m'inquiète, c'est que mardi soir, on a entendu des grattements contre un des murs de la maison. On est sorti quand ça s'est calmé et Noah a tiré un coup de feu. Il a dit avoir vu du mouvement dans l'obscurité, mais quand on est allé voir avec la lanterne, il n'y avait rien.

Par contre, il y avait bien des marques de griffes contre les murs de la maison. Un loup, peut-être 2. Leurs griffes doivent être énormes vu les entailles que ça a fait dans le bois. Je vais installer les pièges.

Arbres coupés : 175

Semaine 19 02-SEPTEMBRE-1957 / 08-SEPTEMBRE-1957

Chef Riley : Un des loups est tombé dans un des pièges. On l'a abbatu d'une balle dans la tête et on l'a mangé à la broche. Cela devrait servir d'avertissement aux autres.

Les communications ont encore été coupées pendant 24h. Tout est revenu à la normale.

Les gars et moi avons de nouveau entendu les cris. C'était vraiment proche, comme si cette chose était juste à côté de la maison. C'est un hurlement atroce, comme un cri de douleur mélangé à de la rage. Cela ressemble vaguement à un loup, j'ai donc dit au gars que c'était sûrement ça. Mais honnêtement, j'en doute fort... C'est vraiment très profond et unique... Comme si ça venait du fin fond des enfers.

J'ai placé des pièges juste à côté de la maison avec des appâts. On va voir ce que ça donne.

Arbres coupés : 184

Semaine 20 09-SEPTEMBRE-1957 / 15-SEPTEMBRE-1957

Chef Riley : Semaine calme. Mais les gars manquent de concentration et commencent à être paranos. Cela favorise les accidents, Logan a failli se prendre un arbre en pleine tronche parce qu'il avait vu du mouvement dans les bois. Soi-disant...

Arbres coupés : 192

Semaine 21 16-SEPTEMBRE-1957 / 22-SEPTEMBRE-1957

Chef Riley : R.A.S Les chaleurs diminuent.

Arbes coupés : 201

Semaine 22 23-SEPTEMBRE-1957 / 29-SEPTEMBRE-1957

Chef Riley : J'ai cru réentendre le cri, au loin, très loin. Mais les gars n'ont rien entendu. Ils se sentent de plus en plus seuls. J'ai même surpris Noah et Felix en train de faire des trucs pas très catholiques dans les bois... Je dois me sentir seul aussi pour écrire ce genre de trucs là-dedans. Je peux pas montrer aux autres que j'ai des doutes, sinon ils vont paniquer.

Mais j'ai un mauvais pressentiment. Toute cette histoire put vraiment la merde. Que Dieu nous protège, plus que 3 semaines.

Arbres coupés : 195

Semaine 23 30-SEPTEMBRE-1957 / 06-OCTOBRE-1957

La seule route empruntable pour venir ici a été complètement bouchée. Un éboulement des montagnes qui a tout emporté sur son passage selon le centre. Ils pensent pouvoir rendre le tout accessible avant la fin de la mission.

On continue le boulot et on a reçu une nouvelle cargaison de nourriture. Les températures baissent drastiquement ces derniers jours, l'hiver va être terrible cette année.

Arbres coupés : 208

Semaine 24 07-OCTOBRE-1957 / 13-OCTOBRE-1957

De la neige. Il ne manquait plus que ça... Et beaucoup en plus ! Le centre m'a dit que la route continue d'être dégagée, mais que ça va prendre plus de temps que prévu. On va être payés à continuer le travail, mais on aimerait bien rentrer. Je vais demander si on ne peut pas être évacué par hélicoptère si vraiment la route n'est pas praticable.

C'est difficile de travailler avec toute cette neige, mais on essaye de continuer tout de même. En plus maintenant on a besoin de bois pour nous chauffer.

Arbres coupés : 124

Semaine 25 14-OCTOBRE-1957 / 16-OCTOBRE-1957

On a un gros problème. Il y a une énorme tempête depuis 4 jours. Un véritable blizzard. On voit pas à 10 mètres, alors hors de question de travailler. Ni même de sortir dehors d'ailleurs !

