6. Retour à l’hôtel

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 La réception est juste éclairée par des ampoules vacillantes, le patron siège au guichet. Il regarde un mini poste de télé d’un air distrait. Quand ils entrent, un de ses yeux se tourne vers eux. Sans un mot, il tend un bras vers le tableau et décroche les clefs de la suite nuptiale. Il les pose bruyamment sur le comptoir.

 En les prenant, Robin constate que toutes les autres clefs restent accrochées. Ils doivent être les seuls clients. Le patron continue de l’observer d’un œil tourné vers lui alors que l’autre semble se passionner pour la télé. Robin admire la prouesse, mais se demande comment il n’a pas remarqué plus tôt l’écartement hors du commun de ses yeux.

 — Merci, le dîner est à quelle heure ?

 En guise de réponse, le tenancier hausse exagérément le volume et tourne toute son attention sur son programme.

****

 Une fois dans leur chambre, Nathalie et Robin recommencent à respirer. Ils prennent conscience du sentiment d’oppression qui les étreint depuis la tombée de la nuit. Ils échangent des regards dans lesquels se lisent un malaise et des questions qu’ils ne savent pas formuler.

 Sur la plage, d’autres barques accostent, ils entendent les cris des hommes qui tirent les lourdes embarcations. Le crissement des coques se mêle au bruit du ressac et aux plaintes des goélands.

 — Je suis frigorifiée, je vais prendre un bain. Déclame Nathalie en s’écartant de la fenêtre.

 L’attention de Robin se détache immédiatement de la contemplation des pêcheurs.

 — Je te rejoins !

 — Nous aurons toute la nuit pour ce que tu as derrière la tête. Pour l’instant, je veux juste me détendre avec un bon livre.

 Elle pioche son livre dans la valise et sort de la pièce.

****

 Nathalie quitte ses vêtements. Si la chambre a récemment reçu un coup de peinture, la vaste salle de bain mériterait, elle aussi, un brin de rénovation. La robinetterie date du siècle dernier, ou meême de celui d’avant. Les fenêtres disjointes laissent filtrer un courant d’air froid et la baignoire, pour le moins vintage, dégage une senteur marine peu ragoûtante.

  Le liquide coule d’abord sous la forme de jets marron. Il cède rapidement la place à une eau chaude dont la teinte légèrement jaune évoque à Nathalie un bouillon de poisson. Le bain moussant masque odeurs et couleur et la jeune femme peut s’appesantir dans la baignoire.

****

 Déçu de ne pas obtenir la permission d’assister au bain de sa princesse, Robin passe le temps comme il peut. Il a oublié d’emporter un livre, il n’a pensé qu’au guide touristique de la région. La télé ne déroule que des émissions idiotes. Il retourne devant la baie vitrée.

 Le vent se lève et traverse les joints usés de la fenêtre, apportant à la fois des effluves marins et un sifflement aigu lorsqu’il s’insinue par le moindre interstice. Robin observe le travail des pêcheurs. Mis à part eux, il n’y a pas âme qui vive.

 Robin dénombre une dizaine de barques entourées d’hommes, une autre approche. Elle surfe sur les flots. À son bord, quatre marins vêtus de cirés jaunes et de larges chapeaux leur masquent le visage. Leurs épaules voûtées, mais fortes, leurs silhouettes courtaudes évoquent à Robin des peintures du dix-neuvième siècle. Ils ne manœuvrent pas au moteur et chacun manie avec adresse de grands avirons.

 Sous l’effet conjugué de leur force, de leur habileté et des vagues, la chaloupe s’échoue sur la plage, creusant un profond sillon dans les galets. Dès que le crissement des pierres prend fin, les hommes se précipitent pour haler le bateau à l’abri du ressac. Déjà, à l’horizon, d’autres se profilent.

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