Chapitre 11 - À couvert et découverts (3/3)

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Ildaryn se dessina à travers le hublot se la navette et Dicey arrêta le pilotage automatique pour se poser sur la planète. D'après les ordres, ils étaient censés retrouver une équipe sur place à l'intérieur de la ville, sans se faire repérer par les habitants, qui ne portaient pas les mercenaires dans leur coeur.

Le pilote put poser calmement le vaisseau sur un héliport privé, dont le patron était en étroite collaboration avec les Ombres Pourpres, et l’équipe sortit, sans oublier de prendre les armes fournies par Shenin. Dicey rangea son pistolet à l’arrière de sa ceinture, en espérant ne pas avoir à s’en sortir.

Le groupe déambulait dans le centre-ville immense d’Ildaryn, bourré de buildings, contrastant avec l’aspect forestier environnant. Ils se dirigèrent vers le point de rendez-vous lorsqu’une poigne ferme tira Dicey dans une allée sombre. La seconde d’après, une arme était pointée sur sa tempe et il faisait face à ses deux acolytes, tenu en respect par un énorme Taeil, également armé. Ce dernier était visiblement blessé aux côtes mais restait tout de même bien crampé sur ses jambes. L’homme qui gardait le pilote en otage était plus grand que ce dernier.

Le froid de l’arme était collé contre le visage de l’Humain, incapable de bouger. Bergins allait déballer son arme lorsque l’homme qui maintenait Dicey cria d’une voix ferme.

— Je suis capable d’abattre un homme dans la tête à vingt mètres, vu la distance, tu risquerais d’être éclaboussé par la cervelle de ton pote si tu fais le moindre geste.

Bergins se résigna rapidement. Dicey préféra fermer les yeux.

— Que faîtes vous là ? Reprit la voix derrière le pilote.

— Nous sommes en mission secrète, répondit le colosse.

— Quel genre de mission, demanda l’intéressé.

Un court silence pesa, mais Shad s’empressa de le briser.

— Le principe d’une mission secrète, déclara-t-il, c’est qu’on ne peut rien en dire.

L’homme éclata de rire et s’exclama.

— Bien vu, malheureusement pour vous, il n’y a rien à trouver sur le Néant ici.

— Qu’est-ce qui vous fait penser que vous venons pour ça ? Demanda Bergins, intrigué.

— C’est la seule chose que les Ombres Pourpres recherchent en ce moment. Ils ont arrêté tout le reste, expliqua l’homme.

— Comment ça ? Firent en choeur les trois membres du gang.

Cette question stoppa net les deux agresseurs qui se regardèrent. Puis la voix derrière Dicey questionna.

— Comment ça ? Vous n’êtes pas au courant ?

— Au courant de quoi ? S’exclama Shad, nous sommes venus retrouver une équipe ici.

Bergins lui jeta un regard noir car il avait, visiblement encore une fois, tout balancé. Mais Dicey sentit la pression de l’arme se retirer et l’homme le lâcha. Le pilote se retourna et vit un Humain au visage ensanglanté et la jambe gauche blessée. Une balle avait percuté sa cuisse, mais l’homme semblait tenir bon.

Ce dernier leur indiqua de le suivre et, sans attendre, les mena à l’extérieur du centre-ville, chez un négociant en plantes médicinales. Il les amena dans l’arrière boutique et les fit s’asseoir sur un canapé.

Les trois Ombres Pourpres n’avaient aucune idée de ce qu’ils venaient faire ici. Dicey ne savait pas qui était cet homme mais il avait été intrigué par ce qu’il avait dit. L’Humain blessé regarda tour à tour Shad, Bergins puis Dicey en les dévisageant. Au bout d’un moment, il finit par prendre la parole.

— Vous êtes venus retrouver des Ombres Pourpres ici ?

— Précisément, répondit Bergins, maintenant, pourriez-vous nous expliquer ce qu’il se passe ?

L’homme réfléchit un moment, hésita, puis commença à expliquer.

— Les Ombres Pourpres ont trahi les autres gangs. Ils ont trahi Kentoria. Ils ont infiltré les systèmes de la station pour bloquer sa fuite et son invisibilité, puis ont contacté la police de Saon. De nombreux gangs et mercenaires ont été obligés de fuir et de trouver refuge ailleurs. Je n’ai appris cela que très récemment, cela reste un choc pour moi aussi. Je pensais à des rumeurs infondées mais il semblerait que non.

Dicey avait du mal à gober cette histoire, et il voyait que Shad et Bergins, plus ancien dans le gang que lui, n’y croyait pas non plus pour le moment.

— Qui.. Qui êtes vous ? Se risqua à demander le pilote.