Les travaux de la route ont été arrêtés eux aussi. On devrait avoir un ravitaillement quand le temps sera plus clément et je négocie pour pouvoir rentrer par hélicoptère, mais le centre veut qu'on s'occupe des allers retour de la cargaison une fois la route libérée, donc qu'on soit sur place. Les gars gueulent, et je les comprends.

Arbres coupés : 43

FIN DE MISSION

17 Octobre (Jour 1)

Ce journal n'est pas vraiment fait pour ça, mais je dois garder une trace écrite. Déjà pour ma propre santé mentale, et aussi pour que le centre comprenne bien la merde dans laquelle on était une fois qu'on sera sorti (en espérant avoir une prime).

Le blizzard ne s'arrête toujours pas, j'ai jamais vu ça. À croire que les dieux sont contre nous. Pour le moment on a encore de la nourriture, on essaye de ne pas trop manger. De toute manière cette foutue tempête ne devrait pas durer des mois !

19 octobre ( Jour 3)

Avec des vents pareils, ce qui devait arriver est arrivé. La communication a été coupée avec le centre. On s'est concerté avec les gars et on n'a pas le choix, on doit aller réparer le câble. Sinon, pas de nouvelles du centre et pas d'informations sur une éventuelle évacuation. Et s'ils croient qu'on est mort, ils ne vont pas se presser pour venir nous chercher !

On va suivre le câble jusqu'à trouver d'où vient le problème. Si on a de la chance, il est tout près. Sinon... On va emporter les tentes et des rations pour camper sur place dans le blizzard. Si jamais ce sont les derniers mots du journal, vous savez comment nous sommes morts.

22 Octobre (Jour 6 je crois)

Je ne sais pas par quoi commencer. On a trouvé le câble, et il avait été comme sectionné. Beaucoup trop net pour que ce soit un arbre qui l'ait arraché.

Et encore, s'il n'y avait que ça... On a perdu la moitié de l'équipe dans le blizzard. Felix, Benjamen, Logan et Noah qui avait le fusil. Je comprends toujours pas comment c'est possible, on était attaché à une corde ! Mais elle a été comme sectionnée elle aussi. Quel foutoire ! Elle s'est coupée entre Michael et Felix... Et vu l'état de Michael, j'ai peur que ce soit lui qui ai fait le coup. Je dois le garder à l'œil.

Il tremble en permanence. Ses yeux se baladent dans tous les sens. Il n'ose même plus parler à moi ou aux autres.

Mon Dieu, faites que les gars rentrent sain et saufs.

Jour 10

C'est de la folie.

Il y a eu à nouveau ce cri. Celui de la bête. Juste devant la porte. On s'est réveillé tous les 4 en sursaut et elle a frappé, encore, et encore, et encore. J'ai plongé contre la porte pour l'empêcher de rentrer puis Michael m'a foncé dessus en hurlant des trucs à propos de Wendigos. Il m'a planté dans l'épaule avec son cannif cet enfoiré !

William et Alexandre lui ont sauté dessus avant qu'il ne recommence. Ça fait un mal de chien, mais c'est supportable avec les antidouleurs. On l'a ligoté et il nous hurle dessus depuis. Quant à la bête, elle s'est enfuie...

Michael dit que c'est un Wendigos. J'aimerais dire que je ne le crois pas, mais après ce qu'il s'est passé cette nuit... Quelle bestiole pourrait frapper contre la porte ?! À part peut-être un élan qui essayait de l'enfoncer avec ses bois, mais ça n'a aucun putain de sens !

La tempête se calme un peu par moment, mais pas de quoi se réjouir. On n'a plus beaucoup de nourriture qui plus est. On a faim.

Jour 11

Je me suis renseigné à propos des Wendigos. Les gars du ravitaillement avaient mis beaucoup de livres dans le dernier largage. Et l'un d'eux parle des légendes Amérindienne. Dont le Wendigos.

