Chapitre 30

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— Caes ! Caes, mais réveille-toi, par l’Ilir !

Le chevalier ouvrit les yeux et une douleur fulgurante lui traversa le crâne. Il eut, malgré tout, le réflexe de porter la main à son arme. Dans sa tête, l’image de la créature à deux doigts de le dévorer était encore vive. Mais ce n’était que Kappa. Kappa ?!

Il se releva brutalement cherchant Kad et Tristan. Sa vue s’assombrit, des points lumineux apparurent et un nouvel élancement au crâne lui arracha un grognement. Très vite ses souvenirs se ravivèrent. Par flashs, il revoyait Kad être décapité par un second écorcheur qui était arrivé de nulle part. Tristan et lui avaient dû combattre dos à dos, mais il s’agissait plus de défense car ils ne pouvaient porter de réelles attaques sans mettre l’autre en danger. Les écorcheurs n’avaient pas réellement de points faibles si on ne les attaquait pas par surprise, même avec une lame d’aclérium.

De cette manière, ils avaient pu remonter le vaisseau jusqu’aux couloirs latéraux, cernés par ces choses. Le transporteur avait alors eu de petites accélérations soudaines, ce qui avait fait perdre l’équilibre à Tristan. L’erreur lui avait été fatale. Avant même que Caes ne puisse mettre son corps en opposition, l’une des créatures l’avait happé et jeté dans le vide.

Seul contre deux écorcheurs, il s’était battu comme un beau diable, retardant l’inéluctable. Chaque mouvement d’épée lui procurant de précieuses secondes de vie. Il avait cru sa dernière heure arrivée. C’est alors qu’une incroyable poussée l’avait projeté vers l’arrière. Il voyait encore les griffes de l’une des créatures lui frôler le visage, alors qu’elle tentait désespérément de s’accaparer ce repas résistant.

Il avait eu le temps de les voir fugacement percuter la balustrade et chuter dans le vide, puis plus rien. Seulement le noir total.

— Mon épée, souffla-t-il.

Il sentit qu’on la lui mettait entre les doigts. Il ne voyait toujours rien et son mal de tête empirait, atteignant un pic dans la douleur. Il serra les dents alors qu’il se sentait relevé.

— Nous ne pouvons pas traîner ! lui cria presque Kappa à l’oreille. Il y a un problème avec le cœur du vaisseau !

La vue lui revenant petit à petit, il vit le minuscule majordome devant lui. Il avait ralenti pour se mettre à l’allure que lui-même tenait, aidé de Kappa. Le conseiller Cène était sur sa gauche et son visage présentait une expression dévastée.

Que se passait-il ?

— Comment ça, le cœur du vaisseau ?

— Le vieux conseiller dit que ce n’est pas normal et qu’il faut partir le plus vite possible. Il y avait des flammes bleues et des éclairs… Où sont Kad et Tristan ?

— Je n’ai pas pu les protéger…

Le regard de Kappa se voila mais il resta stoïque.

— Bern non plus n’a pas réussi…

Caes ferma les yeux un court instant. Repoussant le chagrin pour se concentrer sur la situation présente. Il entendait marmonner derrière lui, comme une litanie continue…

— Mais il n’est pas le seul, continua Kappa.

Il tourna la tête. Cormack se trouvait derrière eux et avançait à petite foulée. Presque un trottinement. Il perdait régulièrement l’équilibre et trébuchait. On aurait pu le croire ivre. Caes ferma les yeux.

Il était ivre… de chagrin.

L’immense Rolf tenait Ezéquiel dans ses bras comme une maman pour son enfant. Par moment, il collait son visage contre celui du jeune homme et lui murmurait, en sanglotant, des choses à l’oreille. Puis il rejetait la tête en arrière comme pour reprendre son souffle.

— Tu m’avais promis, tu m’avais promis, répétait-il sans cesse alors que de grosses larmes débordaient de ses yeux hallucinés.

Il serrait avec force le corps sans vie, cachant ses larmes dans son cou froid et rigide, étouffant les sanglots les plus bruyants.

- Merde, gronda Caes en détournant la tête.

