La brèche

21 minutes de lecture

Tina avait toujours été une femme pleine de caractère. Depuis sa plus tendre enfance, tout le monde était d'accord: quand Tina voulait quelque chose, elle l'obtenait. Enfant, elle savait offrir un sourire, un regard, qui faisait fondre n'importe quel adulte qui oserait tenter de lui refuser quoi que ce soit. Dans la cour d'école, les garçons redoublaient d'ingéniosité pour être l'amoureux de Tina. Au point que les autres filles, si elles voulaient avoir une chance d'en avoir un, devaient être de bonnes amies pour Tina, afin qu'elle refuse un garçon et qu'il se rabatte sur une autre.

En grandissant, elle comprit que ce n'était pas la quantité qui comptait. Ainsi elle réussit à connaître de vraies amitiés, sincères et désintéressées. Les choses s'étaient un peu compliquées pour elle. Lorsqu'elle voulait être la première de sa classe, il lui fallait plus qu'un caractère bien trempé. Mais c'est encore celui-ci qui la faisait travailler sans relâche jusqu'à atteindre son but. Ainsi, au collège, Tina était non seulement la première de sa classe, mais en plus la plus belle, la plus populaire.

De tout temps, ça lui avait apporté des ennemies redoutables. D'autant que lorsqu'à l'âge de 16 ans, elle avait découvert les plaisirs de la chair, Tina avait trouvé un nouveau moyen d'arriver à ses fins. Son ambition allait grandissant, et ses choix de plus en plus restrictifs.

À force d'études, à force de réflexions sur elle, sa condition et son avenir, Tina se fit petit à petit à l'idée qu'elle ne changerait pas le monde. Ce qu'elle voulait par-dessus tout, c'était profiter de la vie. Et à observer les autres femmes, elle sut que si elle ne voulait pas passer son existence à lutter contre le patriarcat qui avait conquis à peu près la planète entière, elle devrait trouver un mari correspondant à ses attentes, et non l'inverse.

Malgré tout, Tina n'avait pas abandonné sa liberté. Pour elle, il s'agissait définitivement d'une stratégie sur le long terme. Tina était ainsi... Têtue et décidée.

Mais elle était aussi une belle femme. Ses longs cheveux bruns tombaient avec délicatesse sur ses épaules à la fois fines et musclées. Son long cou lisse mettait en valeur son visage rond, aux yeux en noisettes et aux joues poupines qu'on avait envie de caresser au premier coup d'oeil. Si elle entretenait sa ligne, ce n'était pas pour ressembler aux femmes des podiums de haute couture, ou celles des magazines de charme qui faisaient tant rêver les hommes. Elle savait très bien que ces femmes-là, les hommes les pensaient inaccessibles. Elle respirait la bonne santé, avec ses hanches rondes surplombées d'un ventre plat et d'une poitrine qui faisait naître des étoiles dans les yeux des hommes. Là où elle se faisait un point d'honneur de ne pas gagner en adiposité, c'était dans ses bras, ses jambes et ses fesses, qu'elle aimait douces et rondes.

Elle portait quasiment constamment des talons hauts, pour mettre ses longues jambes en valeur, et légèrement affiner sa silhouette. Le moins qu'on puisse dire, c'est que Tina avait encore une fois atteint son but. Si elle désirait un homme, celui-ci ne résistait que très rarement.

Et c'est ainsi qu'elle avait mis le grapin sur Léo. Elle n'avait que 24 ans, et lui 47. Léo était un puissant homme d'affaires, respecté et même craint. Veuf, il n'avait retrouvé le goût à la vie (et donc aux affaires) que grâce à l'intervention divine de Tina. Mais celle-ci n'était pas dupe. Elle jouait la femme docile, faisait semblant de ne pas voir, de ne pas comprendre, comment Léo menait ses affaires. Il était pourtant clair que le business de Leo impliquait pots de vin, menaces, et même assassinats.

