01. Le bon coup de Monsieur Smith

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Joy

Je laisse mon Monsieur “Smith”, comme je l’ai surnommé, se préparer mentalement à la nuit qui nous attend et rejoins le client qui attendait patiemment ma venue. Mon futur coup, au nom toujours inconnu, s’est lancé dans une grande discussion avec Roan et leurs regards se portent sur moi à plusieurs reprises. Je me demande bien ce qu’ils peuvent dire à mon propos et j’espère que Smith n’a quand même pas osé lui dire que j’avais enfin accepté sa proposition.

— Dis-moi, Joy, m’interpelle Léon, le papy le plus adorable que je connaisse, installé quelques tables plus loin. Prête pour la rentrée ?

— Plus que prête, souris-je. J’ai hâte d’être débordée d’un boulot plus scolaire.

— Roan m’a dit que tu continuais à travailler ici ?

— Oui, il faut bien manger et avoir un toit sur la tête.

— Tu sais bien que je peux faire sans le loyer que tu me verses, me gronde-t-il gentiment.

— Je crèche chez toi, je te paie un loyer. Ça me semble logique et normal.

J’ai rencontré Léon ici, il y a quelques mois maintenant. Il m’a grillée un soir alors que j’installais mon sac de couchage dans ma Clio et m’a proposé de dormir gratuitement au premier étage de sa petite maison, où il avait aménagé un studio avec deux chambres pour ses fils. Il vit seul dans ce lieu charmant dans la campagne environnante depuis le décès de sa femme, et ses enfants, deux grands dadets adorables, viennent malheureusement rarement lui rendre visite.

— Tu parles, ça ne me coûte rien de t’héberger.

— Hormis de l’eau et de l'électricité, tu veux dire ?

— Oui, bon, c’est pas grand-chose.

— Arrête de bougonner, Papy, me moqué-je affectueusement. Je n’ai pas besoin de la charité et tu le sais. Je ne te remercierai jamais assez de m’avoir proposé ce plan, mais il est hors de question que je ne te paie rien.

— Très bien, soupire-t-il. Mais si tu as besoin de ne rien payer pendant quelques mois, viens me voir plutôt que de t’endetter, d’accord ?

— D’accord, comme les trois dernières fois où tu me l’as dit.

— Bien. Je vais rentrer. Tu as la permission de minuit, Joli Cœur. Et évite de t’encanailler avec le vieux mannequin au bar, tu veux ?

Je me tourne vers le “vieux mannequin” et me dis qu’il serait vraiment dommage de ne pas s’encanailler avec un tel spécimen. Il est vraiment agréable à regarder et je n’ai pas attendu de remarquer qu’il me faisait de l'œil pour apprécier la marchandise. Entre ses yeux et son sourire, le visage passe le test sans problème. Ses épaules larges ? Je valide. Ses longs bras qui semblaient plutôt musclés sous son tee-shirt gris ? Un plus notable. Ses mains larges et ses longs doigts ? Ça donne des idées. Ce fessier bombé que je me plais à admirer lorsqu’il le lève du tabouret ? Un appel pour mes mains. Bref, je m’égare et Léon le remarque.

— Je vois que j’arrive trop tard, rit-il en déposant un billet sur la table. Bonne soirée alors, Joy.

— Merci Léon. Fais attention à la route.

Je l’embrasse sur la joue et récupère son verre vide ainsi que l’argent avant de regagner le comptoir.

— Tu finis dans combien de temps ?

— Le bar ferme dans une demi-heure, donc compte une heure.

— Très bien, soupire Smith, je vais faire preuve de patience alors.

— Bonne idée, et profites-en pour me donner ton prénom, tiens.

— Tu ne veux pas conserver le mystère ?

— Tu as un prénom tout pourri pour vouloir me le cacher ? Jean-Eude ? Etienne-Louis ? Paul-Henry ?

— Non, rien de tout ça, s’esclaffe-t-il et un frisson de désir s’empare de moi à ce son.

— Très bien, si tu ne veux rien me dire, ce sera… Smith.

— Smith ? J’aime bien, me répond l’intéressé avec un clin d'œil.

— Donc, résumons, Smith. Tu connais mon prénom, mon métier, et moi… Je ne connais rien de toi. Tu trouves ça juste ?

Il me regarde, clairement amusé avant d’osciller de la tête avec une moue craquante.

— Non, tu as raison. Je m’appelle Smith, et je suis pilier de bar.

J’éclate de rire à sa réponse, lancée avec une assurance à toute épreuve. Il a du charme, Smith, beaucoup de charme. Et de l’humour aussi, apparemment.

— Bien, Smith le pilier de bar. Il va falloir que tu te décides. Prénom ou boulot ? Je veux l’un des deux au moins, histoire que la balance soit un peu moins déséquilibrée. Parce que si on compte bien, tu sais aussi où je travaille et tu peux donc me harceler comme bon te semble une fois que tu auras pris ton pied. C’est pas très fair play.

