3/3

3 minutes de lecture

Joachim

Clémence lui demanda d’une voix émue de s’arrêter devant des grilles ouvragées, entrouvertes sur une drève, au bout de laquelle, il reconnut le bâtiment.

— C’est le château, celui de mon rêve ! s’exclama-t-il. ‘’Mais comment est-ce possible ? Je ne suis jamais venu ici’’.

— Vous, non… Mais continuons, voulez-vous, rejoignons le centre du village, Guillaume nous attend…

(...)

— Ici, vraiment ? demanda Joachim, interdit.

— À mon âge, lorsque l’on cherche quelqu’un, on a plus de chance de le trouver dans un cimetière que parmi les vivants. Suivez-moi, dit-elle, avant de le mener jusqu’à deux tombes isolées des autres, l’une garnie d’une simple croix de pierre bleue, et l’autre, d’une dalle de marbre.

Sur la première, il lut ‘Joachim Cayzac 13.3.1940 - 1.7.1962’, et sur la seconde, surmonté de la photo d’un jeune homme blond ‘Guillaume d’Ombre de Segonzac 21.5.1942 – 4.7.1962’

— Le père Cayzac s’est fendu du minimum pour la sépulture de Joachim, mais j’ai une photo d’eux que je vous montrerai, vous verrez qu’outre le prénom commun, vous lui ressemblez beaucoup, ça m’a frappée lorsque vous êtes arrivé…

— Vous m’aviez semblé surprise, je commence à comprendre, là.

— J’étais cuisinière au château, nous avions le même âge, je les ai bien connus. Il a été tué à la fin de la guerre d’Algérie, murmura-t-elle en pointant la simple croix de pierre. ‘’Son corps a été rapatrié, tout le village était à l’enterrement, sauf Guillaume, qu’on a retrouvé le soir, pendu au grand chêne du parc. La crypte familiale est au fond du cimetière, mais Madame a voulu qu’il soit inhumé auprès de Joachim, et elle avait acheté les concessions latérales, pour les réunir, tout en les isolant des autres, comme ils auraient probablement vécu.’’

— Oui, à l’époque, ça ne devait pas être facile pour les gens comme… nous.

— Le monde était méchant il y a soixante ans, Joachim, il n’avait rien appris de l’autre guerre, vingt ans plus tôt, et je me dis qu’encore maintenant… Ce garçon, votre compagnon…

— Thomas.

— Ne gardez pas de rancune, et encore moins de regrets, la vie peut être belle, et pleine d’opportunités, Guillaume ne l’avait tout simplement pas vu, et s’était abandonné à son chagrin.

(...)

Chaque jour de sa semaine à Caylus, Joachim avait rejoint le parc du château, pour s’asseoir au pied du rouvre, et finir par imaginer qu’il voyait les deux garçons courir et se rouler sur l’herbe, puis parfois, qu’il entendait leurs rires et des mots chuchotés.

(...)

Le dimanche de son départ, alors qu’il se redressait pour partir, il vit une voiture s’arrêter devant les grilles. Un jeune homme blond en descendit pour y apposer une affiche ‘À VENDRE’, avant de reculer de quelques pas et, l’air satisfait, d’accueillir Joachim d’une voix joyeuse ‘’La propriétaire était à l'EHPAD de Saint-Projet, une baronne ou un truc du genre, elle vient de mourir, à cent-sept ans, c’est fou, non ? Seriez-vous intéressé ? Ce serait ma première vente, et la plus rapide de ma future carrière ! Notez, j’adore ce domaine, et vu sa localisation, il partira pour une bouchée de pain, mais seul, je ne pourrais pas me le permettre’’.

— Je suis malheureusement dans la même situation, et moi aussi, sous le charme depuis que je l’ai découvert. C’est un endroit étrange, depuis une semaine, je vais de surprise en surprise, comme le fait que tu ressembles beaucoup à… quelqu’un que je n’ai jamais connu, en fait ! Ce que je dis n’a pas de sens, et en plus, je vous tutoie, désolé.

— J’aime beaucoup les paradoxes ! Et tu peux me tutoyer, nous avons déjà en commun le goût des vieilles pierres et des endroits romantiques.

— Un signe, dirait Clémence… Moi, c’est Joachim.

— Et moi, William.

— William… Guillaume… Guilhem… murmura-t-il

— Tu as un prénom biblique, assez sérieux. Le mien est un peu excentrique, choisi par mes parents qui ne le sont pas moins, et je tente de faire perdurer la tradition familiale, mais ce n’est pas toujours au goût de mon patron à l’agence. Ils pourraient avoir une influence intéressante l’un sur l’autre. Mais… qui est Clémence ?

— La propriétaire du gîte que j’occupais cette semaine, un petit bout de femme adorable, et la mémoire du village. Elle t’offrira l’apéritif, si tu as un moment.

— Elle pourra surtout me parler du domaine ! Dans ma branche, quelques détails historiques croustillants peuvent faciliter une vente. Attends, deux-trois appels pour réorganiser mon agenda, et je te suis.

Plus tard dans l’après-midi, d’un clin d’œil, Clémence prit Joachim à part. ‘’Vous avez perdu de vue l’heure de votre retour à Paris, mon garçon’’.

— Mais pas ce que vous m’avez dit sur la vie, et les opportunités… sourit-il.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Vous aimez lire lelivredejeremie ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0