Malgré son âge, Léo était resté bel homme. Il avait une carrure qui allait avec son charisme. Toujours propre sur lui, il ne supportait pas l'inverse chez les autres. Il lui arrivait d'être coléreux, mais seulement en affaires. Jamais il n'avait un mot plus haut que l'autre avec Tina. Et à sa plus grande surprise, son mari était un amant doux et attentionné, qui faisait toujours passer le plaisir de Tina avant le sien. On ne pouvait pas dire que Tina prenait un pied énorme. Il ne la faisait pas grimper aux rideaux comme d'autres amants avaient su le faire, mais elle aimait faire l'amour avec lui.

Elle l'aimait, d'ailleurs. Pas de l'amour brûlant et dévorant de la passion, plutôt de celui des vieux couples, tendre et doux, exactement comme il l'était au lit. Elle se surprenait même à trouver sa bedaine attendrissante et la lui caressait parfois avec affection. Ça le faisait rire, et elle aimait le voir rire. Lorsqu'il riait, il perdait ses traits sévères d'homme à la tête d'une bande de tueurs. Dans ces moments, elle devinait à quoi il pouvait ressembler étant enfant.

Ils avaient forcément des points de désaccord. Tina ne souhaitait pas jouer les femmes au foyer et elle avait insisté avec le même succès que d'habitude, pour être une femme active, qui gagne son indépendence et qui n'est pas esclave du porte-feuille et du bon vouloir de son mari. Ainsi, Tina avait atteint un autre but. Elle savait que son embauche avait été grandement facilitée par l'intervention de son mari, mais elle n'en avait cure. Aujourd'hui, à l'âge de 32 ans, elle était devenue directrice de publication dans un journal subversif, distribué uniquement en ligne. Rien que le nom avait fait ciller Léo: "L'indépendante".

Autant dire qu' un mari aussi fortuné et la présence de Tina dans les soirées mondaines, en tant que potiche pour faire fructifier les affaires de son homme, n'avaient pas aidé Tina au début. Mais elle avait réussi à faire coup double. Les articles qu'elle avait proposés étaient d'une qualité supérieure, très bien documentés et avaient fait, petit à petit, monter en flèche les abonnements. Contrairement à ce que craignait Léo, les articles de sa femme ne refroidirent pas les investisseurs. Ils n'oubliaient pas qui était Léo et ce dont il était capable, et un juge, aussi chevronné soit-il, n'aurait jamais trouvé la moindre trace d'irrégularité dans ses agissements, ni même la moindre preuve de sa connivence dans une affaire de meurtre ou de passage à tabac. Ce dont il avait le plus peur, c'était de devenir la risée des hommes politiques et des autres hommes d'affaires. Avoir une femme "indépendante" n'était pas vu d'un très bon oeil, en général.

C'était sans compter sur leurs femmes à eux. En seulement un an, Tina était devenue une sorte de modèle pour ces "femmes de". Et avec elle, Léo lui-même avait gagné en popularité. Car en société, Tina ne tarissait pas d'éloges sur son mari. Il n'était pas question de faire de lui un homme qui aurait "laissé" sa femme faire ce qu'elle voulait. Elle disait de lui qu'il n'était pas du genre à l'empêcher de faire ce qu'elle voulait quand elle le voulait. Personne n'était tout à fait dupe. Si les activités de Tina avaient nui à ses affaires, il l'aurait remise à sa place.

Mais en l'état, Léo ne pouvait que l'inciter à continuer. Car il savait que, dans l'intimité de leurs maisons, les "femmes de" avaient une grande influence sur les décisions, quoi qu'en disent les hommes en public. Tina, elle, ne s'intéressait pas aux affaires de son mari. Elle comprenait fort bien que moins elle en savait, mieux c'était pour tout le monde. Son mariage, qui était un mariage plutôt heureux, lui donnait une position confortable pour atteindre son but premier: profiter de la vie.

Elle n'avait pas à se soucier du quotidien, tous ces tracas qui peuvent vous gâcher une existence. Léo avait deux grands enfants dont un travaillait dans une des entreprises de son père, l'autre encore à la fac. Il n'était donc pas demandeur de bébé, et ça allait très bien à Tina.

