Chapitre 15 - Projet Gamma (3/3)

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— Mais c’est super ça ! Vas-y mon poussin !

Wilfried coupa la transmission avec sa mère. Il avait du mal à tenir en place tellement il était heureux. Pour la première fois depuis le début de sa carrière, il avait effectué une expérience de mutation génétique.

Le jeune homme en avait rêvé dès son arrivée sur Obissar, suite à son intégration au laboratoire du docteur Friedrichson, véritable modèle pour le garçon. Mais, durant cette période, Wilfrief n’était qu’un jeune scientifique inexpérimenté et tout juste diplômé de médecine. Il était souvent considéré comme un larbin par ses collègues qui lui laissait peu de tâches scientifiques mais beaucoup de tâches ménagères.

Mais l’Humain avait persévéré et suivi le docteur Friedrichson partout, apprenant de son mentor et demandant de nombreux conseils. Il effectuait lui-même des recherches dans son coin et avait quelques fois dérobé des échantillons afin de réaliser en cachette des expériences de greffe sur des cobayes en mauvaise santé.

C’est ainsi qu’il développa une technique dont il était sûr du résultat. Après quelques semaines, il avait enfin osé en parler au médecin qui accepta de le laisser la tester. Le jeune homme en débordait de joie.

Wilfried avait donc maintenant pour mission de réussir l’opération périlleuse et de gagner la reconnaissance de son modèle. Il souffla un grand coup et quitta sa chambre pour l’une des salles d’opération. Il était prêt.

Le jeune médecin poussa la porte et se crut en plein rêve. L’ambiance était similaire. Les flashs des lampes autour de la table. Les médecins en blouse et masque. La patiente, une Swatrozi toute verte dont le visage semblait familier à l’Humain, étendue et inconsciente, mais dont le coeur était relié à la vie par les sons du cardiogramme, et enfin, lui, en tenue et prêt à passer à l’action.

Il s’appliqua du mieux qu’il put pour effectuer la greffe de la même manière que lors de ces expérimentations. Le jeune homme était secondé par de nombreux médecins plus expérimentés qui l’aidaient à réparer ses éventuelles erreurs.

Wilfried termina la greffe lorsque le coeur de la patiente lâcha soudainement. Il fut pris de panique et se mit à hurler en ordonnant qu’elle soit ranimée à tout prix, mais rien ne pouvait être fait.

Au même moment, le docteur Friedrichson entra dans la salle d’opération.

Le Taeil poussa la porte et son espoir d’une réussite fut écrasé par le son strident et continu du cardiogramme, indiquant l’arrêt du coeur du cobaye et l’échec de l’opération. Pour Friedrichson, ce n’en était qu’un de plus.

Sans la réussite de ce nouveau mode opératoire, il ne pourrait jamais réussir son projet à temps et les menaces reçues plus tôt deviendraient réalité. Cela rendit le Taeil un peu nerveux et il éleva la voix dès le début.

— Que s’est-il passé ? Vous l’avez perdue, elle aussi ?

Le jeune Humain semblait complètement dévastée en voyant le visage de déception de son patron. Il semblait vouloir disparaître de ce monde dans la seconde.

— Je suis vraiment désolé monsieur, articula difficilement le garçon, la greffe semblait tenir, puis nous l’avons soudainement perdue sur la fin.

Friedrichson lança un regard au visage inerte de la Swatrozi et se tourna vers l’Humain.

— Vu son état, la greffe a bien fonctionné, en effet.

Le jeune homme se replia sur lui-même face à cette pique. Les autres médecins restaient eux aussi dans leur coin et se faisaient silencieux, comme s'ils n’avaient eu aucun rôle dans cette opération.

Wilfried s’était rapproché de nouveau de la Swatrozi, et semblait chercher un nouveau moyen de la réanimer. Le Taeil ne vit pas les mouvements du jeune homme, mais la patiente fut soudainement prise de convulsions. Friedrichson hurla de rage.

— Que lui avez-vous fait ?!

— Rien monsieur ! Répondit le médecin, figé par la peur de son supérieur, je ne l’ai même pas touchée.

La Swatrozi tremblotait, sans pour autant reprendre conscience. Le cardiogramme, encore branché à elle, se mit à repartir. Le coeur de la jeune femme battait de nouveau à un rythme régulier, ce qui relevait presque du miracle selon Friedrichson. Il vit le visage de l’Humain passer de la peur à la joie en quelques secondes, et lui aussi se réjouissait de la revoir en vie.

Quelques médecins se rassemblèrent autour de la table afin de vérifier l’état de la Swatrozi, toujours prise de convulsions.

Wilfried posa sa main sur la joue de la patiente afin de la calmer, mais il n'aurait pu prédire la suite des événements. Personne ne l’aurait pu.

La jeune femme ouvrit les yeux et hurla. Mais à la place de sa voix, c’est une déflagration qui sortit de sa gorge.

Les flammes provoquèrent une explosion qui projeta les médecins contre les meubles et détruisit les installations. Une partie du plafond s’écroula également.