— Joy, dit-il en attrapant ma main sur le comptoir. Bientôt tu sauras la taille de mon entrejambe, je crois que c’est déjà très intime, non ?

J’ouvre grand les yeux à sa réplique avant de pouffer d’une manière absolument ridicule. Mince, c’est moi ce bruit stupide ?

— Joy, au boulot ! bougonne Roan de l’autre côté du bar.

Je regarde par-dessus l’épaule de Smith et soupire en voyant l’état de la table qui vient d’être libérée de tout occupant.

— Tu as raison, c’est peut-être un peu trop intime quand on ne connaît rien d’autre de la personne, dis-je en récupérant la lavette et le désinfectant.

— Attends, tu as changé d’avis ?

Il me regarde, l’air presque désespéré et je jubile, flattée de son intérêt. Il attrape à nouveau ma main lorsque je contourne le bar et se lève pour me dominer de toute sa hauteur. Je lève les yeux vers lui une petite seconde avant que son visage ne plonge dans mon cou, où il vient poser ses lèvres et lécher ma peau d’une façon si sensuelle que je ne sais pas comment je retiens le gémissement qui a pris naissance dans ma gorge.

— Ne change pas d’avis, je t’en prie, murmure-t-il à mon oreille alors que j’entends Roan baragouiner son mécontentement au loin.

— Prénom ? Métier ? dis-je sans comprendre comment je peux encore avoir les idées claires alors qu’il a visé juste en s’attaquant à l’une des parties les plus sensibles de mon corps.

— Smith, dompteur de lionne. Enfin, j’essaie avec toi, rit-il à mon oreille avant de soupirer. Je suis comptable, tout ce qu’il y a de plus ennuyeux.

— Enchantée, Smith le comptable dompteur de lionne.

Je lui souris et me défais de sa prise pour finir mon boulot au plus vite. Je n’ai qu’une hâte, me retrouver nue contre lui et goûter au plaisir de m’encanailler avec ce quadra vieux mannequin dénommé Smith.

Je passe vite fait par les toilettes pour me rafraîchir une fois mon service terminé et avant de sortir du Pub, mon sac à la main. Mon futur coup d’un soir, parti il y a un petit moment, m’attend, adossé au mur, le nez sur son téléphone qu’il range en me voyant sortir.

— Il est loin ton chez-toi ? lui demandé-je en approchant.

— A à peine un kilomètre, dit-il en glissant sa main sur ma joue.

Son pouce caresse ma pommette alors qu’il m’enlace de son bras libre. Son sourire n’est plus carnassier comme tout à l’heure, il est doux et me met mal à l’aise un instant, avant qu’il n’approche et se penche pour déposer ses lèvres sur les miennes. Elles ont le goût du Whisky qu’il a commandé il y a une bonne heure et je ne suis pas loin de grimacer, mais sa langue vient caresser mes lèvres et m’incite à lâcher prise. Ce soir, je vais m’amuser avant de retrouver une vie normale, ou tout aussi normale que possible, après avoir parcouru le continent américain avec ma mère et son contrôle total sur moi.

Nous mettons un peu de temps à gagner son appartement, occupés à commencer les préliminaires. Ses grandes mains m'agrippent à plusieurs reprises les fesses pour me coller contre un mur et échanger avec moi un baiser enfiévré. Il presse son érection contre mon ventre et je sens que la nuit va être des plus intéressantes.

Dans l'ascenseur qui nous mène au sixième étage de son immeuble, sa main s'est glissée dans mon jean et caresse déjà mon intimité humide alors que la mienne presse son sexe tendu à travers le tissu de son pantalon en toile. Bordel, qu'est-ce que c'est bon de se sentir ainsi désirée !

Il me prend la main et m'entraîne à la hâte en dehors de la cabine, et je suis surprise de sentir l’air chaud de l’extérieur. Eh bien, un petit rooftop à Lille, on ne s’ennuie pas chez les comptables ! Je n’ai pas le temps d’observer davantage la petite terrasse qu’il me tire jusqu’à une porte contre laquelle il me plaque. Smith reprend possession de mes lèvres tout en galérant à déverrouiller sa porte, et c'est enroulée autour de son corps que je franchis le seuil de son appartement. Il colle mon dos contre un mur et se montre très entreprenant. La fièvre coule dans ses veines et il me déshabille à la lueur de la Lune. Sa bouche se pose sur mon bas-ventre alors qu’il déboutonne mon jean et le fait glisser jusque sur mes chevilles. Il m’en débarrasse rapidement et son souffle chaud vient caresser ma fente humide avant qu’il n’y dépose un léger baiser. Je suis en pleine combustion spontanée, avide de sentir son corps contre le mien, sa peau au contact de la mienne, et je l’attire jusqu’à moi pour l’embrasser aussi voracement qu’il l’a fait il y a peu.