Serrant les poings, il se libéra de Kappa et lorsque celui-ci tenta d’insister, il le repoussa sans ménagement. Il ne voulait pas penser aux conséquences de la mort du prince d’Iliréa et le temps leur était compté. Il devait les tirer de ce mauvais pas. Au bout du couloir se trouvait l’escalier menant au pont principal. Il devait sûrement s’y trouver quelques nacelles de sauvetage. Il fallait que ce soit le cas. La précipitation des passagers voulant fuir le navire avait été telle qu’ils n’avaient probablement réussi qu’à en dégager très peu, avant la terrible accélération.

Dans sa tête se jouait la scène où tous ces pauvres gens, surpris par la manœuvre brutale du navire étaient propulsés dans le vide pour une interminable chute dans les cris et les pleurs.

Dépassant tout le monde en quelques foulées rapides, il prit la tête épée à la main et s’engagea dans les escaliers, se préparant au pire. Derrière lui, tous semblaient dans le même état sauf Cormack qui avait l’air cloîtré dans un monde où ne régnait que sa douleur. Lorsqu’ils débouchèrent sur le pont principal, Caes et Kappa se tenaient prêts à affronter pirates et écorcheurs. À se battre jusqu’au bout pour défendre leur vie. Mais il n’y avait personne. Personne de vivant et beaucoup de sang. Trop de sang. Le sol du pont principal n’était plus qu’un lit rouge où baignaient membres et entrailles. Les écorcheurs et les pirates avaient bien exécuté leur sinistre besogne. La poussée du navire avait fait le reste.

Un immense soulagement envahit le chevalier lorsqu’il aperçut les quelques nacelles restantes. Il sut qu’il avait eu raison. La panique frénétique qui avait consumé les passagers les avait, au final, empêché de s’échapper. Le bord gauche de la plate-forme n’en comportait que deux tandis qu’elles étaient toutes présentes sur le droit. Chacune d’elles faisaient trente pieds de long et pouvaient théoriquement contenir jusqu’à soixante-dix passagers. Sur les dix présentes sur le vaisseau, inutile de dire que ce nombre était réellement insuffisant au vu de la population du transporteur.

Ils se précipitèrent vers celle qui leur était le plus proche mais s’aperçurent qu’elle était salement endommagée. Broyée en son centre, les deux bords latéraux s’étaient rejoints enfermant les occupants dans un cercueil de fer aux structures internes devenues mortelles. En plus des cadavres désarticulés, on pouvait voir le tiers supérieur d’un écorcheur qui, à l’évidence, s’était fait surprendre en plein festin.

— Les grappins, lâcha Maître Cène.

Voyant que Caes le regardait sans comprendre, le conseiller pointa le doigt en direction de quelque chose derrière lui. Le chevalier se retourna et constata l‘étendue des dégâts. C‘était colossale ! Aux niveaux supérieurs du transporteur s‘étaient encastrés de nombreux patrouilleurs et la lumière se fit dans son esprit. Les pirates avaient entamé leur attaque en projetant des grappins qui les rattachaient au vaisseau. L’accélération du monstre de métal les avait brutalement ramenés sur lui, les crashant sur son imposante armature. Sous le vaisseau devaient pendre les carcasses de la plupart d’entre eux. Comme des araignées mortes oscillant misérablement à l’extrémité de leurs fils de soie.

Son regard se porta une nouvelle fois sur la nacelle de secours broyée. Il était terrible de s’imaginer que cet écrasement violent ait été accueilli avec soulagement par ces gens pris au piège avec l’écorcheur. Les libérant des tourments que la créature leur infligeait.

— C’est la même chose pour celle-ci !

C’était Gravis qui venait de crier alors qu’il courait le long du pont en vérifiant l’état des nacelles. Les chevaliers et Maître Cène suivaient tout en revérifiant après lui, conservant le fol espoir que le petit majordome ait fait erreur. Ce qui n’était pas le cas. Les deux dernières nacelles étaient en état de marche. Ils avaient délaissé la première car les ravages occasionnés par les écorcheurs la tapissaient de fond en comble. Le spectacle soulevait le cœur et l’idée d’y poser un pied était inconcevable. La suivante était plus « propre ». Seuls deux corps peu abimés s’y trouvaient. Des pirates, manifestement. Le choc avait dû leur briser la nuque.

Le petit majordome sauta le premier dans leur bouée de sauvetage, les haranguant à faire de même. Kappa y sauta à son tour mais quelque chose retint l’attention de Caes. Jetant un regard à Maître Cène, il s’aperçut que celui-ci partageait la même impression que lui.

