Chapitre 2 

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-Adriel ?

Ce fut la sensation de vide à mes côtés qui me réveilla, plus que l'interpellation affolée de mon camarade. Habitué aux réveils rapides et stressants, il ne me fallut que quelques secondes pour émerger de mon sommeil profond et bondir hors de la couchette, la main sur le poignard attaché à ma ceinture.

En effet, il n'était pas rare que je m'endorme durant mon tour de garde et que d'intrépides voleurs en profitent pour nous attaquer, aussi déloyal que puisse être leur action.

Néanmoins, j'eus une inspiration paniquée lorsque je me rendis compte que je ne faisais pas face à de simples voleurs en guenilles, l'haleine putride à force de mâchouiller de l'abelco, sorte de racines qui libéraient un jus âcre lorsqu'elles étaient écrasées.

L'individu qui obstruait l'entrée et empêchait la lumière de l'aube de pénétrer dans l'abri était tout autre, mais surtout, il tenait Egio contre lui.

Sa aura sombre obscurcissait la pièce plus que de raison et au centre de son visage aux traits ciselés me fixaient deux prunelles malicieuses.

Egio et moi n'étions que des gamins lorsque les démons étaient arrivés sur nos terres, et nous n'en avions jamais croisé. Force est de constater qu'il n'était pas nécessaire de les avoir déjà aperçu pour les reconnaitre. Tout en lui paraissait me pousser à faire preuve d'obéissance, accru par les griffes puissantes que j'apercevais délicatement posées sur la nuque de mon compagnon.

Une terreur sourde m'envahit lorsque je l'imaginais faire du mal au brun et les petits yeux encore endormis mais écarquillés de peur de mon frère me firent prendre conscience que tout reposait sur mes épaules.

Je ne fis aucun geste brusque et déposai lentement mon arme au sol. Je ne savais pas ce qu'espérait ce démon, mais c'était la chose la plus prudente à faire lorsque celui qui nous faisait face avait l'avantage. Et qu'il pouvait ôter la vie d'Egio d'une simple pichenette, pensais-je avec épouvante.

-Sage décision, tendre humain.

Sa voix puissante, gutturale, m'enveloppa et fit se hérisser mes poils, à l'image des animaux lorsqu'ils reconnaissent leur prédateur. Je n'aimais pas du tout ce sentiment d'insécurité et de peur profonde qui s'installait doucement en moi, peu habitué à me sentir au dernier échelon de la chaîne alimentaire.

Je tentai de m'approcher de lui mais il m'arrêta d'un geste.

-Tu vas ramasser vos affaires, les rassembler à l'extérieur, puis te mettre à genoux aux côtés de ma monture. Lorsque ce sera fait, je laisserai ton ami te rejoindre.

Ses ordres étaient clairs et précis, il ne semblait attendre aucun questionnement de ma part. Et si tout cela nous permettait de rester en vie alors je n'allais pas discuter.

Généralement, les démons se fichaient bien des possessions des humains. J'avais entendu à la taverne du village bon nombre de commerçants qui avaient tenté leur chance au domaine, espérant qu'un chandelier en cristal ou tout autre objet scintillant ferait flancher le cœur de pierres de ces individus et s'ouvrir leur bourse par la même occasion. Cependant, je n'avais jamais vu un de ces hommes bourrus revenir les poches pleines d'or.

Ce démon devait faire exception.

-Vous ne lui ferez pas de mal ? m'assurais-je malgré moi, la voix tremblotante, ridicule à côté de celle qui mit fin à mes doutes avec fermeté.

-Tu n'as aucun souci à te faire. Accède à mes désirs et tout se passera bien.

Un sourire carnassier égaya son visage, me laissant un aperçu peu amène des crocs qui le caractérisaient et je me mis au travail non sans un regard pour Egio qui me paraissait terrifié.

J'aurais tout donner pour pouvoir le serrer contre moi, enfouir sa petite tête contre mon torse et l'éloigner de tous les dangers. J'avais toujours eu un comportement excessivement protecteur envers lui, sûrement dû à nos enfances respectives. Petit j'aurais tellement apprécié avoir quelqu'un pour prendre soin de moi, vers qui me tourner. Lorsque j'avais vu sa bouille dans l'entrée de la maison, j'avais su qu'il ne subirait jamais ce manque.

Il ne me fallut que quelques minutes pour rassembler nos affaires. Je pliai notre couverture sous le regard inquisiteur que dardait le démon sur mon dos. Je pouvais presque le sentir suivre mes courbes, accompagner mes mouvements, et l'imaginer me fixer de la sorte redoubla mes tremblements.

Dehors, la tempête avait pris fin plus tôt que prévu, laissant derrière elle une bruine qui eut tôt fait de me tremper, collant à mon visage mes longues mèches blondes que je n'avais pas eu le temps d'attacher.

L'abris se trouvait au centre d'un petit champ, entouré d'arbres touffues. Je déposai nos affaires à côtés de notre bâtisse de fortune et repérai ce que le démon appelait sa monture. Un cheval aux couleurs ocres, l'air passablement ennuyé, broutait l'herbe à l'orée de la forêt et ne me lança pas un regard lorsque je l'approchai.

Me mettre à genoux fut bien inconfortable, ceux-ci s'écorchèrent au contact du sol rocailleux et la boue acheva de me glacer les os. Je fus vite dans l'incapacité de discerner ce qui me faisait le plus trembler, du froid glacial de l'aurore à la puissance sauvage du démon.

Heureusement, celui-ci ne me fit pas attendre. A peine commençais-je à trouver le temps long qu'il se plaçait devant moi, Egio toujours fermement maintenu contre lui.

Alors que je pensais qu'il allait brutalement rejeter le brun vers moi, il le déposa délicatement sur le sol et lui donna une petite impulsion pour qu'il prenne place à mes côtés. Ce qu'il fit sans demander son reste.

-Comment tu te sens ? m'empressais-je de lui chuchoter en attrapant sa main, vaine tentative pour lui communiquer un peu de réconfort.

-Ça peut aller.

Bien qu'il fasse bonne figure, je sentis parfaitement l'angoisse teinter sa voix et ressentis une vague de colère prendre place dans mon thorax. Je ne pouvais supporter que l'on fragilise Egio. Depuis le début, il était de mon devoir d'assurer sa sécurité. J'étais sa seule famille et le seul qui ne l'abandonnerait jamais.

Mes poings se serrèrent imperceptiblement et je me sentis soudain prêt à en découdre avec le géant avant de me rappeler que si je mourrais, je laisserais derrière moi mon frère terrifié avec cet individu malveillant. Il me fallut quelques inspirations pour retrouver mon calme et je reportai mon attention sur notre bourreau, attendant impatiemment qu'il nous apprenne enfin la raison de toute cette mascarade.

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