Wilfried fut projeté et s’écrasa contre le mur avant de chuter, inconscient. Friedrichson, du fait de sa distance avec la Swatrozi, put se protéger de l’explosion et se rapprocha d’elle en évitant soigneusement les flammes. La jeune femme semblait elle-même ne pas savoir ce qu’elle faisait.

Le Taeil se saisit d’une seringue remplie de sédatifs et contourna la pièce en rampant. La sirène d’incendie avait retenti dès la première déflagration et les jets placés à différents endroits de la salle empêchait le feu de se propager. La Swatrozi parvint à s’asseoir et cracha du feu vers la porte d’entrée qui, malgré sa solide construction, ne tint pas longtemps face à la température.

L'incendie empêcha les gens d’entrer ou de sortir de la salle d’opération. Ils étaient donc pour le moment coincés ici. Friedrichson avait enfin réussi à se faufiler dans le dos de sa victime sans se faire repérer, malgré sa corpulence. Il se leva et s’apprêta à asséner un coup lorsque la Swatrozi se retourna soudainement dans sa direction, projetant la déflagration sur lui. Le Taeil parvint à planter la seringue de sédatif dans l’épaule de la jeune femme avant d’être projeté contre une étagère, dans un coin de la pièce. Le choc lui fit perdre connaissance, mais avant que sa vue ne se brouille, il vit la Swatrozi s’écrouler sur le côté, puis le feu s’estompa.

***

Friedrichson se réveilla dans son lit, apparemment dans ses quartiers d’Obissar. Il avait une sensation de fraîcheur sur une grande partie du visage, mais également d’humidité, sans qu’il ne sache pourquoi. Quelqu’un était en train de toquer à sa porte.

— Entrez ! Cria-t-il d’une voix rauque.

Un médecin Karin entra timidement dans la chambre et referma la porte derrière lui. Il tenait un plateau chargé de compresses et de produits.

— Comment allez-vous docteur ? Demanda le Karin.

— J’ai connu mieux, rétorqua Friedrichson, que s’est-il passé ? Où est la patiente ?

Le médecin Karin sembla hésiter à parler mais, sous le regard insistant de son patron, qui exigeait des réponses, finit par déclarer.

— Vous voulez parler de l’incident ? Et bien… La patiente s’en est remise. Nous l’avons replacée en cellule et elle est gardée sous haute surveillance.

Friedrichson eut du mal à y croire.

— Quant-est-il des autres médecins présents avec moi dans la salle ?

— Malheureusement, continua le Karin, la plupart sont décédés, dont le jeune Wilfried, qui a effectué l’opération.

Le Taeil comprit que le jeune garçon n’avait pas survécu. Ce dernier avait pris la déflagration de plein fouet et à pleine puissance.

— Vous-même avez été grièvement touché, poursuivit le médecin Karin, c’est d’ailleurs une aubaine que vous soyez encore là. Nous avons fait de notre mieux durant votre sommeil.

— Comment ça ?

Le docteur tendit en tremblant un miroir au Taeil qui observa son reflet et eut un hoquet de terreur. La majeure partie de son visage était gravement brûlé, et son nez n’était plus qu’un morceau de peau difforme au dessus de sa bouche. Les médecins lui avaient appliqué toutes sortes de pommades et d’onguents afin d’atténuer les brûlures et les cicatrices, ce qui expliquait cette sensation de fraîcheur qu’avait eut Friedrichson au réveil.

Le Taeil laissa tomber le miroir au sol et eut du mal à y croire. Mais, le principal, se dit-il, c’est qu’il était toujours vivant. Moins beau, certes, mais vivant. Et avec la réussite de la greffe, son projet avait avancé d’un très grand pas.

Le médecin Karin s’exclama.

— Excusez-moi, puis-je m’occuper de vous quelques minutes ? Juste le temps de renouveler les produits sur vos plaies.

— Oui bien sûr, faites donc, répondit le Taeil.

Ce dernier se laissa faire et le Karin fut assez rapide. Une fois terminé, il s’inclina et indiqua à Friedrichson qu’au moindre problème, il lui suffisait d’appeler pour que le médecin de permanence intervienne.

Le Taeil trouva cela assez ironique. Il avait l’impression d’être un patient dans son propre laboratoire. Mais il devait se remettre vite afin de reprendre ses recherches. Même si Wilfried n’avait pas survécu à l’incident, le jeune homme avait confié sa technique au docteur qui pouvait tout simplement se l’approprier.

Friedrichson se leva et marcha jusqu’à son ComDev. Visiblement, certains de ses membres s’étaient brisés lors de sa chute car il boitait en grimaçant. Le Taeil composa un numéro, et, après quelques minutes, une voix retentit.

— Des nouvelles, docteur ?

— Oui monsieur, répondit le médecin.

— Bonnes, j’espère, rétorqua la voix, impatiente.

— Excellentes je dirais, dit le Taeil, fier d’enfin pouvoir faire son annonce.

— Dîtes-moi.

— La greffe a fonctionné.

— Je m’en réjouis docteur, s’exclama la voix avec ce qui semblait être un sourire, la suite ne dépend que de vous.

— Le projet sera bientôt prêt.

— Parfait.

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