Episode 10

4 minutes de lecture

La cigarette se consumait au rythme du whisky... et Mathilda ne croyait toujours pas le changement radical qu’avait subit son ami. Il avait repris des couleurs et n’avait plus la peau sur les os. Elle l’observa, entre deux bouffées de tabac, avant de prendre une autre gorgée de l’alcool puissant. Elle cracha et ses poumons et le liquide, au grand amusement du Sherif.

« Je sais vraiment pas comment tu fais pour aimer ça, mon chou ! C’est épouvantable ! »

David continua de rire, avant de lui aussi boire de son whisky. Il lui trouva un goût particulier. Il se leva et parcourut son salon. Mathilda et lui avait fait un grand ménage. Plus de poussière, plus de bouteilles vides, plus de mégots. La maison avait elle aussi subit une métamorphose. Aux murs pendaient de magnifiques portraits du couple Cosby, mais aussi de nouveaux clichés de Mathilda et David, tous deux souriants à pleine dents. L’air sentait bon le citron et le jardin avait retrouvé sa splendeur d’antan. David se tourna vers son amie, encore prise d’une quinte de toux. Malgré son style vestimentaire quelque peu original, ses manières franches et son amour pour les ragots, Mathilda était la personne la plus importante à ses yeux. Il sentit l’émotion lui serrer le cœur et au prix d’un grand effort, repoussa les mauvais souvenirs menaçant de refaire surface. Il sirota sa boisson avec délice et se dirigea vers la cheminée. Il regarda encore une fois la batte de baseball qui lui avait sauvé la vie, posée sur un piédestal comme une œuvre de grande valeur. L’enquête étant close, il avait pu récupérer l’objet et s’en servait désormais de totem, se rappelant en l’observant de la chance qu’il avait eu. Les blessures étaient toujours présentes mais elles guérissaient et chaque jour passé au côté de Mathilda était un jour de plus vers son rétablissement complet. Lucie lui manquait terriblement mais il pouvait désormais faire son deuil et recommencer à vivre. Il ne serait plus jamais le même homme après les épreuves qu’il avait vécu mais une chose était certaine, il était toujours un excellent policier. Sa vie était en ordre, il était en vie et Mathilda but une autre gorgée sans tousser. Tout allait bien et il revint s’assoir à ses côtés.

Ils trinquèrent encore une fois car aujourd’hui, après un an de mise en examen, entretiens psychologiques avec des experts et études des éléments de l’enquête, Logan Milford, alias Chase Cornick, avait enfin été déclaré responsable de ses actes et coupable du meurtre de douze jeunes femmes, de nombreux incendies criminels, dont celui responsable du décès de son père, ainsi que de la tentative de meurtre du Sherif Cosby. Il avait assisté à son propre procès dans une chaise roulante, tétraplégique et incapable de s’exprimer correctement, pantin dans le spectacle de sa propre chute. Son avocat avait plaidé coupable en sollicitant la sympathie du jury face à l’enfance difficile de son client, mais les jurés, insensibles à ces mensonges manipulateurs, avait voté pour la peine capitale à l’unanimité. Logan avait été conduit par la suite dans sa nouvelle cellule, dans le couloir de la mort, attendant la date de son injection, date que David attendait avec impatience.

Mathilda s’inquiétait de la réaction de son ami quand le jour J arriverait. Capturer le Marionnettiste était devenu la raison de vivre de David depuis la mort de sa femme et elle craignait qu’une fois cette histoire terminée une bonne fois pour toute, le Sherif ait du mal à s’en remettre. Elle ne savait même pas s’il était bon pur lui d’assister à la mise à mort de ce monstre. Le jour fatidique ne tarda pas et à la surprise de Mathilda, David décida de ne pas y assister.