— Vous sentez cette vibration ? lui demanda-t-il.

Le vieux conseiller acquiesça, l’air grave alors que Cormack leur passait devant. Toujours hagard, il se réfugia dans la nacelle avec le cadavre d’Ezéquiel contre lui. S’accroupissant contre l’un des bords de celle-ci, il continuait de bercer le jeune prince sous l’œil attristé de Gravis.

Caes se tourna vers le vieux professeur.

— Que se passe-t-il ?

Les vibrations se faisaient plus intenses, presque continues.

— Lorsque nous étions dans cette salle au bas du vaisseau, le prince Ezéquiel… Sa voix se brisa… nous a clairement dit ressentir ces vibrations. Cela n’augure rien de bon. Nous devons partir tout de suite.

— Mais comment se fait-il que nous n’ayons rien senti avant ?

— Nous n’avons guère le temps de nous pencher sur cette question pour le moment, lâcha le vieil homme avant de prendre place, à son tour, près de Cormack.

Caes prit sur lui et allait le suivre lorsque le petit majordome s’exclama d’une voix stridente.

— C’est coincé ! C’est coincé !

— Quoi ? Qu’est-ce qui est coincé ? s’inquiéta Maître Cène.

Gravis tourna vers lui des yeux paniqués.

— Le levier de désengagement ! Il est bloqué !

Un frisson les traversa. Kappa leva les bras au ciel en s’écriant:

— N’y a-t-il rien que l’on puisse faire pour libérer cette nacelle ?!

— Je… je…

Le petit homme poussa un cri de surprise lorsqu’une lame se posa sans douceur contre sa gorge.

— Eh ben, on va en prendre une autre, pas vrai p’tit gars ? Nous, on a bien essayé avant votre arrivée mais ça veux pas ! Qu’en dites-vous, vous autres ?

Le pirate lâcha un rire gras alors que son comparse se levait à son tour.

— Vous nous servirez de siège pour toute cette saleté ! ricana le deuxième. C’est vrai qu’c’est pas très propre, hein Vacko ?

Celui-ci acquiesça en raffermissant sa prise sur Gravis Petitpieds qui couina.

— Non, en effet, c’est pas propre du tout… Toi, tu devrais rester à ta place, chevalier ! On rigole pas, nous !

Kappa stoppa sa progression mais ne se défit pas de sa posture de combat menaçante, ni de son regard meurtrier. Le dénommé Vacko le jaugea un instant de ses yeux cruels.

— T’es un vrai tueur, dit-il. Je le vois dans tes yeux. Mais aussi rapide que tu sois, chevalier, j’t’imagine mal m’atteindre avant que ma lame ait tranché la gorge de ton p’tit ami… J’ai pas raison, Crépin ?

— Je crois bien qu’t’as raison, Vacko ! T’as vu ? Ils ont un Rolf avec eux !

— Tu parles de la peluche toute mouillée, là-bas ?! C’est pas un Rolf ! Un Rolf, ça pleure pas comme une p’tite pucelle !

— Messieurs, nous n’avons pas besoin d’en arriver là. Nous n’avons pas le temps pour…

— Toi, le vioque, tu la boucles avant qu’on t’égorge ! s’écria le dénommé Vacko. On a tout l’temps car c’est moi qui décide si on a l’temps ou pas ! Et là, devine quoi ? J’ai décidé qu’on a tout l’temps ! J’me suis bien exprimé, hein Crépin ?

— Oh oui ! C’était aussi clair qu’l’eau du ruisseau, Vacko !

Pendant ce temps, les vibrations s’amplifiaient. Laissant petit à petit place à un son aigu et lancinant, comme si la carcasse du transporteur, elle-même, hurlait.

— C’est pas un son vraiment normal ça, Vacko…

— Il nous faut vraiment partir d’ici et maintenant, expliqua fermement le professeur Cène sans perdre son calme.

La lame du coutelas s’enfonça un peu plus profondément contre la chair du cou de Gravis. Une larme roula sur sa joue alors qu’il fermait les yeux.

— Vous la fermez tous ! C’est moi qui parle ici ! C’est moi qui donne les ordres ou j’le tue ! cracha Vacko.

— Alors, donne-nous l’ordre de prendre l’autre nacelle pour qu’on fiche tous le camp d’ici !