Les hommes qui se perdent dans les bois l'hiver et qui sont obligés de devenir cannibales pour survivre se transformeraient en Wendigos selon les Amérindiens. Une créature de 3 mètres super rapide, à la chaire grise et à moitié décomposée. À la place de la tête il a un crâne d'animal et parfois des bois de cerfs... J'aimerais pas croiser une saloperie pareille. Surtout qu'elle bouffe les hommes selon la légende.

Je veux dire, je sais bien que c'est des conneries. Ça se saurait si une bestiole pareille existait. Mais... Je vois plus d'autre explication ? Qui aurait pu couper le câble et essayer d'enfoncer la porte ? C'est du délire ! Et Noah qui avait le fusils...

J'aimerais espérer qu'ils soient encore en vie. Mais perdus dans le blizzard depuis 5 jours sans nourriture, c'est peu probable. Je vois déjà leurs familles pleurer dans mes cauchemars. Et le pire, c'est que quelque part, je suis soulagé qu'ils aient disparus. On n'a déjà plus vraiment beaucoup de nourriture pour 4, alors pour 8...

William s'est mis à pleurer en pleine nuit quand nous dormions. Enfin, qu'on essayait en tout cas. Il doit penser à ses deux gamins. J'ai de la chance dans mon malheur, j'ai pas de femme ni d'enfant qui m'attendent. Alexandre a une copine lui aussi, une petite blonde adorable, je les avais croisés avant notre départ en mission un soir dans un bar. Et je veux même pas parler de Michael. On a dû le bâillonner pour qu'il arrête de hurler à la mort. Même avec les cordes vocales complètement flingués il continuait d'ouvrir la bouche en poussant des petits cris. Au bout d'un temps, il n'y avait que des râles qui sortaient de sa gorge, comme un véritable animal enragé.

Les gars disent qu'on devrait le... laisser dehors pour économiser de la nourriture. Je comprends leur point de vue, mais en tant que chef, je peux pas laisser un de mes hommes mourir... Surtout maintenant qu'on n'est plus que 4. Je le connais pas trop, mais il a peut-être une femme et des gosses aussi. La nuit porte conseil, on verra demain.

Jour 12

Un putain de miracle.

Ils sont revenus. Les 4 ! Après une semaine... Des gueules d'enterrement et des engelures de partout, mais en vie ! Et avec le fusils !

Ils parlent vraiment très peu, comme si même leurs langues était gelée. De ce que j'ai compris, ils ont trouvé un village en ruine où s'abriter avec des boites de conserve... J'ai ressorti la carte, et c'est écrit nulle part qu'il y a un village dans les environs. Je ne vois pas pourquoi ils mentiraient, mais c'est étrange. Je ne sais pas, je sens qu'ils me cachent quelque chose. Ils ont sauté sur la bouffe, on a presque dû les assommer pour les empêcher de finir les restes. Et ce foutu blizzard qui n'en finit pas...

Un miracle qui va nous coûter la vie à tous. J'aurais préféré qu'ils ne reviennent pas. Dieu pardonne moi pour ces mots, mais je pense qu'il vaut mieux qu'on soit 4 à survivre plutôt que 8 à mourir.

On verra bien.

Jour 13

La bête est revenue. Ce Wendigo, ou peu importe ce que c'est réellement. Elle a de nouveau essayé d'enfoncer la porte. Les 4 revenants hurlaient de peur et criaient son nom. Je suis le seul qui ne connaissait pas cette légende avant de l'avoir lu dans le livre ?

J'ai pris les choses en main. Et quand je dis « les choses », je parle du fusil. J'ai tiré dans la porte et la chose a lancé un hurlement démoniaque qui nous a tous glacé le sang. Elle a foncé une nouvelle fois et ces bois ont traversé l'entrée ! Des énormes bois de cerfs. J'ai tiré un 2ème coup et en reculant pour s'enfuir, elle a carrément arraché la porte !

