CHAPITRE VIII - PARTIE I

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L'horloge tourne à une vitesse effrayante. J'ai l'espoir fou que le temps s'arrête pour que je puisse éviter la confrontation ultime. Je tapote avec frénésie la pointe de mes doigts sur mon genou. Le goût de la défaite s'emplit dans ma bouche, tandis que la victoire n'accepte de me serrer la main.

Néanmoins, je perçois le bout du tunnel, la vérité n'est plus qu'à quelque centimètre de moi, quelques pas me séparent d'elle avant de la rejoindre. La clarté me délivrera de ce fardeau qui est devenu une obsession dévorante qui ne me permet ni de fermer les yeux sur mes péchés passés ni mes chagrins présents.

Le brouhaha de la cantine me perse les tympans me laissant dubitative sur mes attentions. Mon regard est fixé sur l'horloge. Je risque très gros dans cette affaire. Est-il sage de m'encombrer dans le péril ? La patience n'est-elle pas plus avisée en ces circonstances ? Je suis sur le point de me rétracter face à ma tache, en courant vers ma bonne vieille cellule quand une main me touche l'épaule. Je sursaute surprise. C'est Sandy. Le robot humain plus communément appelé RAD, en hommage à leur inventeur David Rad.

« Oh, je t'ai fait peur, milles excuses.

La nervosité n'arrange rien à mon humeur un peu déplacée. Elle tient un balaie à la main et porte les mêmes vêtements que les habitants d'Elario, mais dans une palette différente: un haut bleu et un bas blanc, aux couleurs de notre drapeau signe de possession et soumissions à l'État. Eux n'ont pas failli à leur devoir indéfectible de paix.

  • Ce n'est rien. Ça fait un bout de temps que je t'ai pas vu à la cantine, tu étais où ? Je l'interroge.
  • En réparation, mon système de communication vocale a dû être modifié pour un problème de dysfonctionnement. Je n'articulais plus assez bien, répond-elle d'un ton monotone qui n'inspire particulièrement la joie.

Seulement, cela ne me dérange pas, je la trouve plutôt apaisante, car elle ne s'épand sur aucune fausse note. Elle ne s'accorde ni à l'apitoiement ni au désir. J'éprouve une sensation de justesse intégrale auprès d'elle.

  • Contente que tu sois de retour parmi nous, admis-je
  • La dernière fois, tu m'avais parlé d'un livre « L'épopée de George ».

Je m'exclame ravie qu'elle ait retenu une telle information de ma part:

  • Oh oui ! J'adore ce bouquin, je l'ai lu des centaines de fois étant gamines !

Je l'ai retrouvé à la bibliothèque durant mon heure de pause. Tu pourrais venir le chercher à la cantine, ce soir, pendant le repas ?

  • Oh, mon dieu, merci beaucoup Sandy ! Tu es vraiment merveilleuse, m'exclamé-je réellement ravi par cette intention.
  • Il est en m'en devoir de remplir les propriétés pour lesquelles j'ai été conçu, réponds la RAD.
  • Oui, je comprends... La perfection est une loi de ton système, crois-moi ils auraient pu faire pire.

Il est vrai que Sandy n'a été fabriquée pour assimiler le concept d'amitié pour lequel elle aurait agi en temps normal. C'est dommage, mais à la fois rassurant dans un certain sens. David Rad n'a pas inventé ce spécimen pour faire les mêmes erreurs que notre créateur biblique.

  • Je ne comprends pas ? J'aurais pu être pire ?
  • Si on veut, mais tu n'as pas le choix donc, ne t'inquiète pas, déclaré-je pour couper court au sujet.

C'est un terrain périlleux et je ne sais comment je pourrai m'exprimer sans faire preuve d'indélicatesse.

Tout d'un coup, fouetté par la réalité, je me rappelle avoir un rendez-vous très important dans peu de temps. Je me retourne pour regarder l'heure et ce que je redoute est arrivé aussi vite qu'un lion affamé.

14:30. J-10 avant l'envolé de l'espoir noir.

  • Je dois y aller, ravie de t'avoir revue ! cédé-je tout en me dirigeant vers la sortie. »

Ma gorge est sèche, mes mains se rétractent naturellement, emprise par l'angoisse. Il n'est plus question de retour en arrière. Il y a quelques minutes encore, je doutais de mon choix, mais c'est avec une assurance surprenante que je sors de la salle sans ciller devant la tache que je me dois de réussir. Je m'engage sur le chemin me conduisant à la cellule 666. Non, elle n'appartient pas au diable pourtant on pourrait s'y méprendre. Il descend probablement de sa progéniture.

L'allée se fait de plus en plus petit, étroit, et crasseux. Une odeur nauséabonde se dégage de ce misérable couloir qui mène aux profondeurs insalubres de cette prison incommodante. Ma chevelure ébène ondule dans les fils de lumières qui traversent les barreaux, ma peau a retrouvé de son teint légèrement halé. Je ne sais comment expliquer ce phénomène. Mes lèvres sont saillantes, pleines de santé empreinte à leur négociation imminente.