D'autant que Tina s'était octroyé une certaine indépendance charnelle, en même temps que le reste. À l'âge de 55 ans, Léo n'était plus vraiment aussi satisfaisant qu'auparavant. Et le corps de Tina réclamait plus de passion. Mais ce n'était pas chose aisée. Elle était la proie des paparazzi, ne devait pas être vue dans des endroits où la luxure est le maître-mot. Alors elle se rabattait, la plupart du temps, sur des substituts en silicone.

Elle avait d'ailleurs développé un certain fétichisme pour ces jouets. Léo, plus classique dans sa relation au sexe, en avait été un peu chamboulé. Tina se doutait que sa baisse de libido était sûrement liée au fait que même dans le lit conjugal, elle les utilisait volontiers. Il lui arrivait, alors que son mari lui faisait l'amour, de tendre un bras pour se saisir d'un vibro et stimuler son clitoris dans le même temps. De surcroît, lorsque Léo était en train de lire ou de consulter les compte-rendus de ses collaborateurs, elle jouait avec eux. Sa table de nuit était pleine de godes, de vibro-masseurs et autres boules de geisha. Déstabilisé, Léo pensait qu'il ne la satisfaisait pas du tout, et au lieu de se confronter à son soi-disant échec, il préférait la laisser prendre son pied avec ses hochets pour adultes. De plus en plus, Tina et Léo vivaient deux vies différentes en habitant sous le même toit.

Si bien qu'un jour, Tina en avait eu assez de ne pas sentir un corps contre le sien. Comme à son habitude, lorsqu'elle partait en déplacement pour le journal, elle prenait quelques uns de ses jouets avec elle. Ayant insisté pour que les trajets nationaux se fassent en train plutôt qu'en avion, ils étaient parfois longs, interminables même. Ses amis en silicone lui permettait de patienter d'une manière divertissante.

Ce jour-là, Tina était accompagnée de Lydie, qui approchait la cinquantaine, grande féministe qu'elle avait elle-même approchée pour la faire travailler au journal. Plus que féministe, Lydie était une véritable activiste. Manifester les seins à l'air, elle l'avait fait dès la première heure, bien avant qu'on entende parler des Femen. Elle avait d'ailleurs écrit un livre, que Tina avait dévoré. Il n'était pas question dans cet ouvrage de culpabiliser les hommes et de placer les femmes en victimes à qui on devrait redonner leur place. Pour Lydie, les femmes étaient les ouvrières du cercle familial. Elles devaient d'abord passer par une prise de conscience collective, puis se soulever, non pas contre leurs maris (les pauvres n'étaient bien souvent pas pour grand-chose dans tout cela), mais contre l'élite qui continuait, à travers l'éducation et son système capitalo-patriarche, de transmettre des valeurs qui n'avaient aucun avenir sinon celui de diviser la population en deux: les hommes d'un côté et les femmes de l'autre.

L'idée de Lydie qu'il ne fallait pas dissocier le patriarcat du capitalisme avait beaucoup plu à Tina. Elle en profitait énormément, pourtant, et cela avait été un point de friction entre elles lorsque Tina l'avait approchée. Mais même dans ce cas de figure, Tina savait tirer son épingle du jeu. Elle avait été franche avec Lydie. Elle ne lui avait rien caché de sa "stratégie" de vie. Lydie avait été émue de voir ce que le patriarcat avait obligé Tina à faire, alors elle avait décidé de lui donner une chance. Ensemble, elles participeraient peut-être à cette prise de conscience, même s'il était exclu que le journal se retrouve le moteur d'une "révolution de la femme"... du moins pour le moment.