Je n'ai pas pu bien la voir dans l'obscurité avec la tempête. Mais ce n'était pas un loup, ni un cerf, ni quoi que ce soit que Dieu ait crée. Elle devait faire 3 mètres de haut avec ses immenses bois sur lesquels était empalée la porte. Juste en dessous se trouvait un crâne d'animal blanc comme la neige, et dans les orbites logeaient 2 lueurs tout aussi blanches. Pas un blanc de paix ou de calme. Un blanc démoniaque, qui n'aspire qu'à répandre la souffrance.

Un corps élancé avec de longs membres gris... Difficile d'en dire plus dans l'obscurité.

Quand ces deux « yeux » ont croisé mon regard, j'ai senti quelque chose. Comme si elle essayait de me pénétrer. J'ai sus à cet instant que ce démon était envoyé par le diable et allait essayer de m'éloigner de ma foi. Et je comptais bien la défendre quand j'ai commencé à recharger le fusil. Mais le monstre s'est enfui... emportant notre porte au passage.

Pas de communication. Michael attaché. Les 4 revenants ont les yeux exorbités et se grattent la peau jusqu'au sang. Et les 2 autres sont persuadés qu'on va tous mourir.

J'ai passé le reste de la nuit à monter la garde. J'ai cru voir ses yeux, au fond de l'obscurité. Peut-être était-ce la neige. Peut-être m'observait-elle.

Jour 15

Quand je suis revenu avec un chevreuil cet après-midi. Je suis tombé sur une scène d'horreur. Quelque chose que je n'aurais jamais pensé observer dans ma vie...

J'ai été trop occupé pour écrire hier. On n'a plus de nourriture, et vu que je suis le seul encore à peu près saint d'esprit, je dois chasser. Je pourrais leur demander de m'accompagner, mais je ne suis même pas sûr qu'ils me suivraient. Et puis c'est moi leur chef. Leur berger. Je dois être prêt à me sacrifier pour mon troupeau.

Et quand je suis rentré, les 4 survivants du blizzard étaient... J'ai envie de vomir rien qu'en repensant à la scène. Le pire était l'odeur. Cela puait littéralement la mort. Dès que je suis rentré, rien qu'avec mon odorat, je savais qu'il y avait un cadavre à l'intérieur. Mais jamais ne l'aurais pensé que ce soit celui de Michael.

Les 4 gars étaient autour. Tels des animaux, ils plongeaient leurs mains dans la charogne. Le sang noir du corps de leur camarade recouvrait leurs mains et leur bouche. Ces malades étaient en train de le bouffer ! Les muscles, les tripes, tout était ouvert et déchiqueté !

Je me suis tourné vers William et Alexandre, n'en croyant pas mes yeux. Ils étaient dans un coin, un couteau pointé vers les autres, complètement tétanisés.

« AIDE-NOUS RILEY ! » qu'ils ont hurlé.

Les ongles de mes camarades bûcherons cannibales étaient longs. On avait tous les ongles longs et noirs, mais eux encore plus. Ils pouvaient les planter dans la chair pour l'ouvrir comme s'il s'agissait de griffes. Leurs dents semblaient plus aiguisées aussi. Des putains d'animaux, voilà ce que c'était.

Et quand Felix s'est tourné vers moi. Je l'ai vu dans ses yeux. JE JURE DEVANT DIEU que je l'ai vu. Une lueur, la même que celle du démon de l'autre nuit.

J'ai pas réfléchi. J'aurais peut-être dû. Mais j'ai senti dans son regard comme une force me traverser. Comme s'il pénétrait mon âme et mon esprit. J'ai su que si j'attendais une seconde de plus, ce n'était pas mon esprit que ses griffes allaient pénétrer.

J'ai tiré. Dans sa tête. À 5 mètres. Ça a explosé comme une putain de pastèque. Le sang a giclé sur les autres qui se sont comme réveillés. Une expression d'horreur est apparue sur leurs visages ensanglantés quand ils ont observé le corps de Felix tombé au sol, la tête transformée en charpie.

