Texte - Ce que je voudrais te dire

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J'ai tellement de choses à te dire, mais trop de pensées emmêlées et si peu de courage pour oser le faire. Chaque fois qu'on se voit, je me dis "Ce soir, je vais me lancer", et chaque fois je ne veux pas briser la bulle idyllique dans laquelle tu me transportes. Alors je me tais.

La vérité, c'est que j'ai peur de parler. J'ai peur de parler, car j'ai peur de ne rien dire qui t'intéresse. J'ai peur d'être fade, insipide, quelconque. J'ai peur de paraître bête. J'ai peur de décevoir.

Te décevoir.

J'ai tant de choses à dire, mais je ne sais par où commencer. Musique, cinéma, rêves, restaurant... rien de tout ça n'a d'importance. Les vrais sujets sont plus compliqués à aborder, et pourtant ce sont les seuls où ton avis compte pour moi.

Dans toute relation, il faut de la communication. Je le sais, je le dis à d'autres. Je l'observe manquer chez tellement de gens... et pourtant je ne sais moi-même toujours pas l'apprivoiser.

Je voudrais te parler de tout : de moi, de nous, de ma vie, de mes ambitions, de mes opinions, de mes peurs et mes doutes, de mes espoirs. Mais rien ne sort. Rien ne sort, parce que j'ai peur d'être jugée, de déranger et de tomber du nuage paradisiaque sur lequel je me trouvais.

Avant de te connaître, je pensais être intéressante. J'ai essayé tellement d'activités, lu tellement de livres, vu tellement de fils, visité tellement d'endroits... suffisamment de tout pour tenir des conversations profondes et constructives. Et pourtant, face à toi je n'arrive pas à en parler. Face à toi, je me sens si petite et insignifiante.

Ça va bientôt faire un mois qu'on s'est rencontré, et tu ne sais presque rien sur moi. Trop émerveillée par ta présence, trop impressionnée par ta culture et ta personne, j'ai été incapable de me mettre en avant. Tu ne sais rien de moi, et c'est en partie pour ça que je n'ose toujours pas te dire tout ce qui me pèse sur le coeur.

Alors que je n'ai encore rien avoué, tu t'es ouvert à moi de bien des façons ; ce que j'ai vu m'a conquise. Je sais que je veux plus. Je veux te connaître jusqu'au bout des doigts, savoir ce qui te tracasse, ce qui te fait peur, ce qui te fait rêver. Je veux être celle à qui tu racontes ta journée le soir en rentrant, celle à qui tu penses dans la rue, dans le métro, au boulot, ou même ailleurs. Je veux que tu m'écrives, que tu me parles, que tu me touches, que tu m'embrasses.

Mais tout ça, je ne peux l'avoir si je ne m'ouvre pas. Je ne peux espérer te plaire si je ne te dis pas d'où je viens, ce que je veux, ce que j'ai fait et ce qui m'inspire. Je ne peux pas attendre que tu m'écrives si je ne te donne pas de raisons de le faire, car si je ne partage rien, il n'y a rien qui te raccroche à moi.

Alors je me dis que je vais le faire, au prochain date, à la prochaine nuit. Mais entre ce que l'on veut et ce que l'on fait réellement, le fossé est grand.

Je t'ai écrit des poèmes. Peu, c'est vrai, mais ils sont bien là ; trace indéniable de l'emprise que tu as sûr moi. Peu, parce que je ne m'y autorise pas vraiment. Les quelques vers que je te destine sortent malgré mes efforts pour te contenir. Je me censure, parce que je sais qu'en écrivant trop, ce que je veux te dire je vais l'écrire et ne famais le sortir du placard sombre où je l'enferme. D'ailleurs je ne suis même pas certaine que ce texte te trouve un jour.

Dans un élan de courage, ou de désespoir — la limite est fine —, j'ai partagé un poème qui parle de toi. La référence est tellement évidente que personne ne peut se tromper. Je l'ai partagé dans l'espoir, ou l'illusion, que tu comprennes mon mal-être et que tu fasses un pas vers moi.

Mais tu ne l'as pas fait.

Est-ce une réponse à mon appel ou as-tu simplement loupé le message ? Je ne sais plus quoi faire ou quoi penser. Je sais que tu ne vas pas bien en ce moment, alors j'attends en me disant que ce serait égocentrique de te déranger encore. Mais l'attente est justement le fond de mon problème. Quans est-ce que je vais pouvoir te parler ? Partager ma vie, me jeter dans le grand bain ? J'attends parce que parler de moi alors que tu vas mal, c'est égoïste.

Mais en attendant, c'est moi qui souffre. C'est bête, je le sais bien, mais c'est comme ça. Je préfère souffrir dans un entre-deux si ça évite de te rendre plus mal que tu n'es déjà.

Ce que je voudrais te faire comprendre, Terrenoire le dit très bien. "Se revoir", c'est nous. C'est moi.

Je me fiche des autres. Je me fiche de savoir qu'il y en a plusieurs. Si ça te fait du bien, c'est le plus important. Ce que je voudrais en revanche, c'est être la principale. Je ne veux plus être ton amie. Je veux plus. Je veux être à toi toute entière, et je veux que tu me laisses entrer pleinement dans ta vie.

Mais il faut d'abord que je franchise ce cap, ce gouffre qui nous sépare.

J'ai tellement de choses à te dire...

10.03.2023

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