Planté. 

Une minute de lecture

La contrainte chimique qui s'exerçait sur lui était insupportable.

Cocotte minute ou auto-cuiseur prêt à imploser, Saul avait le choix des métaphores. La force de vie qui l'animait était néanmoins trop puissante, pour qu'il eut volontairement recours au suicide.

Il essayait désespéremment de réinstaller de la normalité dans son existence disloquée. S'incrustant dans les lieux publics ou déambulant dans les rues, avant de rentrer chez lui, angoissé à l'idée d'une nouvelle nuit sans sommeil.

Enfer : le mot n'était pas trop fort, effectivement.

Tous ceux qu'il avait croisés pendant ces deux ans passés au "château", étaient des gens normaux.

Employés de banque, profs dépressifs en instance de divorce, ou subissant les affres du vieillissement, jeunes addicts aux drogues issus de foyers voisins, pauvre vieille unijambiste, schizophrènes "light",...la liste n'épargnait aucune catégorie sociale : souffrance, détresse, isolement...

Ce microcosme révélait toute l'impuissance du monde, face au désespoir de ces êtres, y compris de la médecine elle-même.

Moments cathartiques au fumoir, tout l'après-midi. Sortie autorisée à partir de seize heures.

Repas merdique de collectivité.

Saul descendait tous les jours jusqu'à la minuscule place centrale de la petite localité côtière, sise en bordure de la baie. Quelques entreprises ostréicoles constituaient la seule activité, côté mer. Plus haut : des serres, et une activité agricole modeste.

Il achetait ses clopes, buvait son café accompagné d'une barre de chocolat, en compagnie de son nouveau pote d'exil : un skin égaré ici, obsédé par le rasage périodique de son crâne, ses doc martens et son bombers.

Un artiste chevelu échappé des sixties, s'évertuait à reproduire, façon impressionniste, la petite chapelle trônant au centre de la place.

En vérité, c'est le vieux chêne planté pendant la révolution qui lui volait la vedette.

Les journées, identiques les unes aux autres, s'additionnaient au compteur de la vie de Saul, impuissant à en redevenir le maître.

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