***


Les gardes vinrent chercher le Marionnettiste le jour de son exécution, sans prendre de quelconques précautions de sécurité. Le monstre était devenu inoffensif, immobile dans son fauteuil. Il n’avait même pas eu le droit à un dernier repas, de toute façon incapable de manger autre chose que de la bouillie. Seuls ses yeux attestaient de son inhumanité et de son impuissance, le reste de son corps figé à jamais depuis sa chute. Il avait attendu avec impatience qu’on mette fin à ses jours, ne supportant plus l’état pitoyable dans lequel il se trouvait. Une seule chose l’avait fait tenir : pouvoir voir une dernière fois le Sherif. Les gardes poussaient son fauteuil, le rapprochant inexorablement vers ses derniers instants, son grand final. Les infirmiers préparèrent tout le matériel, les trois injections, les machines et lorsque tout fut prêt, le public entra dans la pièce voisine, séparé du bloc opératoire par une vitre incassable. Le Marionnettiste sentait son ego boosté par le nombre de spectateur venu assister à sa mise à mort, mais seul le Sherif lui importait. Il le chercha du regard sans le trouver. La frustration faisait pulser son sang plus rapidement et la colère montait. Il observa le bal des spectateurs, entrer un à un dans la pièce. Un des agents de sécurité plaçait les gens sur les différentes chaises. Quand tout le monde eut pris place, il ne restait qu’une unique chaise au premier rang, comme si l’agent avait fait exprès de laisser libre cette place de choix. Il tourna le dos au condamné et déposa quelque chose sur le siège avant de rejoindre son poste. Le Marionnettiste écarquilla les yeux, incrédule. Sur la chaise du premier rang était posé une paire de lunette vert pomme.


***


A l’instant où le poison mettait fin à la vie du Marionnettiste, débarrassant le monde d’un de ces plus monstrueux individus, le Sherif profitait des rayons doux du soleil à faire son jardin en compagnie d’une Mathilda à moitié myope, incapable de faire la différence entre les plantes à arroser et celles à désherber.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
Enigma