Lydie considérait la société, la planète, comme une grande famille. Et tout comme le patriarcat mettait le pouvoir de décision et le porte-feuilles dans les mains du patriarche, et lui seul, le capitalisme mettait les mêmes pouvoirs dans les mains d'un nombre tellement réduit de personnes qu'ils en devenaient les patriarches mondiaux. Tant que le capitalisme serait, le patriarcat ne pourrait tomber. Exactement le genre de défi dont Tina raffolait.

Ensemble, elles s'étaient ruées sur le phénomène "#metoo". Non pas pour donner la parole aux victimes d'agressions sexuelles (elles le faisaient depuis belle lurette, dans L'Indépendante), mais pour donner la parole aux hommes, à ceux qui, contrairement à ce que voulait faire croire ce mouvement, ne se comportaient pas en prédateurs, non pas parce qu'ils avaient reçu une éducation qui avait fait d'eux des hommes sensibles, au côté féminin exacerbé, mais parce qu'ils considéraient que chaque être humain a le droit au respect, quelles que soient ses origines, son âge ou son sexe. Elles avaient interviewé des hommes qui s'étaient livrés à elles, avaient parlé de leur ressenti quant à ce mouvement qui pointait du doigt (malgré lui) tous les hommes, devenus alors des violeurs en puissance dans les médias. Elles leur avaient posé des questions sur leur vision de la sexualité, des rapports hommes-femmes. Beaucoup avaient avoué être perdus, entre leurs pulsions et leur raison. Mais tout en restant ambivalents, ils étaient touchants. Comme ce Marc, qui avait parlé de son malaise, car bien malgré lui, il se retrouvait dans beaucoup de comportements montrés du doigt. Il avait toujours pensé que l'insistance d'un homme était une sorte de jeu, qu'une femme se devait de faire croire qu'elle n'était pas intéressée pour tester, en quelque sorte, le désir de l'homme. Il s'était avéré pour lui qu'il faisait partie de cette catégorie de "gros lourds mais pas méchants" qui ne comprennent pas que "non", ça n'a pas d'autre sens caché. Mais Marc était confiant! Cette révélation, aussi difficile soit-elle à encaisser, allait le faire changer, lui et de nombreux autres hommes, ainsi que leurs descendants. "C'est un mal pour un bien, avait-il dit dans les lignes du journal. Les femmes ont raison de nous remettre les points sur les i, parce qu'on s'est fait berner par un discours qui nous a été servi, rempli de mensonges auxquels il était plus facile pour nous de croire que de remettre en question. Et cette dynamique, j'espère, est amenée à se transposer dans bien d'autres domaines."

Et grâce à ces articles, les abonnements avaient encore grimpé. Désormais, beaucoup d'hommes s'intéressaient à ce journal, dans l'espoir d'entendre leur voix dans les lignes du mensuel, d'avoir moins le sentiment d'être oubliés ou mal jugés. Mais aussi, avait entendu Tina auprès d'un lecteur, pour mieux comprendre les femmes, et mieux répondre à leurs besoins.

Lydie avait été fière de participer à cela, fière de pouvoir, au sein de ce journal, mettre en pratique tout ce qu'elle pensait depuis si longtemps. Rassembler au lieu de diviser. Si les choses commençaient ainsi, l'idée pourrait aller loin... peut-être jusqu'à renverser le capitalisme et les restes de patriarcat avec lui.

Malgré leur partenariat, Lydie et Tina avaient peu échangé sur elles. Le temps leur avait manqué, surtout. Lorsque Tina n'était pas au journal ou en déplacement, elle était en représentation chez elle ou dans des soirées où elles ne risquaient pas de se croiser. C'est pour cette raison que Tina avait organisé ce déplacement de cette manière. Elle avait pris un rendez-vous tôt dans la matinée, mais elles partaient dès le début d'après-midi de la veille. Le sujet était loin d'être joyeux. Dans cette période où les féminicides faisaient toutes les unes nationales, Tina avait décidé de prendre le dossier en mains personnellement. Et pour la rubrique "La parole aux hommes", elle avait réussi à décrocher une interview avec un homme en prison, qui avait tué sa femme 10 ans plus tôt.