Immobile, devant ses trois chiffres blancs qui signent définitivement mon entrée en scène, je toque trois fois avec aplomb contre la porte massive qui enferme la victime du jour. Puis-je en dire autant de moi ?

La porte ne tarde pas à s'ouvrir sur un homme assez musclé d'un teint hâlé. Derrière lui, une traînée de fumée tournoie dans les airs dans un élan de souplesse. Il m'inspire la crainte. Cependant, il m'est maintenant impossible de reculer devant lui.

Les gardes ne paraissent pas très intéressées à patrouiller dans les parages, vu la liberté dont Alonzo s'est attribué de fumée des substances illicites dans sa cellule. La pièce est piégée par les ténèbres, ici même la lumière fuit cet individu. Définitivement, il mérite d'être banni dans les profondeurs des abysses. Il plante ses yeux gris dans les miens et m'invite avec nonchalance à accéder à son humble repère. Je m'exécute déployant une docilité manipulatrice à son égard.

Je suis extrêmement nerveuse. Il est primordial que je ne laisse rien transparaître. Il est impératif d'imposer une attitude intransigeante. La chaleur nous étrangle, j'ai peine à respirer et les gouttes de sueur perlent avec grande vitesse sur mon front. Je compte les minutes qui me séparent de la fin de cette torture naissante.

« Tu veux quoi ? s'empresse-t-il de me demander sèchement.

J'aimerai une dose de meth, la formule H, je réponds sans laisser transparaitre mon intimidation.

  • D'abord l'argent, ordonne le prisonnier.

Je sors une liasse de ma poche et les expose à lui. Alanzo dodeline de la tête, il examine mes billets depuis sa position, c'est à dire loin de moi, Dieu merci.

  • Tu vas devoir m'attendre ici le temps que j'aille chercher la marchandise.

Il s'avance vers moi et me foudroie de ses deux pupilles noires, et décrète sur un ton menaçant :

  • Je verrai bien assez vite si tu as touché à quoi que se soit.

Sa voix grave et sèche me fait tressaillir. Le message est clair, pour lui, je suis aussi suspecte que n'importe qui. La porte de ferraille claquante annonce son départ.

Je me lève aussitôt pour fouiller la cellule. Il y a beaucoup de meubles comparés à celle d'un prisonnier lambda dont la mienne. J'en déduis qu'Alonzo a sûrement soudoyé certains gardes pour qu'ils soutiennent le silence face à sa transgression des règles d'Elario. Et puis vu l'argent qu'il doit ramasser, les privilèges il peut en obtenir sans soucis.

Je fouille dans l'ordre sa commode, son armoire, derrière le cadre accroché au mur, mais rien. Il ne me reste plus que sa table de chevet. Où aurait-il pu dissimuler cette clef autre qu'ici ? Nous sommes dans un pénitencier, il est loin d'exister 36 milles cachettes. Enfin, ce n'est que la conclusion de mes connaissances restreintes à six mois de vie à Elario, je suis tout à fait dans la mesure de me tromper.

Si celle-ci ne demeure pas dans sa chambre, je serai en très mauvaise posture pour la suite de mon opération. Cela fait déjà 10 minutes que le dealer s'est absenté, je dois me dépêcher, sinon je vais faillir à ma mission. Il doit sûrement être descendu aux caves chercher ma commande, ce qui me laisse encore un peu de marge si je compte le temps qu'il faut pour l'aller et le retour.

Le premier tiroir regorge de quelques magasines et de films pornos, des cigarettes et un peu de poudre, pas très surprenant en sommes.

Deuxième tiroir seules des photos de sa famille s'y cache. Je remarque, grâce au drapeau derrière sa femme, je présume que celui-ci est originaire du clan 8. Alanzo porte une salopette salie de poussière noire n'épargnant pas son visage, probablement du charbon. À mon avis, il était mineur comme la plupart des gens qui vivent sur le territoire d'Ergasi. Mais je ne trouve toujours rien de concluant concernant ma propre fouille.

Troisième tiroir, le dernier déterminant mon ultime chance de réponse. Je guette ma montre 15 minutes. Il ne va pas tarder à arriver. Mon pouls s'accélère radicalement et le stresse s'amplifie avec intensité. Je sens mes doigts entamer un léger tremblement provoqué par la peur. C'est un véritable bordel à l'intérieur. Bon vu où j'en suis, je n'ai aucun intérêt d'y aller par quatre chemins. J'utilise la méthode bulldozer et renverse l'ensemble du contenu du tiroir au sol, mes mains s'engouffrant dans la montagne.

