10 Août 1940

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J'ai assez pleuré. Pleurer sur mon sort, sur le fait d'être attiré par un allemand, sur la morale, sur Thomas qui serait le choix de la raison. J'ai assez pleuré et je n'en peux plus. Déjà parce que j'ai la migraine et enfin, je n'ai plus la force. Il fallait que les larmes sortent et que mon corps relâche la tension. Je passe donc à autre chose et je balaye devant la porte de mon cœur.

[...]

Thomas est venue me chercher. Il est arrivé directement sur son cheval tenant les rênes de ma monture dans sa main. Le cheval ne m'impressionne pas vu qu'on en a aussi pour les travaux de la ferme. Ils servent pour les travaux quotidiens, contrairement à Thomas qui s'en sert pour le plaisir. Je récupérais le laisser-passer avec Thomas qui les avait eu avec son père. Le fait qu'il soit maire a quelques avantages. Ici, les allemands nous connaissent vu que nous les hébergeons donc je n'ai pas besoin de prendre le Ausweis. Mais ailleurs, c'est une autre histoire dès qu'il faut s'aventurer un peu plus loin que les limites du village. Aujourd'hui, je ne savais pas où Thomas m'emmenait. J'avais prévenu mes parents que je ne serai pas là de l'après-midi et ils ont été ravi quand je leur ai dit de savoir que c'est Thomas qui me sortait. Ils ont une confiance aveugle en lui et je trouve ça un peu dangereux. Il pourrait me rendre heureuse ou malheureuse que ça les rendrait joyeux car Thomas vient de ce qu'ils considèrent d'une bonne famille. En revanche, si je leur dis que Martin m'a invité à danser, alors là, ils lui déclareraient la guerre ! Ce n'est pas très juste !

Je suis montée sans difficulté sur le cheval et nous saluèrent mes parents en passant devant eux dans les champs, puis nous sommes partis au galop sur la route. Cela me fit un bien fou ! Enfin, notre course fut ralenti par tous les barrages allemands que nous avons rencontrés sur le chemin. Je ne pensais pas qu'il y en avait autant... Heureusement que nous avions nos laisser-passer. Mais ils furent beaucoup moins agréable que le contingent que nous avons à la ferme.

Thomas m'a amené au Lac du Puit. Je n'y suis allée que rarement. J'étais très contente d'y être ! On mit les chevaux à paître un peu plus loin et on se posa à l'ombre d'un arbre. L'air du lac nous apportait un peu de fraicheur. Cela faisait beaucoup de bien. Thomas fut très agréable. Nous avons bien rigolé dans un premier temps. Il a une étrange capacité à être détendu lorsque nous sommes simplement tous les deux, alors qu'il est dans la représentation constante en société. Lorsque je lui fis remarquer, il m'informa que c'est parce que son père lui met une énorme pression sur les épaules. Il veut qu'il suive ses pas et qu'il entre en politique, mais ça n'a pas l'air d'être son envie. Il a l'air d'avoir une vie toute tracée. Je trouve ça bien dommage qu'il ne puisse pas faire ce qu'il a vraiment envie et ce qu'il le rende heureux. En espérant que la situation politique de la France se calme, j'espère que nous pourrons faire un métier qui nous rende heureux... je subie aussi mon lot de questions sur mon avenir autant professionnelle que personnelle. Il dut se contenter de quelques silences et interrogations de ma part vu que je n'avais pas moi-même les réponses à mes questions. Je sais juste que j'envisage si mes parents me le permettent de faire des études pour devenir institutrice. Mais tellement de choses peuvent changer entre temps !

