Presque un an plus tard...

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Le 12 juillet 1998 à 22h33 et 28 secondes, Saïd Belqola, arbitre international marocain de 41 ans, porte à sa bouche le sifflet dans lequel l'air soufflé à travers l'embout buccal se propage dans un tube rectangulaire jusqu'à ce qu'il rencontre une fente à son sommet et génère une onde sonore aigue qui clôture la finale de la Coupe du Monde de football.

A la même seconde, Les 80 000 supporters présents dans le stade, dont la moyenne du taux d’alcoolémie pourrait être évaluée à 1,9mg par litre, exultent ou pleurent de désespoir selon qu’ils portent une écharpe bleu blanc rouge autour du cou ou que leur visage est encore marqué par la trace de rayures jaunes et vertes sur les joues.

Au même instant, au 24 rue Titon dans le 11ème arrondissement de Paris, Suzanne Grandin appelle pour la 15ème fois de la soirée le commissariat le plus proche pour dénoncer les nuisances sonores des appartements voisins et s’interroge sur une troisième guerre mondiale que sa mémoire défaillante aurait effacée de son esprit lorsque le Brigadier Serge Mallet lui répond que la France a gagné.

Quelques minutes plus tard, au premier étage de la maternité Port-Royal, à deux pas du jardin du Luxembourg, Pascal Bellard et sa femme Mélanie, qui a accouché du troisième de ses triplés après plus de 22h de contractions, trouvent enfin le prénom idéal pour leur petit blondinet et annoncent la larme à l’œil à l’infirmière que ce dernier s’appellera Emmanuel.

Au même moment, le rideau du photomaton de la salle des pas perdus de la Gare de l’Est s’ouvre et les quatre clichés d’un couple de jeunes mariés qui s’enfuie en riant glissent sur le sol juste à côté d’une boîte en métal rouillée sur laquelle on peut lire l’inscription « Bergamottes de Nancy ». Le premier en haut à gauche a immortalisé une jeune femme brune coiffée d’un voile transparent qui embrasse tendrement l’œil d’un trentenaire au sourire juvénile. A côté, celui-ci a été saisi par le flash après qu’il ait plaqué un masque noir, inspiré d’un célèbre justicier espagnol de Haute-Californie, sur le visage de sa partenaire et s’apprête à en serrer les liens tandis qu’elle détourne le regard vers l’objectif. Le troisième a capturé leurs deux mains gauches entrelacées, dont les anneaux, composés de 75 % d’or, d'argent et de palladium, et recouverts d'une fine couche de rhodium, glissés sur leurs annulaires, semblent ne faire qu’un. La dernière photo dévoile un profil rebondi qui laisse apparaître deux flèches dont la pointe vise le nombril. Deux prénoms sont inscrits au feutre jaune sur la robe blanche en coton biologique et ponctués d’un signe d’interrogation : Framboise et Martin.

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