C’était Caes, resté silencieux jusqu’à maintenant, qui venait de s’exprimer d’une voix froide et coupante. Il regardait le pirate droit dans les yeux mais pointait son épée vers le sol. Le bandit soutint son regard puis prit le temps d’écouter le son anormal que produisait le vaisseau. L’inquiétude apparût fugacement sur son visage balafré mais elle fut bien vite remplacée par la colère. Il pointa son couteau sur le chevalier brun.

— Toi, tu vas ouvrir la marche et le deuxième comme toi va t’suivre comme ton ombre ! Après c’est la peluche larmoyante et l’vieux que j’veux voir devant moi et mon pote.

Il se tourna vers Cormack.

— Et l’nounours, y va m’lâcher son macchabé ! Y va plus pouvoir lui servir d’repas de toute façon, à moins qu’y préfère bouffer d’la viande froide…

— T’as entendu, boule de poil ? Lâche ton morceau et sors de la putain d’nacelle ! cria Crépin en le titillant du bout de sa hachette. Et qu’ça saute !

Le Rolf se leva brusquement en gardant Ezéquiel serré contre lui. Crépin recula en poussant un cri. Pourtant nulle rébellion n’habitait le regard du colosse. Il avait plutôt l’air de prier pour qu’on ne le sépare pas du jeune prince.

Vacko se mit à hurler après Cormack alors que le son devenait de plus en plus intense, couvrant presque sa voix.

— Tu l’poses ou j’le tue ! J’vais vraiment l’tuer !

— Si tu le tues, tu y passes ensuite, intervint Kappa.

— Tu veux sa mort sur ta conscience ou quoi ? lui rétorqua le pirate. Tu veux que j’l’égorge tout d’suite, c’est ça ?

Kappa recula et ravala les mots malencontreux qui lui montaient dans la gorge. Il prit appui sur le bord du transporteur en serrant les dents et rejoint Caes. Celui-ci ne comprenait que trop bien ce que ressentait Kappa. Il y avait encore une heure, la vie du petit majordome n’aurait pas pesé lourd dans la balance mais maintenant, c’était différent. Ils avaient tous trop perdu. Caes, lui-même, ne voulait plus de morts inutiles. À part peut-être celles de ces deux pirates qui allaient tous les faire tuer.

— Maintenant, tu fais c’qu’on te dit, putain d’peluche ! s’égosilla Crépin avec un courage retrouvé. Et qu’ça saute !

Caes supplia mentalement Cormack de s’exécuter alors que celui-ci maintenait fermement Ezéquiel contre sa poitrine. Les bras du prince restaient ballants le long du corps du Rolf, lui refusant une ultime étreinte. Sa tête, posée sur son épaule et dont les yeux sans vie ne pouvaient que darder un regard morbide sur sa nuque, s’agitait sous les soubresauts causés par les sanglots du colosse.

Le chevalier allait tenter d’intervenir quand les yeux de Cormack s’agrandirent soudain. Il eut un hoquet alors qu’il avait l’air de connaître une émotion à la force inouïe. À la surprise générale, Cormack déposa le cadavre d’Ezéquiel contre le bastingage de la nacelle. Sans un regard en arrière, il dépassa le vieux conseiller ahuri et remonta sur le transporteur. Sans rien dire, il alla s’installer dans la deuxième nacelle.

Les pirates ne perdirent pas de temps à leur aboyer des ordres alors qu’ils escaladaient eux même pour remonter sur le transporteur. Ils veillaient également à garder leurs distances. Au moment où les deux chevaliers allaient descendre dans la nacelle poisseuse de sang et d’autres fluides inconnus, la voix gutturale de Vacko se fit de nouveau entendre.

— Eh, les chevaliers ! Veillez bien à pas oublier de déposer vos armes sur le sol de ce foutu vaisseau avant de monter dans l’carrosse ! On n’est pas né d’la dernière pluie ! Pas vrai, Crépin ?

— Ah, ça pour sûr ! On en a même vu plein, des pluies !

Caes et Kappa se regardèrent un instant. Maître Cène, qui avait rejoint Cormack, leur fit signe d’obtempérer. En silence, ils s’exécutèrent. Les lames rebondirent sur le pont et le tintement qui en sortit fut couvert par le son strident, qui leur perçait les tympans. Ils sautèrent ensuite de concert dans la nacelle.