— Mark, capitaine de la Compagnie de l’Azur, répondit l’Humain. J’ai travaillé avec Shenin il y a une vingtaine d’années, je le connais très bien. Dès son entrée chez les Ombres Pourpres, il a commencé à développer une obsession pour les créatures du Néant et les Ephémères. A l’époque, ce n’était pas gênant, mais ces derniers temps, il semblerait qu’il n’ait que ça en tête, et il abat quiconque se dresse en travers de son chemin. S’il vous a envoyé ici sans que vous connaissiez toute l’histoire, c’est qu’il cherche à se débarrasser de vous, pour une raison ou pour une autre.

— Que vous est-il arrivé ? Questionna Shad, changeant complètement de sujet, ce qui dérouta un peu Mark.

— Des Kasulas, répondit celui-ci, la planète en est infestée. Tous mes hommes sont morts. Seuls Troeson, ici présent, et moi-même avons survécu. Au moins maintenant la menace est écartée, pour le moment.

L’Humain indiqua du doigt le gros Taeil près d’eux et ce dernier leur fit signe. Bergins semblait toujours dubitatif.

— Pourquoi devrions nous vous croire ?

— Oh, mais je ne vous engage à rien. Voyez-vous, de nombreux collègues vont mourir ou finir en cellule à cause des Ombres Pourpres et je ne laisserais pas cette trahison impunie. Vu votre situation, vous pouvez toujours partir d’ici et vous faire tuer, ou être intelligent. Je ne suis pas comme Shenin. Je suis prêt à m’associer avec quiconque muni d’une loyauté. En voyant son obsession, je me suis penché un peu sur ces Ephémères, et j’ai eu quelques résultats. Je ne vous force pas à intégrer la Compagnie de l’Azur, nous pouvons seulement collaborer. Je ne sais pas ce que les Ombres Pourpres ont en tête, mais je compte bien les arrêter.

Dicey avait déjà choisi son camp. La ferveur et l’honnêteté avec lesquelles Mark s’exprimait ne pouvait que démontrer la véracité de ses propos. Il jeta un oeil vers ses coéquipiers, qui semblaient eux aussi peser le pour et le contre. Bergins se mit soudainement à sourire.

— Votre éloquence est très convaincante. Qu’avez-vous pour nous ?

Mark lui rendit son sourire, visiblement content de voir qu’il ne parlait pas dans le vide.

— Avant de venir ici, je suis allé sur Combalia, dans le secteur d’Espios. Comme le temps pressait, mes résultats n’ont pu être fructueux, mais je sais que quelque chose se trouve là-bas. Je peux vous donner les coordonnées.

— Mais nos ComDevs sont sûrement espionnés par les Ombres Pourpres, s’exclama Bergins.

— Prenez le mien, dit Mark en tendant son ComDev au colosse, les coordonnées sont déjà dedans. Si vous partez maintenant, vous avez une chance de survie. Les Ombres Pourpres ne sont pas encore au courant de votre retournement de veste.

Dicey n’aimait pas trop le terme mais c’était précisément ce qu’ils venaient de faire . Le groupe quitta Mark et Troeson puis retourna en direction du vaisseau. Malheureusement pour eux, aucun n’avait réellement mémorisé le chemin et ils se perdirent rapidement parmi les impasses et les allées qui se ressemblaient tous. Après une bonne trentaine de minutes à errer, Dicey reconnut une rue qu’ils avaient emprunté et, de là, put facilement retrouver la navette. Quatre Ombres Pourpres les attendait devant, et Dicey trouvait cela louche. Comment avaient-ils trouvé le vaisseau ?

— La route a été bonne ? Demanda l’un des mercenaires avec un sourire.

— Parfaite, répondit Bergins en dégainant son arme.

Il abattit celui qui venait de parler d’un tir dans la tête et Dicey sortit son pistolet. Il tira sur la main d’un Taeil qui s’apprêtait à déballer son revolver. Une seconde balle dans la poitrine le mit à terre. Shad en avait tué un troisième et Bergins s’occupa du dernier. Ils se dépêchèrent de monter dans la navette et Dicey observa le tableau de bord avec insistance. Il finit par en démonter une partie pour retirer une petite balise avec un clignotant rouge. Le pilote la montra aux deux autres en disant.

— Ils pouvaient pister le vaisseau avec ça.

Il la jeta à terre et le talon de Bergins la broya en mille morceaux. Dicey rentra ensuite les coordonnées de la planète dans le système de navigation et décolla.

Cela lui faisait bizarre. Les trois acolytes étaient désormais des électrons libres dans la galaxie, n’obéissant plus à aucune loi et à la recherche d’informations sur des entités considérées par beaucoup comme légendaire.

Ce nouveau goût d’aventure sans limite donna le sourire au pilote. C’était un goût qui lui avait manqué.

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