Chapitre 1 : Le gala de bienfaisance.

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  • Leroy, reviens un peu sur la chaîne d’avant, s’il te plait ?

D’un petit air renfrogné, l’ado exécuta la requête de Dossan et appuya férocement sur le bouton précédent de la télécommande. La présentatrice du journal télévisé de midi avait perdu son professionnalisme en annonçant avec des étoiles dans les yeux qu’elle serait présente au gala de bienfaisance organisé par Eglantine Akitorishi. Férue d’art et détentrice de nombreuses pièce maîtresse, elle invitait le gratin dans une vente aux enchères. Les fonds serviraient aux recherches destinées à la lutte contre le cancer. L’argent serait également redistribué à plusieurs associations et œuvres caritatives en partenariat avec les laboratoires qu’elle dirigeait.


  • C’est pas la mère de l’argenté, ça ? demanda Leroy d’un air désinvolte, tout allongé dans le canapé.
  • Si, acquiesça Kimi qui somnolait à côté. J’ai l’impression qu’on entend parler que d’elle ces derniers temps, mais Loyd… Sa maman organise des trucs de fou, et il n’a rien dit.
  • Eh bien, ça doit être dans ses gènes d’être quelqu’un de discret…

Les deux enfants regardèrent Dossan d’un œil curieux. Comment allait-il rattraper cette bourde ? Ils savaient qu’il avait été à Saint-Clair, mais ils ne devaient pas savoir qu’ils s’étaient fréquentés.


  • De ce dont je me souviens, Eglantine Akitorishi a toujours été quelqu’un d’humble. Elle n’a jamais eu besoin de faire du tape-à-l’œil pour mettre à bien ses projets et ce gala le prouve encore une fois, expliqua-t-il.
  • C’est vrai que Loyd est un peu pareil, réfléchit alors Kimi qui se complaisait en bâillements. Il agit plus qu’il ne parle, contrairement à certains…
  • Tu fais référence à qui ? riait déjà son frère.
  • Sky, roula-t-elle des yeux. Toujours à faire le malin celui-là, dit-elle en brandissant son téléphone pour envoyer un message de provocation au concerné.
  • C’est ce dont il avait l’air à Noël, ouais…
  • Tu ne l’apprécies pas beaucoup Leroy, je me trompe ? plaisanta Dossan.
  • Ça se voit que c’est un dragueur…

Alors que Kimi s’apprêtait à dire que non, elle se ravisa en repensant à tous ces moments où il s’autoproclamait plus beau mec du lycée. Elle fit une grimace en découvrant sa réponse : “T’as un problème la blonde ?”. Elle envoya alors un autre sms à Laure à propos du gala. Cette dernière l’assailli de questions et termina son message par une phrase qui l’étonna beaucoup. En se relevant légèrement pour déposer ses deux pieds au sol, elle fixa son téléphone entre ses mains, puis regarda Dossan :


  • C’est possible que d’autres Richess participent à la vente ?
  • Bien sûr ! C’est vrai que les familles sont en conflits, mais le cancer est l’une des premières causes de mortalité. Il ne serait pas étonnant de voir quelques-uns d’entre eux financés les recherches et c’est bien l’une des raisons de la médiatisation de l’évènement…
  • Do’, je comprends rien de ce que tu dis, le coupa-t-elle en s’attrapant le front.
  • Je dis que si on parle autant de ce gala, c’est parce qu’il est fort possible que certains Richess y pointent leur bout de leur nez, gloussa-t-il en la voyant se jeter dans le fauteuil à nouveau. Pourquoi cette question ma chérie ?
  • Ah, pour rien, Laure m’a dit qu’elle y allait…
  • Avec son père, alors ?
  • Je ne sais pas, pourquoi ?
  • Je suis un peu curieux, c’est tout, pouffa-t-il. Ce n’est pas tous les jours que ce genre d’évènements ont lieu, je crois que ça ne m’aura pas déplu d’y aller.

Kimi haussa simplement les épaules. Elle ressentait un drôle de sentiment : “Est-ce que tous ses amis allaient s’y rendre ? Sans elle ?”. C’est grâce à ce genre de moment qu’elle se rendait compte de leur statut et de la discrétion dont ils faisaient preuve. Même s’ils étaient copains, ils n’appartenaient définitivement pas au même monde. Elle avait de la peine de penser de cette manière.


***


Deux heures avant que la vente ait lieu, les Akitorishi se préparaient à quitter la maison. Loyd ajustait son col de chemise dans le miroir de la salle de bain toute marbrée et passait successivement devant son cou une cravate, puis un nœud papillon. Il n’avait pas idée de ce qui allait le mieux avec son costume. Il préféra alors demander à sa meilleure conseillère. Alors qu’il quittait la salle d’eau, des bruits de talons résonnaient dans le couloir et s’aventuraient jusqu’à lui. Il s’avança vers sa mère, les deux attaches à bout de bras. Face au dilemme flagrant, elle déposa ses magnifiques yeux bleus sur son fils et lui offrit un sourire tendre. Elle riait doucement, le rose montant à ses pommettes, tandis qu’elle passa délicatement une main dans l’immense rivière argentée qu’elle avait pour chevelure. Loyd la regarda avec émerveillement. Elle resplendissait dans une longue robe ouverte de la même couleur. Elle était faite toute d’argent et de blanc, de ses cheveux à sa peau et de ses bijoux à ses talons.


