12.    Sauvetages - Partie 2

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Drake se délectait de voir la petite boule de poils piailler à chaque décharge électrique. L’animal était enfermé dans une cage spécialement créée pour lui éviter toute évasion. Il savait que Dorian ne supporterait pas cette torture et allait se manifester rapidement. Aussi quand un de ses sbires entra en trombes dans la cellule il se fendit d’un horrible rictus qui pouvait passer pour un sourire :

  • Monseigneur, Dorian est ici, il nous attaque.

Drake eut un rire amusé, le soldat semblait paniqué alors que cette attaque était tout à fait normale.

  • Il met nos gardes en déroute à lui seul ?
  • Ils sont vingt, Monsieur.
  • Vingt mages, s’étonna Drake ?
  • Non, Monseigneur, vingt Dorian.

La réponse arracha un éclat de rire au squelette.

  • Laisse-les venir jusqu’à moi, déclara froidement Drake, on va s’amuser.

Le garde disparut rapidement et l’Empereur des Terres Noires n’attendit que quelques minutes avant que la porte de la cellule ne s’ouvre à nouveau sur vingt représentations du jeune mage. Drake érigea un champ de force entre lui et ses assaillants :

  • Dorian, s’amusa-t-il, c’est gentil de venir me rendre une petite visite. Tu as réfléchi à ma proposition, tu vas enfin me rejoindre ?

Une dizaine de doubles du jeune mage répondirent en même temps :

  • Je viens rechercher ce qui m’appartient.

Le doute s’insinua dans l’esprit du jeune mage quand Drake lâcha :

  • Ce qui est bête, en amenant Elminster avec toi, c’est que je peux, à présent, tuer le plus puissant de mes ennemis. Et qui plus est, sans même que ça se sache.

L’un des doubles hurla soudain et tomba au sol en se tenant le cœur. Le sort s’effaça et Elminster réapparut tandis que les répliques qu’il avait créées disparurent. Le maléfice de Drake était puissant et le vieil homme ne semblait pas pouvoir le contrer. Dorian fit s’évanouir ses jumeaux et matérialisa un rempart d’éther devant Elminster. Son nouvel allié fut instantanément protégé contre l’enchantement que Drake lui avait lancé mais Dorian comprit bien que la présence de ce camarade pouvait avoir une issue fatale pour le reste de la guerre. Il coula un regard peiné vers le mage rouge et l’expédia à l’extérieur de la cité, loin de ce combat.

  • Drake, répéta le jeune homme d’une voix froide, rends-moi ce qui m’appartient. Je ne le répèterai pas.

Le squelette lança un regard amusé vers le familier.

  • Quoi ? demanda-t-il, ça ?

Dorian serra les dents lorsque son ennemi lança un nouvel arc électrique vers la créature immaculée qui couina de douleur en se tortillant pour échapper à l’emprise de son tortionnaire. Le lien qu’il avait noué avec l’animal était tellement fort qu’il sentait son cœur en proie au sort de son adversaire. Le jeune homme redressa soudain la tête et la température dans la cellule baissa d’une dizaine de degrés. Un vent violent venu de nulle part souleva les pans de son manteau et quand ce dernier projeta un orbe magique vers Drake, il avait concentré tellement de puissance dans cette attaque que la protection du squelette vola en éclats. Il ne s’attendait pas à un tel déferlement d’énergie. Jamais aucun de ses boucliers n’avait été aussi facilement balayé. La plupart du temps, ses adversaires peinaient à l’entamer car la barrière renvoyait les enchantements à leur expéditeur. Dorian leva la main vers son ennemi et Drake hurla soudain, le cerveau en proie à une pression électrique incommensurable. La seule échappatoire qu’il eut fut la fuite, il disparut de la cellule en une fraction de seconde. Dorian stoppa froidement le sort qu’il venait de lancer et s’approcha de la geôle de son familier. Syphilis ne bougeait à présent plus. D’un geste, il brisa la cage qui retenait l’hermine prisonnière. Un petit corps inerte atterrit dans sa main. Il prit délicatement l’animal contre son cœur et la caressa machinalement puis se matérialisa juste en face d’Elminster, au milieu de nulle part, à mi-chemin entre Sorgat et le palais elfique.

  • Comment va-t-elle, s’enquit le vieux mage ?
  • Je n’en sais rien, répondit Dorian froidement. Retournons chez les elfes.

Le vieil homme prit un air un peu gêné.

  • Dorian, les accusations que Firiel a portées sur toi sont graves. Elle… Le mot viol a été proféré ainsi que diverses charges qui appellent à un jugement.