Mais avant l'interview, elles avaient eu tout le trajet et une soirée pour faire plus ample connaissance. Et les choses dérapèrent rapidement. Tina savait très bien que Lydie était lesbienne, elle ne s'en cachait pas, ne s'en était même jamais caché, depuis son adolescence. C'était sûrement d'ailleurs pour ça que son discours sur les hommes était si bien entendu. Une lesbienne qui défendait les hommes, ça ne se voyait pas tous les jours.

Les choses avaient donc commencé à germer dans l'esprit des deux femmes lorsque Tina, en plein couloir du wagon du train, avait fait tomber un gode et ses boules de geisha de son sac à main. Tina avait rougi, Lydie avait ri. La demi-heure qui avait suivi avait été une suite d'échanges techniques sur ces objets et d'éclats de rires incontrôlés. Tina avait découvert une femme encore plus ouverte qu'elle ne l'aurait cru. Elle parlait de sa sexualité avec aisance, sans aucune gêne, presque sur le même ton que leurs échanges professionnels. Et Tina en avait été aussi admirative qu'émoustillée.

Elle avait raconté, alors, ses déboires charnels avec son mari, autour d'un verre, au bar de l'hôtel. Une nouvelle fois, Lydie avait été émue. Elle avait posé sa main sur la cuisse de Tina, par compassion. Leurs regards s'étaient croisés juste à ce moment-là, et les jeux étaient faits. Elles avaient eu beau partir dîner en ville, trouver énormément de sujets de discussion qui n'avaient plus rien à voir avec le sexe ou l'amour, lorsqu'elles revinrent à l'hôtel, elles s'embrassèrent et s'enlassèrent au moment de la séparation.

Devant la porte de la chambre de Lydie, Tina s'était abandonnée à ce besoin de sentir du désir pour elle, d'un corps contre le sien. Elle n'aurait jamais pensé à Lydie, en couple depuis si longtemps avec Fabienne. Elle n'aurait jamais pensé à une femme. Lydie attira sa directrice dans sa chambre, l'allongea avec tendresse sur le lit. Les verres de vin aidant, Tina se laissait faire et y prenait du plaisir. C'était la première fois depuis bien longtemps qu'elle faisait quelque chose qu'elle n'avait pas plannifié avant. Et même ça, c'était bon.

Elle eut pourtant un moment de tension, d'hésitation, lorsqu'elle sentit la main de Lydie relever sa robe et se poser sur le tissu de son string déjà taché d'une cyprine sirupeuse qui contredisait volontiers les mots qu'elle prononça alors:

-- Je... ne peux, je... Mon mari...

-- Ce qu'il ne sait pas ne peut pas lui faire de mal, lui répondit Lydie. Tout comme Fabienne. Laisse-toi aller...

Et Tina s'était laissée aller. Il ne lui fallut que quelques secondes. Les caresses, douces et précises, de Lydie sur son bourgeon encore dans son capuchon, son souffle sur sa peau, ses lèvres dans son cou, eurent rapidement raison des appréhensions de Tina. Elle ouvrit d'elle-même ses cuisses, s'accrocha aux draps et ferma les yeux. Avec une lenteur extrême, Lydie découvrait et parcourait son corps des doigts, de la bouche et la langue. Chaque découverte d'une partie du corps de sa directrice était accompagnée d'un soupir langoureux.

Une fois nue et le corps brûlant d'un appétit nouveau que Tina finissait d'accepter, elle ouvrit les yeux et regarda sa journaliste, amie, et maintenant amante. Dans son regard, il y avait cette lueur qui avait disparu de celui de Léo, celle qui vous fait avoir le sentiment d'être une reine, que seuls vos désirs comptent et que le monde s'est arrêté de tourner le temps que vous soyez satisfaite.

À genoux au bord du lit, entre ses cuisses, Lydie lui offrait un massage du périnée qui faisait couler Tina comme jamais. Appliquée, elle frôlait ses orifices sans pour autant s'y enfoncer. Tina se mit à onduler, en tortillant les draps.