  • Le nœud est plus élégant et il est plus adapté pour un garçon de ton âge… Tu auras l’air bien trop sérieux sinon, mon chéri, lui dit-elle en tapotant gentiment sa tête.
  • Je ne veux pas qu’on me considère comme un gamin, répondit-il d’une voix aussi douce, mais ferme.
  • Loyd… Il n’y a pas plus gamin que les hommes qui pensent être puissant parce qu’ils ont une cravate autour du cou...
  • Papa n’en porte-t-il pas tous les jours ? releva-t-il avant d’émettre un léger rire.
  • Mince, pouffa-t-elle en couvrant sa bouche de sa main tout en lui accordant des yeux rieurs. Je plaisante, ton père a toujours été quelqu’un d’extrêmement humble. Tu tiens ça de lui. Quoi qu’il en soit, je pense sincèrement que le nœud t’ira mieux. Laisse-moi te le passer.

Délicatement, elle prit soin de lui attacher le bandeau noir autour du cou. Il était fier qu’elle choisisse pour lui. Loyd avait une confiance aveugle en sa mère, et inversement. D’un sourire à en faire fondre n’importe quelle glace, elle l’attrapa chaleureusement dans ses bras.


  • Merci de prendre la place de ton père et de m’accompagner ce soir, ça me fait énormément plaisir.

Il répondit à son étreinte, réfugiant sa tête sur son épaule et puis s’en dégagea pour la regarder très sérieusement.


  • Je serais venu même si papa n’était pas aller visiter sa famille. Je sais à quel point tu travailles dur et…

Il rougit presque avant de poursuivre.


  • Je sais aussi que papa espère que je reprenne le flambeau de son entreprise plus tard, mais je suis plus intéressé par ce que tu fais. Quand je pense au futur, je me vois bien travailler avec toi, dans la recherche contre le cancer…
  • Ça me touche, le coupa-t-elle en déposant à nouveau une main sur sa tête, mais ne prends pas de décision hâtive. Tu as des responsabilités, mais je veux que tu aies le choix, alors ne te ferme pas des portes, d’accord ?
  • Oui, répondit-il en abaissant légèrement les yeux.
  • Tu es beau comme un cœur, rit-elle en le contemplant. Tu ressembles de plus en plus à ton père…
  • Je suppose, dit-il en regardant son reflet, mais tout le monde me dit que c’est à toi que je ressemble le plus.

Eglantine le pensait aussi. Physiquement, il avait presque tout hérité de sa famille, mais elle le voyait se doter d’une assurance au fil des années, qu’elle-même n’avait pas à son âge. Dans son aura, elle pouvait ressentir son envie de se présenter du mieux qu’il le pouvait. En quelques mois, son fils avait tant grandi et gagner en maturité. Elle prit conscience que son bébé devenait un beau jeune homme et qu’il avait soif de reconnaissance.


  • Tu es certaine que je suis présentable ? demanda-t-il une énième fois en se contemplant dans le miroir.
  • Absolument. Il semble que ça te tienne à cœur ?

À nouveau, il laissa du temps s’écouler avant de répondre. Il fronça les sourcils et pris son courage à deux mains pour s’exprimer :


  • Il y aura d’autres Richess à la soirée ?
  • C’est fort possible, oui… Ce n’est pas un événement public à proprement parler. Toutes personnes qui souhaitent effectuer un don est la bienvenue, mais pour la vente aux enchères… les familles seront triées sur le volet, c’est-à-dire que s’ils ont envie de s’inviter, les gardes les laisseront très certainement rentrés. Je dois avouer que même si nous sommes en conflits… j’aimerais beaucoup qu’ils deviennent donateurs. C’est là tout l’intérêt de cet événement. Je suis désolée si ça te choque. Peut-être penses-tu que ta mère est une manipulatrice ? Mais s’ils pouvaient se joindre à cette cause, le financement des recherches…
  • Je comprends. Je pense aussi que ce serait chouette qu’ils œuvrent contre la maladie. Nous sommes censés être des modèles de notre société, non ?

Elle lui adressa simplement un sourire maladroit. À ses yeux, son fils faisait preuve de bien trop de sérieux. À son âge, il pensait déjà de cette manière ? Elle ne savait pas si elle devait être fière ou s’en inquiéter ?


  • Je veux faire bonne figure, reprit-il en ajustant son costume. Peut-être y aura-t-il d’autres Richess de ma génération ? Je n’ai jamais rencontré leurs parents, si aujourd’hui ça doit être le cas, je veux être impeccable.
  • Tu es très bien, répondit-elle sincèrement. Et ne t’en inquiètes pas trop, c’est notre évènement…
  • Mais si Chuck Ibiss se présente…

Eglantine le regarda d’un air interrogatif, mais il ne finit jamais sa phrase.


  • C’est vrai que c’est quelqu’un d’impressionnant, sourit-elle. De tous, c’est lui que je m’attends le plus avoir ce soir. Si Marry Stein pouvait se montrer pour la vente, ce serait magnifique, rit-elle.
  • Pourquoi ? C’est les deux familles les plus en conflit…
  • Justement, s’ils pouvaient se disputer les tableaux, tu peux être certain que nous récolteront énormément de dons.
  • Maman, pouffa-t-il, tu es machiavélique en fait ?
  • Je ne vois pas de quoi tu parles, l’assaillit-elle d’un regard complice. Est-ce que nous y allons ? Nous ne devrions pas faire attendre trop longtemps notre chauffeur.

D’un petit air guilleret, elle glissa son bras sous le sien. Loyd fit de même en répondant à ses gentils petits gloussements. Il espérait bien qu’ils récolteraient les fonds nécessaires à la recherche et à l’idée que Chuck Ibiss puisse apparaître, le plus puissant des Richess, le père de Laure, il se sentait très impatient.

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