Ils ont tous reculé. Leurs yeux étaient redevenus normaux. Une seconde plus tôt, c'étaient des prédateurs. Et les voilà qui s'étaient transformés en petits animaux chétifs devant la puissance de mon fusil et de ma foi.

J'ai demandé des explications. Ils m'ont expliqué comment ils ont réellement survécu au blizzard. Ils ont bel et bien trouvé un petit village. Mais ce qu'ils ont avalé, c'est des restes des habitants... J'ai relu cette histoire de Wendigos. Et la légende dit vrai. Ils ne sont plus capables de se contrôler. Et ce démon a essayé plusieurs fois de rentrer dans mon esprit aussi, comme l'explique le bouquin.

J'ai enterré les deux corps pas très loin du campement. Les 3 cannibales, je les ai ligotés et bâillonnés. Dans le doute, j'ai même couvert leurs yeux. J'ai aussi mis des planches de bois pour servir de porte, au moins temporairement.

Et cette tempête qui n'en finit pas...

Désolé Félix. Désolé Michael.

Je vais essayer de sauver les autres.

Jour 16

Je me suis endormi pendant ma garde. C'est le bruit de mon ventre qui m'a réveillé. Au moins on ne manque pas d'eau avec cette neige. Mais la fatigue commence à me peser. Le problème c'est que je ne fais plus confiance à personne. J'ai l'horrible impression que l'un d'entre eux va venir me bouffer dans mon sommeil. Et mon sommeil rempli de cauchemars ne m'aide pas vraiment à me reposer...

Quand j'ai donné à boire aux 3 fous, ils ont tous essayé de me mordre. Ils ne parlent même plus. Les seules choses qui sortent de leur bouche, c'est des grognements ou de la bave. Comme un chien qui a la rage, je pense de plus en plus à les piquer. C'est horrible d'en arriver là... Mais... Je ne vois plus d'autres solutions. J'ai peur qu'ils arrivent à se libérer... Ou qu'il se passe... Autre chose.

Sans grande surprise, les 2 tombes que j'ai creusées ont été pillées. Les traces de pas de ce monstre sont gigantesques... J'ai trouvé les restes un peu plus loin. Si je ne savais pas ce que c'était, j'aurais eu du mal pour les différencier d'une charogne de caribou.

J'ai besoin de sommeil.

Jour 17

J'avais réussi à faire partir l'odeur de cadavre de la maison. Alexandre l'avait nettoyée pour retirer tout le sang. Mais quand je me suis réveillé ce matin, l'odeur était revenue. J'ai observé nos anciens camarades prisonniers... Et je ne sais pas comment décrire ça, car même moi j'ai du mal à y croire.

Ils sont en train de se putréfier. Leur peau devient toute craquelée et jaune, grise à certains endroits. Il y a du pu qui sort de leur corps, et ils ont des doigts comme gangrénés, prêts à tomber. J'aperçois leurs muscles à vif, notamment au niveau des bras et des jambes. C'est atroce.

Mais ils sont bien vivants, je le confirme ! Ces chiens essayent de me mordre dès que je leur retire leur bâillon.

Alexandre et William ne disent plus rien. Ils m'observent, en silence. Dès que j'essaye de leur parler, ils tournent le regard, honteux. J'ai même aperçu Alex se cogner le crâne contre le mur cette nuit en marmonnant des trucs dans son épaisse et longue barbe.

Je ne sais plus quoi faire.

18 Jours

J'ai relu ce livre sur les légendes et mythes des Amérindiens. Encore. Les 3 prisonniers se transforment en Wendigo, je n'ai plus aucun doute. Aussi improbable que ce soit, c'est pourtant en train d'arriver.