-- Déshabille-toi, supplia-t-elle dans un murmure.

-- Et pourquoi tu ne le ferais pas, toi?

Alors Tina se releva, sans une seconde d'hésitation. Avec sensualité et assurance, elle goûta une fois de plus aux lèvres pulpeuses de Lydie, puis elle passa derrière elle, debout. En se plaquant contre elle, elle sentit les mains de Lydie se poser sur ses cuisses. Dans un murmure de plaisir, sa compagne d'un soir se laissa aller, la tête dans sa poitrine généreuse. Ses cheveux caressait sa peau alors qu'elle relevait son visage vers elle, les lèvres réclamant le contact de Tina.

Tout en faisant glisser à son tour les bretelles de la robe de Lydie, Tina s'abandonna à ce baiser mêlé de douceur et de ce goût épicé du risque. Elle savait qu'elle ne devrait pas, que si par un malheureux hasard, Léo apprenait son écart, il pourrait entrer dans une colère folle et supprimer Lydie, purement et simplement. La féministe activiste avait largement assez d'ennemis potentiels pour que quelqu'un pense à lui dans une éventuelle enquête. Mais lorsque Lydie attrapa sa langue entre ses lèvres pour la sucer comme une chose précieuse, Tina oublia à nouveau toute prudence.

Ses mains plongèrent dans les bonnets de Lydie et elle pressa avec envie ses seins gonflés de plaisir. Plus elle les malaxait, plus Lydie suçait sa langue... et plus Tina perdait pied dans cet océan de sensualité. Soudain, elle remonta ses mains et attrapa le visage de sa collaboratrice. Leur baiser se fit enflammé, urgent. Tina sentait en elle une pulsion rarement ressentie, un besoin irrésistible de prendre sa jouissance.

Elle se tortilla légèrement, se pressa un peu plus contre Lydie, une main dans son cou, comme pour l'empêcher de s'écarter, de rompre le contact. De l'autre, elle défit le soutien-gorge de son amie. Dès qu'il tomba, elle la repoussa en avant. À quatre pattes sur le lit, Lydie ricana, alors que Tina faisait glisser ses mains le long de son dos, descendant vers sa croupe creuse en laissant des traces d'ongles sur son passage. Lydie se mit à ronronner, tendit encore plus ses hanches vers une Tina qui terminait de la mettre nue, retirant robe et culotte dans le même mouvement, ne lui laissant que ses bas.

La femme expérimentée tourna son visage en souriant pour voir une Tina au regard brillant, plonger entre ses cuisses, la langue avide de connaître un autre goût que le sien propre. À ce contact, Lydie se crispa, lâcha un râle plus intense que les autres. Tina la butinait avec ardeur, même si la toison de son amante devait être un peu trop fournie à son goût, elle qui n'avait laissé qu'une fine ligne sur son pubis. D'instinct, elle posait sa langue exactement aux endroits qui faisaient de Lydie une femme rapidement comblée.

Elle n'était pourtant pas au bout de ses surprises. Elle avait toujours eu de Tina l'image que celle-ci voulait bien donner aux autres: une femme qui mêlait assurance et autorité, toujours encline à maîtriser son environnement et à ne laisser que très peu de place à l'improvisation. Alors quand elle sentit la femme derrière elle glisser sa langue le long de son périnée pour venir titiller son anus, tout en insérant deux doigts farouchement tendus dans son antre ruisselant, elle explosa littéralement. Ses gémissements se firent couinements. Au lieu d'aller et venir d'avant en arrière, les doigts de Tina montaient et descendaient, frénétiquement, ouvrant en grand le vagin d'une Lydie, surprise de ne pas avoir à prendre les choses en mains pour lui faire découvrir les plaisirs saphiques.