Le jeune mage semblait ne pas écouter son ainé, trop absorbé par la petite boule de poils qu’il tenait contre son cœur. Elminster allait renchérir avec courroux quand son interlocuteur leva un regard froid et déterminé vers lui.

  • Je peux tout endurer, déclara-t-il, à présent que je suis à nouveau entier.

Il n’ajouta pas un mot de plus et disparut pour le royaume elfique. Elminster soupira puis lui emboita le pas.

***

Quand Elminster arriva sur les terres elfiques, il s’approcha immédiatement du petit attroupement qui s’était créé à quelques pas de là. Les elfes avaient été prompts à réagir et dès qu’il eut apparu, Dorian s’était retrouvé encerclé par les gardes. Le vieux mage s’empressa de les rejoindre lorsqu’il vit Calion courir vers le groupe, un sourire triomphant sur les lèvres. Dorian était debout, stoïque face aux soldats, les mains tendues en signe de reddition.

  • Laissez-moi faire, hurla l’elfe en jouant des coudes pour arriver à la hauteur du jeune mage.

La situation le faisait jubiler et il déclara d’une voix emphatique.

  • Dorian, vous êtes accusé de crime contre la couronne elfique. Les charges qui sont retenues contre vous sont d’une telle gravité qu’il nous a été ordonné de vous mettre aux fers dans l’attente de votre jugement. Vous y soumettez-vous ?

Dorian resta silencieux, son visage n’exprima pas la moindre émotion quand Calion lui referma avec violence les entraves dans le dos.

  • Crois-moi, lui murmura l’elfe noir, je me battrai pour être aux premières loges le jour de ton exécution.

Il accompagna sa remarque d’un violent coup de pied dans le genou du mage. Ce dernier s’affaissa mais se releva aussitôt et suivit impassiblement l’elfe jusqu’aux prisons du palais. ***Le seul soulagement que Dorian eut une fois en prison, ce fut de voir Syphilis revenir à elle. Le familier s’était remis de ses émotions et le mage la câlinait quand la porte de sa geôle s’ouvrit sur la Reine. Calion se tenait à ses côtés, le visage tendu, prêt à exploser. Dorian s’en désintéressa pour reporter son attention sur Galadrielle. La souveraine semblait étrangement fermée et stoïque.

  • Pourquoi, Dorian ? demanda-t-elle d’une voix certes cristalline mais anormalement accusatrice. On m’a dressé un portrait de toi qui me choque mais paradoxalement, il concorde avec d’autres récits qui m’ont été rapportés. Nous as-tu manipulés ? Pourquoi t’en es-tu pris à Firiel ?

Elle allait ajouter autre chose mais quand Calion entendit le nom de son Général, il cessa toute retenue, fondit sur Dorian, le plaqua violemment contre le mur et lui écrasa un coup de poing en pleine mâchoire.

  • Qu’en as-tu fait, chien ?

Galadrielle tenta de retenir le lieutenant mais ses mots sonnaient creux, l’elfe noir était fou de rage :

  • Où est-elle ? Où la retiens-tu prisonnière ?

Le cœur de Dorian manqua un battement lorsqu’il comprit qu’on venait, à nouveau, d’enlever le Général elfique. Il commença à paniquer quand il se rendit compte que ses entraves ne lui permettaient pas d’user de son éther pour la localiser. Syphilis fut prompte à le renseigner :

  • Elle est dans un autre plan.

Un masque de terreur passa alors sur son visage.

  • Céphéus, murmura-t-il pour lui-même.

Le mage l’avait dit : il glanerait la belle une fois que Dorian aura fini de jouer avec. Se désintéressant des beuglements de Calion l’accusant d’être de connivence avec le ravisseur, Dorian, tourna un regard inquiet vers la Reine :

  • Majesté, commença-t-il avec une certaine panique, si c’est bien Céphéus qui retient Firiel contre son gré alors il faut agir et rapidement. Elle est en grand danger. Son oppresseur va la tenter, si votre sœur goûte ne serait-ce qu’une bouchée de ce qu’il lui propose, elle perdra tout souvenir… à jamais.
  • Que souhaite-t-il ? s’étonna Galadrielle.
  • Une chose pour s’amuser, répondit froidement Dorian, il est des mages qui sont bien heureux d’avoir quitté la Tour Blanche et ses obligations. Qui sont bien heureux de pouvoir impunément assouvir leurs vices.

La Reine s’avança alors vers le mage et commença à défaire ses entraves. Calion voulut s’interposer mais la souveraine le fit taire d’un regard avant de reporter son attention sur le jeune homme :

  • Ne brise pas ma confiance, murmura-t-elle.

Dorian ne répliqua même pas, à peine eut-il été libéré qu’il disparut, sans un mot ni un regard, juste une profonde détermination peinte sur le visage.

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