Chapitre 13 - Senteurs putrides (1/3)

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Le réveil résonna dans la pièce quelques secondes avant que Ben ne l'arrête avec la main. Il se tourna sur le côté. Il était six heures du matin, le jour se levait à peine. Sa femme respirait lentement près de lui. Ben aurait bien voulu se rendormir encore quelques heures mais il ne pouvait pas, il devait se rendre au travail.

L’Humain se leva sans se presser et prit une douche avant d’enfiler une tenue plutôt décontractée : Un t-shirt vert bouteille et un jean assez large. Il mit de longues bottes en caoutchouc et quitta la maison.

Les lueurs orangées de l’aube éclairait la vallée et donnait une impression de chaleur mais l’orage de la veille avait drastiquement baissé les températures. Ben prit un manteau rapiécé à l’arrière de son pick-up couleur rubis, l’enfila, et monta dans le véhicule.

Le bolide broncha un peu avant de démarrer, puis Ben partit vers l’est en direction des champs qu’il avait à entretenir, de l’autre côté de la montagne.

L’Humain et sa femme avaient emménagé sur Eveyldarn il y a quelques années car les propositions de carrière à la capitale ne convenaient pas à Ben. Ce dernier aimait les grands espaces et la tranquillité. Un poste d’agriculteur lui fut offert sur cette colonie Humaine et il accepta. Avec les besoins alimentaires sans cesse croissants, les agriculteurs bénéficiaient d’un bon statut. L’Humain était donc très satisfait de son choix. La famille s’était récemment agrandie et Ben souhaitait le meilleur des mondes pour sa petite fille.

Ils s’épanouissaient au sein d’une petite communauté de fermiers établies sur Evelydarn. La communauté n’étant pas très grande aux besoins de tout le monde. La planète était très riche et seuls quelques produits spécifiques avaient besoin d’être importés. Le sol était fertile et le climat plutôt doux, ce qui rendait le travail assez facile. La mousson actuelle aidait au renouvellement de la terre.

Après une petite heure de route, Ben arriva enfin sur son aire de culture. Willy, l’un de ses associés, était déjà sur place. Les deux hommes se saluèrent d’une poignée de main ferme.

— Qu’est-ce-qu’on a aujourd’hui ? Demanda Ben.

— Pas grand-chose, répondit Willy d’un air inquiet, l’orage de cette nuit a endommagé une bonne partie du champ, il va nous falloir rattraper tout ça.

— On va faire de notre mieux.

Willy acquiesça et retourna au travail. Ben enfila une casquette car le soleil allait commencer à taper sur son crâne chauve et marcha dans la boue fraîche pour aller rejoindre son cabanon depuis lequel il contrôlait toutes les machines nécessitant tout de même une intervention humaine pour la surveillance. Même les planètes possédant des systèmes entièrement robotisés avaient des ingénieurs sur place en cas de souci technique.

La journée fut rude. La terre était encore très humide et le travail devait être effectué avec précision pour éviter d’aggraver encore plus les dégàts causés par l’orage. C’est là que toute la technique de Ben entrait en jeu. Fort de son expérience, il rattrapa tant bien que mal le plus gros des cultures et réussit à protéger les pousses en cas de nouvelle tempête. Willy l’aidait en lui indiquant les zones les plus touchées. A la fin de la journée, la majorité de la plantation était sauvée.

Ben leva les yeux vers le ciel. Même s’il s’était assombri en fin d’après-midi, les nuages se dégageaient à présent. Mais leur présence inquiétait tout de même le fermier. Ce dernier remonta dans son pick-up et reprit la route en direction de la maison. La nuit tombait sur ce coin de la planète. Il n’avait pas arrêté de travailler, de l’aube au crépuscule, et était éreinté. Il ne souhaitait qu’une seule chose : Rentrer et se prélasser aux côtés de sa femme et de sa petite-fille.

De retour chez lui, sa femme l’attendait avec le dîner.

— Où est Ella ? Fit le fermier, ne voyant pas l’enfant.

— Couchée, répondit la jeune femme, elle aussi visiblement fatiguée, les yeux creusés, tu es rentrée tard aujourd’hui, elle n’a pas pu t’attendre, je l’ai mise au lit.

Ben eut un sourire avant d’afficher une mine coupable.

— Oui, dit-il, avec l’orage d’hier, les champs sont très endommagés, j’ai dû remettre ce que je pouvais en ordre.

— Tu travailles tellement dur pour que l’on puisse manger, elle et moi. Tu es un père et un mari exemplaire.

Ben prit une miche de pain et arracha la moitié d’un coup de dent. Il mastiqua bruyamment et fit un baiser sur la joue de sa femme qui avait commencé à ranger et à nettoyer la cuisine.

L’Humain se dirigea vers la chambre de sa fille. Il avala en un morceau le reste du pain. La petite dormait à poings fermés sur le dos, dans son petit pyjama rose. Ben la regarda rêver, ses petites mains bougeant nerveusement. L’enfant ressemblait beaucoup à sa mère, mais l’Humain lui avait légué son nez aquilin.

Il déposa un gentil baiser sur le front de sa fille avant de quitter la pièce en étant le plus silencieux possible. Il termina son dîner avec une soupe de légumes et rejoignit sa femme dans le lit. Celle-ci dormait déjà paisiblement et il ne fallu pas longtemps à Ben pour s’assoupir lui aussi, épuisé.

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