Lydie jouit sans pouvoir rien retenir. Elle aurait aimé, était même habituée, à être celle qui exultait la dernière. Mais Tina n'était décidément pas comme les autres. Elle devait bien savoir que son amie était traversée d'un orgasme aussi vif que virulent, mais c'est à ce moment qu'elle choisit d'aller et venir de ses doigts tendus, le poing fermé qui cognait contre la vulve offerte de Lydie, complètement étourdie par la situation qui avait définitivement échappé à son contrôle. Et elle n'allait pas s'en plaindre.

La grande majorité des fois où Lydie trompait Fabienne, c'était pour faire connaître ces plaisirs à des femmes totalement inexpérimentées, comme Tina. Cette posture de la lesbienne aguerrie, qui en devenait presque masculine à force d'être celle donne le plaisir, commençait à la lasser, parfois. Tina était surprenante. Il ne lui avait fallu que quelques minutes de sensualité pour prendre les rênes, s'en accaparer, et vivre pleinement le moment. Elle n'était pas du genre à se laisser faire, et Lydie devait bien avouer que ça lui plaisait énormément.

À peine les soubresauts passés, elle sentait une nouvelle vague déferler sur elle, projetée du bout des doigts par une Tina qui maintenant agrippait ses cheveux bruns, les tiraient en arrière, tout en poussant son pouce dans sa rondelle, alors que les deux autres doigts n'avaient pas quitté leur fourreau débordant. Debout derrière Lydie, Tina sentait sa cyprine couler le long de l'intérieur de ses cuisses. Son vagin palpitait, se contractait par à-coups, déversant d'autres gouttes de cyprine hors de son sexe qui ruisselaient à leur tour sur sa peau frémissante d'un désir jusqu'ici jamais égalé.

Pas peu fière d'elle, elle s'allongea sur le lit devant une Lydie incapable de bouger, au bord de la syncope, après avoir joui sans cesse de longues minutes. Tina écarta ses cuisses en léchant ses doigts poisseux du nectar de Lydie, et lui fit signe de s'approcher.

Lydie se rendait bien compte de ce qui se passait. Une part d'elle voulait mettre un terme à cette sorte d'humiliation que lui faisait subir sa directrice. C'était elle, la lesbienne! Elle qui avait couché avec des centaines de femmes depuis son adolescence, où, pour assouvir ses besoins, elle avait dû traîner dans les endroits les plus mal fâmés de la capitale afin de trouver des femmes qui assumaient pleinemment leurs penchants homosexuels. Et pourtant, elle était irrésistiblement attirée par cette femme magnifiquement pulpeuse, qui, même dans une situation aussi nouvelle et intime, faisait montre d'une assurance hors du commun.

Alors Lydie s'approcha. Elle avança la main droite sur le matelas, et le genou droit suivit. Puis la main et genou gauche. Un frisson parcourut son corps entier, jusqu'à son âme, lorsque Tina posa sa main sur son menton pour l'attirer jusqu'à elle et l'embrasser. La tendresse et la sensualité reprenaient leurs droits. Lydie s'abandonna à ce baiser, plongea simplement ses yeux dans ceux de Tina, puis suivit le mouvement lorsque celle-ci appuya sur son crâne, tout en caressant ses cheveux en bataille.

Elle découvrit le goût doux-amer de Tina, ainsi que l'abondance de ce liquide dont Lydie s'était tant de fois repue sur d'autres femmes. Elle fit longuement connaissance avec le bouton bandé de sa directrice, tira de ses doigts experts sur la peau aux pourtours de ce petit mât. Elle le décalota avec tendresse, et le suça amoureusement.

Avant même d'entendre les gémissements de Tina, elle savait l'effet que sa bouche avait sur elle. À deux reprises, Tina avait tenté d'empoigner fermement la tignasse de Lydie, mais par deux fois, elle perdit son énergie, avant d'abandonner et de se laisser complètement aller au plaisir que lui offrait Lydie.

Ses doigts prirent le relais. Elle branlait ce petit phallus de l'index, levant les yeux sur le visage à la fois crispé et souriant de sa maîtresse d'un soir. Elle aimait ce moment, celui où elle devenait maîtresse de la jouissance de l'autre. Il suffirait qu'elle s'arrête et Tina réclamerait, elle le savait. Mais cette dernière ouvrit les yeux et elle se sentit toute petite.

