4 : Hors de la cité

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Après de chaleureuses étreintes avec mes parents et la promesse que je leur serai rendue saine et sauve, je rejoins mon grand-père dans la porte-tambour. Il me tend un bronchodilatateur et me conseille de l’utiliser dès que le besoin s’en fera ressentir. Il faut que mon organisme s’accoutume au faible taux d’oxygène extérieur.

Les guetteurs lancent le programme d’ouverture de la porte. Le tourniquet se met à pivoter. Je m’attends à un panorama aride, désertique avec pour seul décor un arbre rachitique. Or, je n’entrevois rien qu’un rideau de brume opaque.

— Très étrange, dis-je pour moi-même.

Je me retourne pour faire signe à mes parents – déjà le tourniquet effectue la rotation inverse dans un grondement de résonnance métallique. Et Grand Pa’ m’a faussé compagnie. Non, il est là, à quelques dizaines de centimètres devant moi. Si je ralentis la cadence, je le perds dans l’épaisseur sibylline.

Le faible taux d’oxygène m’asphyxie rapidement. Je fais usage du bronchodilatateur, que j’introduis dans ma bouche afin de prendre une respiration salutaire. A l’avant, quelque part, des mots résonnent. Je réalise que le fossile parle. En reconstituant les propos, j’apprends que cette brume est artificielle et qu’elle protège la cité des intrusions. Beaucoup de cités ont recours à ce type de bouclier. Beaucoup de cités ? Je tique sur l’adverbe puisqu’on nous a enseigné qu’une seule cité humaine connectée s’est maintenue, la mienne.

Tout en méditant ce propos, je me rends compte que nous ne marchons pas au hasard. Nous empruntons un chemin de terre délimité par des gravillons. Il faut faire bien attention de ne pas déborder. Je me demande ce qu’il se passe si je mets un pied au dehors mais j’ai trop peur de mourir si je fais un pas de travers.

Peu à peu, l’opacité faiblit et je parviens à mieux respirer. Une plaine à l’herbe rousse et des arbres aux feuillages jaunes s’étendent à perte de vue sous un ciel gris chiné.

— On va aller par là.

Le vieux indique une direction. Je fais un mouvement rotatif et … Ce n’est pas possible !

— On dirait …

— Oui, tout à fait.

— Mais, comment est-ce possible ?

Au loin, une structure métallique s’élevait de la terre et formait un long rail à plusieurs mètres du sol. Une navette rectangulaire aux bords arrondis et au revêtement gris métallisé était suspendue en attente de passagers.

— Je croyais que dans la Zone Fossile, il n’y avait pas de technologie ! Enfin, pas de ce genre-là.

— Oui. Sauf que nous ne sommes pas dans la Zone Fossile.

Ah bon ?

— Ton esprit, jeune cellule, ne doit pas tendre vers une conception manichéenne du monde. Bien que l’enseignement de la cité te guide sur cette philosophie, il n’y a pas que les cités et la Zone Fossile. Il y a d’autres choses à découvrir. J’espère t’en enseigner quelques-unes. Pour terminer, c’est à Ceux Qui Etaient Là Avant Nous que nous devons le Monorail. J’ai entendu dire que ces rails parcouraient le monde entier. Il fonctionne à l’énergie solaire et est entretenu par des automates.

— Je n’en avais jamais entendu parler.

— Ça ne m’étonne pas. Les maîtres de la cité amplifient l'agoraphobie du monde extérieur pour garder le contrôle sur les technocitoyens. Voilà, nous y sommes.

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