Juliette a décidé de partir. Elle déteste ses études, ses parents, concentrés sur leur boulot, l’avocate et le banquier, comme elle les appelle, n’ont plus de temps à lui consacrer. Son père l’a forcée à intégrer une grande école de commerce. Comment peut-il être à ce point aveugle ? Comment peut-il même une seule minute, l’imaginer dans ce domaine ? Il n’a rien compris à sa propre fille !
Elle leur laisse un mot sur le frigo, ils ne communiquent plus que par textos ; mais là, elle veut se laisser une longueur d’avance. Une fois, là-bas, ils n’auront pas le temps de venir la chercher et ils se parleront par écrans interposés. Elle y arrive mieux comme ça de toute façon, elle ne peut pas les affronter en face, c’est au dessus de ses forces.
Elle rejoint ses amis d’enfance, restés à Marseille, tandis qu’elle déménageait à Paris à la fin du collège. Elle glisse dans sa valise, en plus de quelques vêtements, un carnet de croquis, ses pastels, de l’aquarelle. Sur elle, son portable et son casque, objets indispensables qui ne la quittent pas. Elle hésite mais finalement se saisit de son roman en cours de lecture : "L'étranger" de Camus, malgré la certitude que ses potes se moqueront de ses étranges occupations d'intellectuelle.
Les inséparables de l’époque ont tous abandonné leurs études et vivent de petits boulots. Manon et Pauline, désavouent les promesses faites dans l’enfance de devenir des femmes libres et autonomes. Juliette compte bien les leur rappeler.
Le voyage en train est assez spécial. Ce virus apparu en Chine et qui se répand dans le monde en faisant de nombreuses victimes stresse tout le monde. Certains personnes portent des masques ce qui rend l’ambiance anxiogène. Juliette a hâte d'arriver à destination.
A son arrivée, elle découvre les petites cachotteries de ses copines : Manon entretient une relation avec un homme marié, beaucoup plus âgé et va de déconvenues en déconvenues. Blonde sexy, aux formes avantageuses, elle paraît beaucoup plus que ces dix-neuf ans et attire ce genre de messieurs. Juliette ne comprend pas pourquoi elle persiste dans cette voie sans issue. Quant à Pauline, avec son physique de madone italienne, brune gracile à la peau claire et aux yeux de braises, elle collectionne les amants.
Entre ses deux copines, Juliette se demande si elle est normale. L’adolescente se trouve moche et grosse, ses yeux bleus ne font craquer personne. Elle ne supporte plus ses cheveux bouclés. Elle les a d’ailleurs coupés très courts il y a quelques semaines, cet acte ayant suscité des remarques contradictoires dans son entourage. Contrairement à ses copines, elle n’a pas d'amoureux. Pour leur donner le change, elle a inventé une vague histoire avec un certain Timothé.
Sa désapprobation ne l’empêche pas de les suivre malgré tout dans leurs pérégrinations nocturnes. Ses parents ont essayé de l’appeler plusieurs fois, elle ne leur parle que par message. Son père est furieux et veut venir la chercher. Il lui a envoyé un mail incendiaire déplorant son année gâchée et le possible renvoi de l’école. Sa mère s’inquiète de cette nouvelle maladie la COVID-19 et voudrait la voir revenir surtout depuis qu'il est question d'un possible confinement de la population. Elle leur a répondu longuement ce matin pour expliquer son désir de changer de voie.
Elle n’arrive pas à penser à autre chose depuis, appréhende leur réaction. Ce soir, dans la discothèque, le bruit lui vrille les oreilles, le rap est omniprésent, elle ne supporte plus d’entendre ce flot agressif.
- Putain mais qu’est-ce que je fous là !
Juliette s’en veut de penser que cette boîte est remplie de dégénérés. Les corps se frôlent sur la piste, les regards sont insistants, certaines filles sont fringuées, maquillées comme des pétasses. Les hommes apostrophent les « biatches » qu’ils trouvent « trop bonnes ». L’atmosphère est surchauffée, la jeune fille se trouve mal, comme détachée du moment présent. Elle ressent un vertige général, son cœur se met à battre de plus en plus vite, il faut qu’elle sorte de là ! Elle attrape un copain de la bande par le bras, lui demande de l’aide. Une fois dehors, l’air frais la requinque un peu, mais elle éprouve toujours cette sensation de flottement.
- On t’a mis un truc dans ton verre, c’est pas possible ! Ça va ? Tu veux de l’eau ? s'inquiète le garçon.
- Non, c’est pas ça. T’inquiète. Mais ramène-moi, s’te plaît, implore Juliette.
Ces derniers jours ont été une torture. Le vide intersidéral occupe toute la place dans la tête de ses potes, obnubilés par les vies des stars de télé-réalité « Les Anges » et autres insanités qu’elle s’est toujours refusé à regarder.
Les soirées du groupe sont rythmées de fumette et d’alcool. Manon et son homme marié qui a l’âge de son père et maintenant Pauline qui leur a annoncé qu'elle était enceinte ! Juliette ne peut s’expliquer sa décision d'avoir un môme à dix-neuf ans. Pour elle, l’avenir de la jeune femme est tout tracé : bobonne à la maison avec trois mioches. Son copain ne vole pas haut, serveur dans un bar de quartier, un peu macho sur les bords, il se la joue, homme de la situation. La jeune fille a de la peine pour son amie, d’autant plus que cette dernière possède les capacités pour réussir mais son environnement la tire vers le bas.
C’en est trop pour Juliette, elle ne veut plus rester avec eux, elle ne rentrera pas non plus chez ses parents. Elle veut être libre de choisir. Elle pense se réfugier chez sa grand-mère dont la maison n’est qu’à quelques kilomètres.
- Qu’est-ce que tu fous Juliette ? s’inquiète Manon, la voyant faire sa valise.
- Je m’en vais. J’en ai trop marre de vous voir faire que des conneries ! rugit Juliette qui n'arrive plus à se contrôler, les larmes au yeux, les battements de son cœur retentissent jusque dans son crâne.
- T’as craqué ou quoi ? Tu me parles pas comme ça ! siffle Manon entre ses dents, quelles conneries ?
- Vous vous foutez en l’air, tous. Vous baissez les bras et vous vous contentez de cette vie de merde ! vocifère Juliette emportée par le torrent de ses émotions, tu réalises que c’est une famille que tu vas détruire en t’agrippant à ce mec !
- J’m’en bats l’œuf. J’pense à moi d’abord ! Il m’a dit qu’il allait quitter la daronne, qu’il n’en pouvait plus de ses marmots et de sa tronche.
- Tu sais ça m’étonnerait qu’il laisse ses enfants comme ça, il tire son coup avec toi et puis c’est tout. Tu vas encore souffrir ! Putain, laisse-le tomber. Inscris-toi à la fac de droit comme tu l’avais envisagé, ne sois pas bête.
- Ça sert à rien les diplômes, j’vais pas me frapper cinq ans d’études pour finir caissière. Ma mère n’a pas les thunes et j’peux plus la supporter de toute façon. Faut que j’me casse ! Et puis toi, la grosse bourg, tu te calmes ! On est pas assez bien pour toi ? C’est sûr que tu as le choix, toi, entre ton appart du seizième et la villa de ta mémé friquée. D’ailleurs, je vois pas ce que tu fous ici ! T’y’a cru quoi, là ? Va faire tes dessins de merde et lire tes bouquins pourris ! Avec tout ça, tu n’es même pas foutue de te trouver un mec !
Manon lui crache à la figure ce qu’elle a toujours pensé. Juliette a le cœur cassé en mille morceaux.
17
46
186
12
LaudaQuoi
Ma première participation au Prix Pépin.