Elle la branla de plus belle. Mais au lieu d'apprivoiser la belle femme dans son lit d'hôtel, elle l'avait enragée. Elle eut le sentiment qu'elle allait la dévorer. Par réflexe, elle voulut glisser ses doigts dans cet antre débordant d'une cyprine dont l'odeur lui remontait jusqu'au cortex et l'excitait, mais Tina attrapa cette fois ses cheveux des deux mains.

-- Fais-moi jouir, Lydie! s'exclama-t-elle en lui plaquant le visage entre ses cuisses tremblantes d'un désir qui la consumait de toute son âme.

Lydie se retrouva le nez dans la cyprine. Le temps que la surprise passe, Tina frottait sa vulve, endiablée, contre son visage. Le nectar se répandait jusqu'en elle par les pores de sa peau. Elle avait le sentiment que cette femme était en train de l'imprégner, qu'elle garderait son odeur sur elle à jamais. Puis Lydie tendit la langue. Elle aussi en voulait plus. La libido de Tina explosait littéralement dans l'espace et se déversait en elle. Lydie était de nouveau sur le point de jouir sans même s'être caressée.

Elle attrapa les fesses de Tina et la dévora comme jamais. Elle se gorgea de son jus, se reput de ses couinements, tout en contractant violemment son vagin. Puis elle sentit le moment venir. Lydie n'avait aucun effort à faire pour rester concentrée sur le plaisir de sa partenaire. Toujours, les signaux de l'orgasme lui sautaient à la conscience. Alors elle ouvrit la bouche et vint aspirer le clitoris de Tina en la pénétrant de deux doigts. Elle atteint son point G exactement au moment où son amante se contractait.

Les secousses firent le reste. Incontrôlées, violentes. Lydie se fit arroser d'un jus plus liquide que sa cyprine. Tina se crispa, cambrée sur le lit, les doigts serrés dans les cheveux de Lydie qui elle-même jouissait intensément.

Les deux femmes mirent un long moment à reprendre leurs esprits. Ni l'une ni l'autre ne savait exactement comment réagir. Lydie s'était faite surprendre par Tina qui avait montré une certaine autorité qu'elle ne lui connaissait que peu à son égard. Tina, elle, commençait déjà à repenser à son mari. Lydie le sentit et vint l'embrasser, le visage dégoulinant de son éjaculat. Nerveuse, Tina se mit à rire en la voyant ainsi souillée. Mais dans le même temps, elle serrait Lydie contre elle.

-- Jamais je n'avais joui de cette manière.

-- Tu veux dire à faire la fontaine?

-- Oui... Je suis désolée.

-- Je suis flattée.

D'un commun accord, pourtant, elles s'étaient promis que cela n'arriverait plus. Lydie en avait ressenti une certaine peine, tout comme Tina. Mais il y avait Fabienne... et Léo. Lorsque Tina avait prononcé son nom, Lydie avait baissé les yeux. Elle savait très bien, elle aussi, de quoi était capable le mari de Tina.

Mais une fois que Tina était repartie dans sa chambre, Lydie s'était faite une promesse: un jour, Tina n'aurait plus rien à craindre de Léo Dupin, véritable mafieux qui tenait dans le creux de sa main la ville entière et dont l'influence malsaine rayonnait bien au-delà encore.

De son côté, Tina s'endormit avec un sourire aux lèvres. Elle était confiante. Léo n'en saurait rien. Ce n'était pas totalement innocent, si elle avait prononcé le nom de son mari. Elle savait que Lydie en aurait peur, et que la peur faisait taire même la plus virulente des féministes. Puis elle avait découvert ce soir-là la puissance du véritable orgasme. Elle n'attendait qu'une chose: le vivre à nouveau, l'apprivoiser... et le commander.

Annotations

Vous aimez lire Zeppo ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0