Jour 1 - Psychologue et Cocaïne

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"- Ça doit être difficile de vivre comme ça"

Je soupire.

"-oui..."

J'en aie mare de répondre toujours la même chose à ses mêmes affirmations débiles. Plus je discute avec elle, mois j'ai confiance en l'aide qu'elle peut m'apporter.

"- Qu'est-ce que je peux faire ?"

Je ris jaune intérieurement. C'est elle la pro, c'est à elle de me dire. Moi je ne sais déjà pas ce que je peux faire pour moi-même, alors dire ce que quelqu’un peux faire pour moi...

J'ai envie de lui dire que le plus simple serait de me planter un très long couteau dans le coeur, ou encore tout simplement de ne pas me réanimer la prochaine fois. Mais je n'en fais rien.

"- je sais pas."

C'est la vérité. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je ne l'écoute même plus.

Elle me demande si je suis disponible pour voir le psychiatre demain. J'ai envie de dire non. Mais je la laisse me fixer un rendez-vous pour 16 heures. Je le note dans mon agenda, sans quoi je suis sur que je ne m'en rappellerais pas.

En y réfléchissant, ça doit être grave, vu qu'il faut en moyenne deux semaines pour voir le médecin et que je n'ai pas besoin d'une nouvelle ordonnance. Est-ce qu'elle va encore vouloir me faire hospitaliser?

Ça tomberait mal pour moi. j'ai besoin de travailler pour payer mon loyer.

Je me rend compte qu'elle a raccroché, mais j'ai toujours mon téléphone sur l'oreille. Je n'ai rien entendu de la fin de la conversation. J'ai dû répondre machinalement, comme souvent.

J'observe les murs de ma chambre. Je voudrais sortir de mon lit, mais pour quoi faire?

J'ai compris dès le reveil qu'aujourd'hui ne serait pas un bon jour. Hier soir j'ai pris un somnifère, pour rêver, parce que sans ça je ne rêve jamais, mais ça n'a pas marché, et je me suis réveillé encore plus épuisé que la veille, l'esprit vidé.

Je savais dès que j'avais ouvert l'oeil que ce serait une foutue journée de merde. Rentrée des classes... en distanciel evidement, foutu covid. Ça derange personne qu'on aille dans les services servir d'esclaves, mais aller en cours c'est trop dangereux. Quand j'y repense quand j'ai commencé ma formation d'aide-soignant je pensais vraiment que ça m'aiderait à m'en sortir. Mais apprendre le métier en temps de pandémie... bah c'est encore pire qu'en temps normal.

J'ai toujours eu du mal à composer avec la réalité du monde dans lequel je vis, et découvrir les moyens (ou plutôt, non moyens) de l'hôpital français m'a enfoncé encore plus dans l'idée que je ne veux pas vivre dans ce monde sans queue ni tete.

Avant le prochain stage, j'abandonnerais. Peut-être que je finirais plus tard, mais la psy a été claire. La formation ou les soins. Le travail... ou ma vie.

J'entends sonner à la porte, mais je me dis qu'un de mes colocataires irra bien ouvrir. Je ne veux pas sortir de mon lit.

J'en veux à la psy de m'avoir posé cet ultimatum. Comme si j'etais plus capable d'étudier. Pourtant j'ai réussi pend tellement longtemps à me mettre de côté pour faire ce que je DEVAIS faire... J'ai l'impression de n'être plus bon n'a rien. Est-ce que j'ai déjà été bon à quelque chose?

J'ai envie de me sentir mieux. Je regarde mon bureau. Je sais que j'ai de la cocaïne quelque part. Si mes médicaments ne peuvent rien faire, peut-être que ça y fera.

Non. J'en suis presque sûr. À quoi bon rester sobre et imaginer 8000 manières de me suicider, quand je peux être défoncé et passer outre au pragmatisme de la réalité?

La poudre sur le miroir, une carte, une paille, je tape... Merde, je saigne du nez.

J'enfonce un mouchoir dans mon nez machinalement, c'est au moins la 3e fois cette semaine. Et voilà plus qu'à attendre. Pour une fois, quand l'addictologue me demandera pourquoi, je saurrais quoi répondre.

Je continue à penser à ma vie. La drogue ne fait pas encore effet. Je me demande à quoi bon continuer de vivre quand tout me dis que j'ai envie de mourir...

" t'a envie d'écrire un livre aussi frère, et pourtant tu l'as toujours pas fait" lance une voix pleine de sarcasme dans ma tete.

J'ai raison... Mais en même temps je n'ai jamais réussi à écrire parcequeje n'est plus réussi à me concentrer sur quelque chose plus de dix minutes depuis au moins 3 ans.

La cocaïne commence à faire effet, je la sens couler dans ma gorge et se rependre dans mon cerveau.

"et si le monde n'était pas comme ça"

Je ferme les yeux et un écran se dessine sous mes paupières.

Quand j'y repense j'ai imaginé tellement de monde. Mais depuis quelque temps tout ce que je vois n'est rien d'autre qu'n monde sombre et triste. Rien d'autre que le monde réel, où de sombres dystopies morbides où les gentils meurt à la fin.

"si j'écrivais mon histoire, est ce que moi aussi je mourrai à la fin?" je m'interroge "Où est-ce que je serrais comme ces personnages hollywoodiens qui ont une revelation au bord du gouffre?"

J'ai beau vouloir, je ne m'en sors pas. Où est-ce que je ne le veux en fait pas? Je n'en sais rien. Je suis perdu. Je ne sais pas combien de temps je reste à réfléchir, à alterner entre réflexions sur mon envie de vivre, et sur comment mourir, mais l'effet de la cocaïne finit par s'estomper.

J'ai envie d'en reprendre.

Mais j'ai encore plus envie de ne plus penser.

Alors je prends ma zopiclone, et je double la dose, espérant provoquer une longue nuit de rêve, à défaut d'un lendemain heureux.

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