— Bien, bien, ricana Vacko qui les dominait tous à présent. Et maintenant, vous allez tous au fond en vous écartant bien du levier… Oui, oui… ici m’a l’air très bien ! Qu’est-ce que tu en dis, Crépin ?

— J’en dis qu’ça m’a l’air très bien aussi, Vacko !

— Alors tu vas m’tenir ça, le temps que je descende à mon tour…

Son camarade afficha aussitôt son inquiétude.

— Dis, tu vas pas m’laisser là, Vacko ?!

Le son du vaisseau devenait assourdissant et Caes jura percevoir un craquement. Il pressa mentalement les pirates de se bouger.

— Pauvr’crétin ! Si j’ai plus d’otage, comment veux-tu que j’les fasse obéir ? lâcha Vacko alors qu’il lui tournait le dos en se dirigeant vers le levier de désengagement.

Le soulagement transparut dans la voix de Crépin.

— Ah, j’suis rassuré, Vacko ! Parce que, pour être honnête, rien que l’idée de… ouch !

— Rien que l’idée de quoi, Crépin ? Tu sais que j’aime pas quand tu finis pas tes phrases ! C’est comme payer une putain des Baronnies alors que j’pourrais l’avoir gratuit ! Hein, Crépin ?

Entendant le coup sourd d’un corps tombant lourdement sur le sol, Vacko fit volte-face. Pendant un moment, il resta sans voix devant le corps inanimé de son acolyte avant de lever les yeux vers l’apparition inattendue.

— Mais t’étais pas mort ?! finit-il par s’exclamer.

— T’as utilisé le même stratagème, répliqua Ezéquiel alors qu’il lançait à Caes son arme.

La même avec laquelle il avait assommé le dénommé Crépin d’un coup de pommeau au-dessus de la nuque. Le même Crépin qui se trouvait inconscient dans la nacelle, le visage baignant dans les restes humains.

Tout en envoyant la deuxième lame à Kappa, il poussa un Gravis Petitpieds choqué du bout du coude, le faisant chuter à son tour dans l’engin de sauvetage. Il entreprit alors de le suivre.

— Arrête-toi tout d’suite ! hurla Vacko, sa main posée sur le levier de désengagement. Ou alors, j’active ça !

Ezéquiel poursuivit son geste sans aucune hésitation, le complétant avec un atterrissage parfait. Il alla s’appuyer tranquillement contre le rebord de la nacelle avant de jeter au pirate.

— Ouep, tu peux.

— Je… je vais…

Tous regardaient Ezéquiel avec des regards abasourdis. Le visage de Maître Cène était écarlate et une palette d’émotions s’y succédait. Dans ceux de Caes et de Kappa se démarquaient l’incompréhension, ainsi qu’une certaine méfiance. Gravis Petitpieds se frottait nerveusement les mains et on aurait dit qu’il voyait un fantôme.

Cormack, quant à lui, regardait juste Ezéquiel avec un regard inexpressif. Le choc était bien trop grand et il n’avait pas l’air d’être certain que ce soit bien la réalité.

Un horrible craquement se fit entendre et ils perdirent brusquement de l’altitude alors que la nacelle se penchait. Tous remirent leurs questions à plus tard devant l’urgence de la situation et hurlèrent au pirate d’activer le désengagement de la nacelle. Le transporteur se fissurait et tombait en morceaux !

Vacko regarda à gauche et à droite, tentant désespérément de trouver une autre solution. Il n’y en avait pas. Il était coincé avec eux et sans otage.

Il préférait ne pas penser à ce qui allait se passer à l’atterrissage.

— Et merde ! hurla-t-il en abaissant violemment le levier.

Rien ne se passa. Le son aigu du vaisseau devint un vrombissement beaucoup plus grave alors que les petites accélérations reprenaient et que, tout autour d’eux, de monstrueux craquements se faisaient entendre.

On va tous y passer…, pensa Caes en fermant les yeux, résigné.

La poussée les envoya au fond de la nacelle alors qu’une nouvelle et incroyable accélération propulsait le transporteur en ruine. Le chevalier crut percevoir un clang, puis le monde se transforma en un tourbillon de bruits et de couleurs. Un tableau flou qui dura un insoutenable instant dont il n’aurait su dire la durée.

Enfin, il sentit que quelque chose tirait violemment la nacelle vers le haut. Son front heurta brutalement le sol et il se retrouva à nouveau dans les limbes.


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