Pour en savoir plus sur ce concours de micro nouvelles, voir ici > https://www.scribay.com/talks/19005/prix-pepin-2020

Image de couverture : Image par simisi1 de Pixabay
4
3
0
0
Didi Drews
Val-de-Marne, dans un monde semblable au nôtre. Le « Boucher des jolis cœurs », tueur en série insaisissable, se rend auprès de l’inspecteur Lucien Damartiel, flic au passé trouble qui débarque tout juste en ville. Mais des ombres planent au-dessus de l’inspecteur, et quand il a droit à une agression salée sur le chemin du retour, il fait la rencontre de Damien et Mia, les deux gérants d’un bar aux allures clandestines, à deux pas de chez lui.

C’est alors que Matthieu Langevin, petit malfrat sans grande envergure, a la mauvaise idée de se faire tabasser à mort dans la cour d’un petit restaurant de Vincennes. Car ce meurtre sordide, mais a priori banal, porte la signature de la pire bande criminelle du coin : un réseau de contrebande dont le chef, héritier d’une lourde histoire familiale, a été récemment libéré de prison, sans que lui-même ne sache par qui ni pourquoi. Pour couronner le tout, Lucien a la joie contenue de reconnaître deux nouveaux amis dans la foule de visages criminels, prêts à torpiller sa carrière, ou à lui coûter la vie, cela reste encore à voir…

Kamel Sayad, de son côté, traîne dans les pattes d’une jeune procureure adjointe aux intentions obscures. Sa route croisera bien vite celle de Lucien, quand ils se retrouvent tous deux empêtrés au centre de sales embrouilles, à la veille d’embraser les milieux criminels franciliens…

Et si tout cela était l’œuvre d’un vaste complot ? À qui profite le crime ? L’agression de Lucien était-elle fortuite ? Quel lien un tueur en série déchu peut-il bien cultiver avec le crime organisé ? Plus important encore : comment Lucien et Kamel se sortent-ils de leur soupe à problèmes respective ?
60
168
570
146

Vous aimez lire Claire Zuc ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0