Cette nuit, j'ai... fait un rêve. J'ai ressenti quelque chose. Pendant un instant, mon esprit ne m'appartenait plus. J'étais encore dedans, mais ne contrôlait absolument plus mes pensées, ni mes émotions ou mes besoins. Quand c'est arrivé, ce qui possédait mon esprit hurlait intérieurement. Une haine et une tristesse si profonde qu'elle m'a touchée. Cette chose est en manque. Pas un manque comme de la soif. Non, en manque de drogue, mais 100 fois pire. Et elle essayait de m'utiliser pour ne plus ressentir ce besoin. Je l'ai sentie me ronger, prendre possession de moi, grignoter chaque parcelle de mon âme pour la contrôler. Mais j'ai repensé à toi. Dieu. À ton fils, mort pour nos péchés. Une lumière est apparue et j'ai réussi à chasser l'esprit malin qui s'était emparé de moi grâce à la force de ma foi !

Dans le livre, ils expliquent que les Wendigos peuvent pénétrer notre esprit pendant notre sommeil, quand nous sommes faibles. J'en ai parlé à William et Alexandre, mais ils se sont contentés de détourner le regard, avec un mélange de honte et de haine.

Ils sont plus faibles que moi. Ils ont déjà succombé.

Nos ventres font un vrai vacarme. Un véritable orchestre. J'en peux plus, mais si je vais chasser, Dieu sait qui je vais retrouver en vie quand je reviendrais... Si je reviens.

Dieu, je t'en supplie, viens moi en aide.

21 jours (il me semble)

Les jours passent et se ressemblent. C'est une épreuve que Dieu m'envoie. Et je la surmonterai.

Je la surmonterai.

+ ? jours.

La peau de leurs visages est noircie. J'aperçois leurs crânes tâchés par le péché. Et pourtant, Dieu sait comment, ils bougent encore. Ils continuent même de grogner. Ce sont des cadavres ! Des cadavres qui bougent et qui grognent !

Si quelqu'un trouve ce livre un jour, sachez que tout ce que je dis est la stricte vérité. Même moi j'ai du mal à croire ce que j'écris. Mais notre Seigneur doit avoir des réponses à toute cette folie, j'en suis certain !

Des poils poussent sur leur peau desséchée. Des poils gris, comme ceux d'un loup. Ils ne mangent plus depuis un moment, mais là, c'est même leur soif qui a disparu. J'écris ça à midi, pour peser le pour et le contre de les tuer. Mais en écrivant ces lignes, la réponse est évidente.

William et Alexandre bavent quand ils m'observent. Leur lueur d'humanité est en train de vasciller. Je leur récite des versets de la Bible, mais je doute que ce soit suffisant. Je vais les attacher dans leur sommeil. Peut-être puis-je les sauver ?

C'est fait.

Ce qui me manque le plus, c'est les bains chauds. Dans une vraie baignoire et pas dans une bassine en tout cas. Vivement que je coupe mes ongles et mes poils. Ma peau est tellement sale qu'elle me démange de partout et que je peux retirer la crasser au couteau. Au moins ça m'occupe.

Un bon steak. Un ragout de lapin. Une escalope. Une soupe. Du gigot d'agneau. Avec des pommes de terre. Et des carottes. Puis des gâteaux. Au chocolat. Des poires, des pommes, des fraises, des bananes. Une bonne bière bien fraiche. Un bon steak. Au barbecue.

J'ai faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim. Faim.

Je ne sais plus si je rêve. Ou si je suis éveillé. Je suis entre les deux. Je n'arrive plus à faire la différence...

Aidez-moi.

Notre père, qui est aux cieux.

Que ton nom soit sanctifié.

Que ton règne vienne,

Que ta volonté soit faite, sur la terre, comme au ciel.

Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour

Pardonne-nous nos offenses,

Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

Et ne nous laissez pas entrer en tentation.

MAIS DÉLIVRE-NOUS DU MAL.

Amen.

Jour ???

La tempête s'est calmée. J'entends l'hélicoptère au loin. Le son de la liberté.

Je vais enfin pouvoir partir.

Enfin.

Loin de ce monstre.

Enfin.

Je l'entends.

Il approche.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Maël Guinot ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0