Tout d'un coup, la forme d'une petite boîte m'interpelle. Je la sors de la pile. Rectangulaire, elle est en verre, celle-ci renferme une clef noire. C'est elle ! Oui, ça y est, je l'ai enfin en ma possession ! Pour une fois, je ne peux nier avoir eu une chance folle. Car sa cachette n'a rien de très stratégique. Je la mets dans ma poche et range les affaires étalées à terre au plus vite dans le tiroir.

Seulement, c'est à ce moment précis qu'Alanzo choisit de rentrer dans sa cellule. Ma respiration se bute et une sueur froide me traverse de toute part. Dos à lui, je n'ose me retourner pour conforter sa fureur et lui. Il réduit la distance entre nous, il se poste à quelques centimètres de moi et je me relève gentiment. Je sens son souffle chaud se heurter à mon cou. Mes pensées se chamboulent et cherchent un moyen de m'en sortir indemne. Cependant, pas l'ombre d'une idée n'émerge. Il murmure:

  • T'es plus stupide que je le croyais. Je t'avais dit quoi ?

Sa voix lugubre m'encombre d'innombrables frisons. La terreur m'accapare.

  • Retourne-toi ! hurle-t-il écumant la folie furieuse.

Doucement, je tourne sur moi-même. Ces yeux sortent de leurs orbites et ses veines ont largement triplé de volumes. On peut définir la situation comme extrêmement délicate. Je réside sur une banquise de glace fissurée, au bord de la rupture.

Soudainement, ses mains s'agrippent avec violence à mon cou. Il propulse mon corps contre son lit et je m'y étale de tout mon long plaquer par la force herculéenne de ses bras. La sauvagerie manipule avec aisance les faits et gestes de mon agresseur dont je ne saurai apaiser la colère. J'aurai beau lui dire n'importe quoi, Alanzo ne m'entendrait pas d'une seule oreille.

  • Tu cherchais quoi ? Hein ! Tu as intérêt à ne pas me mentir, sale petite merde !

Avec le peu d'air que je possède, je parviens à articuler quelques paroles :

  • Rrrienn.

Je mens, c'est l'unique option qu'il me reste encore pour m'avantager dans ce merdier non ? Enfin, je ne crois pas, je suis vraiment une idiote. Sur ce coup, j'aurais dû penser avant de parler. J'aurais pu inventer une histoire, n'importe laquelle n'incluant pas la clé. En tout cas, j'estime que la pire réponse que je pouvais formuler était bien ce mot.

Il arrache une main de mon cou, ce qui me permit de profiter d'une minuscule bouffée d'air avant que je ne perde connaissance. Il commence alors à me tâter. Sans aucune gêne apparente, Alanzo s'aventure sur chaque parcelle de mon corps même les plus intimes pour trouver son bien. Tel un animal en furie, je me débats, infiltré par le dégoût... Je suis pratiquement en train de me faire violer, par ce monstre ! J'essaye d'émettre des cris, mais en vain puisque je m'étouffe. C'est de justesse qu'il découvre la fameuse clef.

  • Ça ne ressemble à rien ? Hein ! Putain ! questionne-t-il avec une froideur sans pareille.

Il dégage la pression qu'il effectuait sur mon cou. Au contact d'une tant attendue arrivé d'air frais, mes poumons s'enflamment. Tétanisée, je suis scotchée sur le lit. Le détenu marche dans sa chambre, admirant son petit bout de fer. Il faut te ressaisir ! pensais-je, complètement terrifier. Je prends enfin conscience que j'ai une opportunité de m'extirper de ce bourbier sans merci. Je me jette sur la porte misant sur ma vitesse. Mon coeur bat la chamade, j'ai tellement peur de ne jamais pouvoir revoir la lumière qui s'étend de l'autre côté de cette porte. Et mon angoisse se confirme.

Alanzo s'attaque, subitement, à nouveau à moi, une prise sur ma tignasse ébène. Il me tire vers le bas et je rencontre brutalement le sol. Je sens que tout tourne autour de moi. Je lance des cris perçants en priant qu'une personne, n'importe qui, vienne à mon secours au plus vite.

Le prisonnier me traîne par le bout de mes cheveux et abat une seconde fois ma tête contre le béton froid. Cette fois, je sens mes yeux se fermer petit à petit. Garde les yeux ouverts ! Garde les yeux ouverts me tannais-je ! Cette phrase se répète en boucle dans ma tête. Mais une sensation horrible m'assaillit. J'ai le vertige et mes paupières pèsent soudainement des tonnes. Le néant me tend la main. Et il me suffirait de quelques secondes de relâchement pour perdre connaissance.

J'entends des bruits lointains se distinguer du silence. Je n'ai pas la force de me réveiller. Pourtant, je puise dans mes dernières ressources pour pouvoir rester consciente.

Une voix perce mes tympans. Elle m'est familière, mais dans mon état je n'arrive à dire à qui ce timbre appartient. Heureusement, je trouve le moyen de reprendre un semblant de connaissance.

« Andorra ? »

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