Une dernière bouffée 

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À la voix de l’infirmière, Jérôme comprit. Le coeur serré, haletant, il pénétra donc dans la chambre de son père ce soir-là. En le voyant, ce dernier tendit son bras un instant, avant de le reposer d'un geste las contre la rambarde du lit. L’infirmière présente à ses côtés lui signala qu’elle s’éclipsait, laissant les deux hommes seuls pour partager un dernier moment.

Celui-ci fût de ceux trop intenses pour être évoqués et trop beaux pour être racontés. Il n’y eut pas de larmes. Les rires ne fusèrent pas non plus. Les secrets, eux, restèrent bien gardés. Martin, avant de mourir, demanda simplement à Jérôme de rester l'homme fort et honnête qu’il avait toujours été. Puis, il lui offrit sa pipe et lui demanda d’aller la fumer sur le balcon 12. Ce dernier se situait juste en face de sa chambre. Avant, Martin avait l’habitude de s’y rendre chaque matin, mais depuis un mois, Jérôme lui avait fait goûter une drogue bien plus forte. Peut-être s’était-elle avérée encore plus destructrice aussi…

Martin avait aimé. Il avait ressenti des sentiments à travers cet écran mais ceux-ci n'avaient pas duré bien longtemps. Martin était d’une autre époque. Celle de ceux qui doivent sentir vivre la personne à leur côté pour exister avec elle. Intérieurement, il savait qu’il ne reverrait jamais Suzanne comme il avait envie de la revoir. Il avait alors pensé qu’au paradis, il serait enfin comblé. Doucement, il avait cessé de sortir, s’alimentait maigrement. Qu’est-ce qui retenait au final ? Son fils faisait sa vie. Il n’était pas venu le voir depuis plusieurs semaines. Les infirmières, elles, auraient pu lui redonner le sourire, mais il n’aurait jamais était plus heureux qu’avec une vraie personne qu'il aimait comme Elle.

La discussion entre les deux hommes ne dura pas bien longtemps. Un bruit strident résonna dans la pièce. Plusieurs infirmières accoururent. Jérôme sortit de la chambre et alla sur le balcon. Il y faisait froid. Il alluma la pipe et la fuma. Son regard parfois partait dans le vague. Ses yeux ne lâchaient pas une larme. Quand il eut fini, il rentra au chaud, sa pipe toujours à la main. Il la ramènerait comme telle chez lui et irait se coucher. Il rentrerait vite, il ne voulait plus penser à l’hôpital, à son père, aux dernières semaines. Il enverrait un mot à Sylvain pour s’excuser puis lui proposerait de l’argent pour se racheter.

Jérôme marchait d’un pas rapide vers la sortie. Mais alors qu’il l’atteignait presque, il bouscula soudain une dame qui se trouvait sur son passage et renversa du même coup sur elle le contenu de sa pipe.

  • Pardon. s’excusa -t’-il mollement avant de continuer sa route sans trop y faire attention.
  • Ah non ! C’est trop facile ça, l’interpella-t-elle. Nan mais regardez mon pull beige, c’est de la marque ! Il est foutu maintenant, qui va payer la note ? Ça sera certainement pas moi mon jeune ami ! Pour qui vous pren…
  • Je vous rembourserai, la coupa alors Jérôme, trop abruti par les derniers évènements pour faire face à la situation.

Il fouilla vivement dans ses poches et en sortit un petit carnet sur lequel pendait un stylo. Puis il se retourna vers la femme.

  • Je vous ferai parvenir la somme. À quel nom dois-je mettre la note ?

D’un ton alors fier, l’air hautain, la vieille dame qui lui faisait face le dévisagea un instant avant de répondre :

  • Au nom de Marat, Suzanne Marat. Avec un « t » à la fin.

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