Le lac me tendait les bras depuis un bon moment quand je me relevais et enlevais mes chaussures. Je pris le bas de ma robe que je coinçais dans ma ceinture. Cela me servit à grand chose après, même si j'avais espérer qu'elle ne serait pas totalement mouillée. J'entrais dans l'eau fraiche du lac ! Un délice ! Thomas était resté sur la rive se demandant quelle mouche m'avait piqué. Je frappais l'eau d'un coup de pied pour l'éclabousser un peu. Il n'allait pas fondre avec un peu d'eau sur lui ! J'étais sure qu'il se détendrait ensuite, et ça n'a pas loupé !!!! Après l'étonnement, il entra lui aussi dans l'eau. Une bataille d'eau s'ensuivit ! Nos rires s'apparentèrent à ceux d'enfants : simples, sincères et cristallins. Je souris encore en écrivant ces mots. Ce qui au départ était de simples gouttelettes finit par devenir de vraies vagues ! Nous sortîmes de l'eau totalement trempés, et nous allongeâmes dans l'herbe pour laisser le soleil sécher nos vêtements. Nous allions pas nous mettre en sous-vêtements l'un devant l'autre. Le soleil brûlant du mois d'aout caressait nos peaux rafraichies, ce qui était très appréciable. Nous étions côte à côte allongés dans l'herbe et nous nous regardions encore en riant.

  • je ne savais pas que tu savais faire des choses spontanées, Thomas.

J'avais décidée de le taquiner un peu et bien (ou mal) m'en a pris. Il rira encore, et s'approcha doucement de moi pour enfin m'embrasser. Un simple baiser, ses lèvres collées sur les miennes. Doux, touchant. J'étais un peu étonnée, et puis, pas tant que ça non plus. Je n'ai pas arrêté de lui envoyer des signaux contradictoires ces derniers temps... Ce n'était au final qu'une question de temps. Penché au dessus de moi, il attendit une réaction, et je lui ai souri tendrement. Je passais un bon moment avec lui et je voulais qu'il continue.

Mon premier baiser avec un garçon.

Je pris la nuque de Thomas et l'attirais vers mes lèvres où cette fois-ci, je répondis à ses baisers avec plus de ferveur. Je ne sais pas ce que j'attendais, pas grand chose puisque je ne savais pas comment embrasser. Personne ne m'avait appris. Thomas se débrouillait pas trop mal et je me laissais guider. Je ne sais pas si Thomas était aussi innocent que moi, mais si ce n'était pas le cas, il n'en fit aucune mention. Je me gardais bien de mon côté de lui dire qu'il était mon premier, même si je savais qu'il s'en doutait. Il ne fit aucun commentaire sur mon inexpérience et je l'en remercie encore ! Thomas en plus d'être spontanée se fit aventurier, il osa glisser sa langue avec la mienne. Ce qui décréta que nos baisers n'étaient pas qu'anodins. Il s'en tint là, n'osant pas me toucher le corps mais cela suffit pour l'après-midi que nous avons passés ensemble. Nous sommes restés un petit moment à simplement nous embrasser. Personne n'était là pour nous dire quoi faire, que faire et comment le faire, et bien sur, personne n'était là pour nous juger. Juste nous deux, à profiter de notre liberté et du moment présent. Nous ne parlions même plus. Nous n'en éprouvions même pas le besoin.

Le retour à la ferme se passa bien jusqu'au moment où nous avons réalisés que nous étions revenus à la réalité : mes parents, les allemands, Martin. Thomas m'aida à descendre de cheval. Quand je glissais de la selle, je tombais dans ses bras. Il me vola un baiser au passage. Devant autant de spectateurs, j'eus un mouvement de recul. Il m'accompagna jusqu'à la porte d'entrée. Ma mère voulut qu'il mange avec nous, mais il ne put rester. Thomas m'embrassa sur la joue avant de partir. Je n'eus pas vraiment le temps de penser aux conséquences car maman m'appelait pour aller servir les allemands. Je croisais Martin à l'entrée de la grange, qui ne m'accorda aucun regard. L'incident des lettres étaient trop récent. Cependant quand je sortis après avoir déposé le plat, il m'assassina d'une phrase :

-  j'espère que vous serez heureux.

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