Partie 1

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J’ouvris les yeux. L’inconnu s’étendait devant moi. J’étais déjà sortie du château et ses alentours ne ressemblaient pas à cela. Sous mes pieds, une prairie immense s’étalait à perte de vue. Son herbe tendre brillait d’un vert presque trop prononcé tandis que le ciel bleu annonçait une belle journée.

Ce n’est pas mon monde.

Cette certitude me vrilla les entrailles et je cherchai des yeux le seul homme qui puisse m’aider.

— Soane ? appelai-je, sans obtenir de réponse.

À l’entour, je ne voyais que de l’herbe et aucune trace de mon frangin. Bartohl nous avait fait jurer de ne pas nous séparer. Voilà qui était bien commencé.

Soudain, un grondement retentit dans la plaine. Aucun nuage à l’horizon ne présumait d’un orage. Je m’assis pour tenter de comprendre ce qu’il se passait. Plus bas dans la prairie, des chevaux galopaient dans ma direction. Le martèlement de leurs puissants sabots faisait trembler la terre.

Étant seule, je supposai que je ne devais pas être là. Je bondis sur mes pieds, prête à fuir la menace des cavaliers. Je regardai autour de moi, mais je ne savais pas où aller. La forêt semblait trop loin pour que je puisse l’atteindre. Un coup d’œil aux guerriers – je voyais leurs lances briller au soleil – me fit abandonner tout espoir de leur échapper. D’un bras tendu vers moi, le premier cavalier prouva ce que je craignais : ils m’avaient déjà remarquée.

Les chevaux profitèrent de mes réflexions pour dévorer la distance qui nous séparait. Bientôt, ils furent sur moi et m’encerclèrent de leurs poitrails rutilants de sueur. Leur odeur me submergea et me plongea dans les souvenirs de la vieille jument dans l’écurie du château. Une mauvaise bête tout à fait attachante.

— Qui es-tu et que fais-tu là ?

Je levai les yeux vers les inconnus. Cinq cavaliers me surveillaient de près, armes brandies. Sept autres se tenaient à l’écart, dont deux qui entouraient le dernier homme, jetant des coups d’œil autour d’eux, prêts à dégainer. Je devinai à leur manège, aux vêtements de ce treizième personnage et à la beauté de son étalon, qu’il s’agissait de quelqu’un d’important. C’était lui qui déciderait si l’on devait me tuer ou non.

Naturellement, ce fut donc vers lui que mon regard se porta. Cela ne fut pas au goût du garde qui attendait mes réponses ; d’une légère pression des mollets, il fit faire un pas à sa monture et posa le bout de sa lance sur mon cou.

— Parle ! gueuse, siffla-t-il.

Je le fusillai du regard, n’appréciant guère ses insultes injustifiées. Je retins de peu l’insolence qui me brûlait les lèvres. Son visage sévère me laissait croire qu’il n’en rirait pas et pourrait me la faire regretter. D’ailleurs, il n’était pas patient non plus. Lassé d’attendre que je daigne répondre, il appuya sa lance sur ma peau et y fit perler quelques gouttes de sang.

— Je m’appelle Eve-Lyne et… je me promène, tentai-je, sans grande conviction.

— Sur les terres du roi ? s’insurgea-t-il.

— Je me suis perdue.

Un silence pesant s’installa dans la plaine seulement dérangé par les respirations des chevaux. Je ne savais pas quoi dire pour me défendre sans connaître le mal dont j’étais accusée. Cette absence de réaction me laissa perplexe. Était-ce un crime de se perdre ? Allais-je être tuée pour cela ? Je frissonnai malgré la chaleur. Bartohl ne nous avait pas dit si, dans les livres, notre mort était réelle ou non. Il n’avait parlé que de l’équipe que nous formions, mon frère et moi, mais Soane n’était pas là pour me sauver.

— Il n’y a aucune Eve-Lyne sur ces terres.

— Parce que vous connaissez tous les gens du royaume peut-être ? rétorquai-je, agacée.

La réprimande fusa. D’un coup sec, le garde releva sa lance et traça une ligne brûlante sur ma joue. Je portai ma main à mon visage, choquée. C’était bel et bien mon sang qui suintait entre mes doigts. La douleur humidifia mes yeux, mais je la contins en serrant les poings, le ventre tordu par la colère et la peur mêlées. Bartohl m’avait mise en garde : l’insolence était punie, jamais récompensée.

— Cesse d’essayer de nous tromper et avoue ! réclama-t-il, menaçant. Qu’as-tu fait de la sorcière ? Pourquoi l’aides-tu ?

Je restai bouche bée. Une sorcière ? De quoi parlait-il ? Sous la menace de toutes ces lances, j’en vins à trembler. Il me sembla les voir approcher, rétrécir encore le peu d’espace auquel j’avais droit. La peur me jouait des tours et je clignai plusieurs fois des yeux pour essayer de me remettre les idées en place.

— L-la sor-sorcière ? bégayai-je.

D’un regard, je cherchai du soutien auprès du véritable chef qui nous observait de loin. Ses yeux ne me renvoyèrent que de la haine et le rictus à ses lèvres, du mépris. J’allais mourir pour une faute que je n’avais pas commise. C’était injuste et ridicule.

— Je n’ai vu personne.

— La sorcière s’est enfuie par ici. Tu l’as forcément vue.

— Je suis perdue. Si j’avais vu quelqu’un, je lui aurais demandé le chemin.

Je vis dans le regard du garde qu’il était prêt à me frapper à nouveau, mais il fut interrompu par un claquement de langue dédaigneux venu de son supérieur.

— C’est une perte de temps. Attachez-la, ordonna ce dernier. Emmenez-la au château. Peut-être que sa langue se déliera sous la torture.

Une grimace déforma ses traits – ce que je devinai être un sourire satisfait – puis le chef fit pivoter son étalon et partit au galop. Les gardes ne tardèrent pas à sortir une corde, m’attacher les mains et me traîner derrière leurs chevaux. Je ne protestai pas. Qu’aurais-je pu faire, de toute façon ? Même si j’arrivais à m’échapper, je n’irais pas loin à pied contre leurs puissantes montures. La plaine s’étendait à perte de vue et les arbres étaient trop éloignés pour que j’ai le temps de les atteindre avant qu’ils ne me rattrapent. Le mieux restait de suivre gentiment les gardes armés.

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