Chapitre 13 - Senteurs putrides (3/3)

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La nuit fut courte pour Ben, hanté par les événements de la veille. Il ne pouvait s’empêcher de penser à Bill et à la vision d’horreur qu’il avait eu en revoyant l’enfant. De plus, la pluie s’était remise à tomber dès l’aube, ne l’aidant pas à s’endormir.

Le fermier se leva, prit une douche, mangea un bout puis parti travailler. Cette histoire le taraudait encore mais il tenta de la chasser de son esprit. Il arriva dans les champs un peu plus tôt que d’habitude, se disant que cela lui laisserait une certaine marge de temps pour réparer les dégâts causés par la pluie. La voiture de Willy était déjà là, mais ce dernier n’était pas dedans.

Ben sortit de son pick-up et appela son associé.

— Willy ? Où en sont les nouvelles ?

Il ne reçut aucune réponse et trouva cela plutôt louche. Willy l’attendait toujours pour commencer le travail car c’était avec Ben que les décisions et les démarches étaient toujours prises. De plus, si son acolyte avait démarré sans lui, Ben aurait vu, et surtout entendu, les machines en route. Hors celles-ci étaient toutes en veille et aucun cabanon n’était allumé. Le champ était entièrement désert.

Ben n’aimait pas trop cette ambiance et saisit un fusil de chasse dans le coffre de son pickup. Celui-ci ne lui servait pas trop car il vivait dans une contrée plutôt tranquille et les mauvaises rencontres se faisaient relativement rares. Mais si quelque chose, ou quelqu’un, avait surpris Willy, et l’avait fait disparaître, il, ou elle, ne surprendrait pas Ben.

Ce dernier pénétra dans un des champs, arme à la main, et observa les alentours. Le soleil n’était pas encore entièrement lever, il faisait donc encore sombre. Aussi Ben sortit sa lampe de poche et éclaira devant lui. Le fermier jugea judicieux d’aller voir du côté de la voiture de son acolyte afin de trouver des indices.

Il éclaira l’intérieur du véhicule mais ne trouva rien de particulier. Ben entendit soudainement une respiration forte et saccadée dans son dos. Celle-ci semblait familière et très proche de lui. Il fit volte-face et évita de justesse un coup sur la nuque, avant de rester bouche-bée face à son assaillant.

Devant lui se trouvait Willy. La lueur de la lampe torche lui donnait un aspect monstrueux. L’homme, qui était autrefois bon et loyal, semblait avoir subi la même transformation que le jeune Bill.

Sa peau était en partie décharnée et couvertes de pustules. Ses vêtements partaient en lambeaux et son regard semblait vorace et insensible.

— Willy ? S’exclama Ben, sous le choc de voir maintenant son associé, et l’un de ses meilleurs amis, dans une telle situation, que s’est-il passé ?

Mais Willy semblait incapable de parler et ne faisait que pousser d’horribles grognements tout en se rapprochant vicieusement de Ben. Ce dernier s’en rendait compte et reculait pas à pas afin d’essayer de laisser le plus de distance entre lui et son, désormais, ancien associé.

Willy semblait ne pas craindre la lumière aveuglante de la lampe torche, contrairement à Bill, et continuait d’avancer en direction de Ben. Ses pas étaient ponctués par le son rauque de sa voix qui ne pouvait plus articuler.

Soudainement, la créature bondit sur Ben qui n’eut d’autre choix que de faire feu. Le tir transperça la cage thoracique de son Willy qui s’effondra au sol. Le fermier resta éloigné de son acolyte quelques minutes avant de constater qu’il était effectivement mort.

Ben avait du mal à réaliser qu’il venait juste d’assassiner l’homme avec qui il avait travaillé tous les jours depuis son arrivée sur la planète. Mais cela avait été nécessaire à sa survie. Pourquoi ? Que se passait-il d’anormal sur cette planète ? Qu’était-il à Bill, puis ensuite à Willy ?

Encore sous le choc, Ben décida de reprendre son pick-up et de rentrer chez lui. Il n’avait pas le moral à travailler De plus, avec maintenant deux cas de ce type en trois jours, il avait peur pour sa famille, si jamais cette chose se propageait.

Il finit par arriver chez lui et poussa la porte. L’intérieur était étrangement silencieux. En temps normal, sa femme, ne travaillant pas pour le moment afin d’élever leur bébé, restait à la maison. Mais la maison semblait vide et Ben se demandait où sa femme et sa petite fille avaient bien pu aller. L’inquiétude commença monter d’un cran en lui.