Je me retrouve à nouveau soulevée de terre et il entame le chemin qui nous mène à la chambre, puis au lit sur lequel il me jette. Smith allume la lampe de chevet et se déshabille sous mes yeux, me permettant enfin de détailler son corps qui m’est révélé. Il se penche ensuite vers la table de chevet pour récupérer un préservatif que je lui prends des mains pour le dérouler sur sa hampe tendue, fière et gorgée de sang, qui tressaute dans ma main. Le mec a clairement tout pour lui et je ne vais pas m’en plaindre.

Mon amant finit par me retourner et me soulève pour me mettre à quatre pattes sur le lit. Je n'ai pas le temps de dire "ouf" qu'il s'enfonce enfin en moi d'une poussée franche qui me tire un long gémissement. Smith s'immobilise au creux de mon corps et caresse ma croupe, mon dos, remonte sur mes épaules avant de venir empaumer ma poitrine qu'il caresse et malaxe avec assurance.

— Je rêve de faire ça depuis que je t'ai aperçue au bar, me susurre-t-il à l'oreille avant de mordiller mon épaule.

— Alors arrête de rêver et mets-toi à la tâche, dis-je en bougeant mes hanches contre lui.

Ses premiers coups de reins sont doux et contrôlés, comme s'il voulait s'assurer que je suis prête à l'accueillir plus franchement, mais il accélère rapidement la cadence et glisse une main entre mes cuisses pour caresser mon clitoris gonflé et sensible. Je savoure les diverses sensations qu'il me procure alors qu'il va et vient en moi avec maîtrise, m'amenant assurément à un orgasme puissant qui me laisse pantelante et essoufflée, déconnectée de toute autre réalité que son corps qui s'enfonce encore en moi avec vigueur. Il lui faut peu de temps pour jouir à son tour dans un râle rauque et viril qui me fait frissonner.

Le beau quadra finit par se retirer et je l'entends bouger derrière moi alors que je m'effondre enfin sur le matelas. J'ai les jambes qui tremblent encore et le cœur qui bat à vive allure quand il vient se coucher et m'attire contre lui pour m'embrasser longuement tout en caressant ma peau en feu.

— Ça valait le coup d'attendre, finit-il par me dire en tirant la couverture sur nous.

— Ça valait le coup de te faire languir, murmuré-je en déposant un baiser sur son pectoral bombé.

— Tu as attisé le feu, petite lionne. J’avais follement envie de toi, ça m’a rendu dingue que tu me repousses, rit-il en faisant courir ses doigts sur ma poitrine.

— Je ne suis pas une fille facile, Smith. Et j’aime me faire désirer.

— J’ai vu ça ! Tu restes pour la nuit ? Je n'en ai pas fini avec toi.

Je ne réponds pas immédiatement, me demandant combien de temps je vais rester, mais finis par acquiescer alors qu’il promène ses doigts sur ma hanche. Le bel Irlandais ne met pas bien longtemps à s’endormir et je cogite de mon côté, le stress de la rentrée faisant son apparition maintenant que je ne suis plus occupée. Je finis par repousser doucement son bras et me lève pour m’habiller en silence avant de poser mes yeux une dernière fois sur cet homme. J’espère que maintenant qu’il a obtenu ce qu’il voulait, il changera de bar pour nous éviter le malaise possible de l’après coup d’un soir. Même si j’avoue qu’une autre soirée en sa compagnie ne serait pas de refus. Il est vraiment beau, à la lumière de la Lune, paisiblement endormi, ses cheveux tout décoiffés par mes mains.

Je finis par sortir de la chambre et observe un peu la grande pièce que je n’ai pu qu’apercevoir tout à l’heure. L’appartement est grand, dans un style industriel plutôt froid, réchauffé par des touches de bleu. Une part de moi jalouse un peu le comptable. Nous sommes au dernier étage de l’immeuble, toit terrasse qui doit être lumineux vu les baies vitrées et la hauteur de plafond. Peut-être que je me plante de voie, finalement. Enfin, je ne me vois pas vraiment comptable, je m’ennuierais à mourir, c’est certain. J’hésite un instant à laisser mon numéro en voyant un bloc de post-it sur le plan de travail de la cuisine, mais je ne m’attarde pas et me rhabille dans l’entrée en vitesse. La descente en ascenseur est plus longue que la montée, assurément moins torride. Un peu de marche ne me fera pas de mal et je m’engage dans la rue pour aller récupérer ma voiture sur le parking du bar et rentrer en campagne. Je ne dois pas me laisser déconcentrer et focaliser sur mes études pour les deux années à venir.

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