Il tendit l’oreille et fut surpris d’entendre des gazouillis. Le fermier se précipita dans la chambre de sa fille et la trouva allongée dans son lit, jouant avec une peluche. Cette situation attira l’attention de Ben. Jamais sa femme n’aurait quitté la maison en laissant l’enfant seule à l’intérieur. Quelque chose était sûrement arrivé.

Un grincement de porte le fit se retourner, et il crut rêver. Sa femme était là, face à lui, mais avait subi les mêmes changements que Bill et Willy, et était devenue méconnaissable. Sa silhouette, d’ordinaire avenante, était repoussante et son expression malsaine.

Ben n’hésita pas une seule seconde. Il prit sa petite fille dans ses bras et évita une premiète attaque de sa femme.

— Chéri ! C’est moi ! Cria-t-il.

Mais celle-ci ne semblait réagir à une aucune parole. Ben se rappela que Bill n’avait pas réagi non plus à la voix de sa propre mère. Il comprit que c’était peine perdue pour sa femme. Le fermier sortit de la chambre et détala à toute vitesse, mais sa femme était aussi extrêmement rapide et détruisait tout son passage sans y prêter aucune attention. Ben atteint la cuisine et se saisit d’une énorme poêle. La jeune femme se jeta sur lui et le fermier lui asséna un violent coup au visage. Sa femme s’effondra au sol. Tout le vacarme avait apeuré la petite fille qui pleurait dans les bras de son père. Ce dernier vérifia le pouls de son épouse, celle-ci n’était qu’inconsciente. Après avoir malencontreusement tué son ami, Ben n’aurait jamais pu se résoudre à abattre sa femme. Il préféra l’assommer puis chercher un remède le plus vite possible.

Il courut vers sa voiture, mit sa fille sur le siège passager et démarra. Il se mit en tête de retourner au centre du village afin de s’entretenir avec le docteur Melbrooke. Il voulait savoir si le médecin avait trouvé quelque chose sur cet espèce de virus qui devenait alarmant, et si une solution existait. Il roula à toute vitesse et rejoignit la place en très peu de temps. Le fermier prit Ella dans un bras et son fusil de chasse dans l’autre afin de se préparer au pire. Il remarqua que la cage avait disparu. La place était également complètement, en pleine journée, alors qu’elle avait toujours été très vivante auparavant.

Ben ne comprenait pas ce qu’il se passait. Sa fille pleurait dans ses bras, elle aussi apeurée par la situation. La place était déserte, et cela n’annonçait rien de bon.

— Docteur Melbrooke ? Cria Ben avec une once d’espoir. Madame Archdon ?

Personne ne répondit à son appel, aussi finit-il par continuer ses recherches. Il se figea lorsqu’il entendit le grognement qui le faisait maintenant trembler, derrière lui. Il allait se retourner avant d’en entendre un second en provenance d’une autre direction, puis un troisième, et encore un autre.

Ce fut bientôt une dizaine de grognements et de respirations saccadées qui encerclèrent Ben et sa fille. Le fermier connaissait tous ces visages. Il avait donné sa vie pour nourrir ces gens, et pourtant ils semblaient tous si loin maintenant.

Ben tenta de lever son fusil pour faire feu mais il n’eut pas le temps. Il était submergé par la foule qui se rapprochaient dangereusement.

— Non ! Hurla-t-il, que vous arrive-t-il ? Vous êtes devenus fous !

Il parlait en vain. Ben faisait tout ce qu’il pouvait pour protéger sa fille et la porta au dessus de sa tête, à deux mains. Face à lui ne se trouvait qu’une horde de fantômes qui avaient oublier comment communiquer. Le fermer n’avait plus aucune issue pour s’échapper, aussi décida-t-il de ne pas combattre et de se laisser faire.

Il avait de toute façon tout perdu désormais. Une légère odeur de souffre vint accompagner son dernier souffle…

— Mission accomplie, chef.

— Excellent.

Le ComDev se coupa. L’orage s’était soudainement arrêté. La mission avait été plus rapide que prévu et surtout plus facile.

Son armée était désormais face à lui, prête à le servir. Et ce n’était qu’un début. Il fallait encore s’arrêter sur d’autres planètes aussi insignifiantes que celle-ci afin de recommencer et de grossir les rangs.

Pour une première, les pertes avaient été minimales et il en était fier. Le Parfumeur s’approcha du troupeau pour observer les créatures qu’il venait de créer et sourit.

Sa nouvelle formule était prête.

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