Souvenirs du bitume

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Note préliminaire : ce texte érotique est un conte ; il ne parle pas des précautions essentielles à prendre

Ne les oubliez pas, vous !

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Une de mes odeurs favorites… vous allez me prendre pour un dévoyé… est celle du bitume chaud lorsqu’on le répand sur les trottoirs.

Remarquez, j’aime aussi l’odeur de l’éther, et celle de l’essence… Bizarre, vous avez pensé : bizarre ?

C’était il y a quelques années. Je bossais alors au rez-de-chaussée d’un immeuble ancien, seul dans un bureau ayant fenêtre sur la rue. On était en été, et il faisait un temps superbe.

J’allai donc, en arrivant, ouvrir la fenêtre en grand pour tomber nez à nez sur un jeune et grand garçon noir, africain sans doute, qui me fit un immense sourire.

Choc ! Il devait avoir mon âge — soit vingt-cinq ans —, et me dit tout de go :

— Bonjour Monsieur ! Désolé, mais vous allez devoir refermer bientôt, parce qu’on met du goudron ici !

— Oh, ça ne me dérange pas…

— Comme vous voudrez.

C’était une splendeur que ce garçon-là. Son visage rectangulaire et parfaitement régulier était empreint d’une telle noblesse qu’il m’impressionna vivement… comme il m’attira irrésistiblement.

Je n’avais pas grand-chose à faire, à cette période, aussi décidai-je de m’asseoir sur le bord de la fenêtre pour suivre les travaux… et mater mon bel Africain.

Chose qui aurait dû attirer mon attention : il n’avait strictement aucun accent… africain, du moins. Mais une trace locale que je n’identifiai pas. J’étais tellement fasciné que je ne pensai point.

Je n’avais jamais fréquenté de noir, et ce fantasme me traversait régulièrement la tête…

Je le regardai donc… pour m’aviser qu’il avait repéré mes regards, et qu’il me les rendait avec de larges sourires, tandis qu’il balayait la surface à recouvrir…

Il ne portait qu’une large salopette, et pas de chemise. La beauté de ses épaules comme la musculature de ses bras ne tarda pas à me donner le tournis… Et la chaude couleur de sa peau !

Bref, j’étais parti dans un fantasme éperdu… Il avait l’air tellement gentil, aussi, avec ses airs de petit garçon dans un corps d’athlète olympique !

Le boulot commença et l’odeur si troublante du bitume commença à m’enivrer… comme si la beauté de ce garçon ne suffisait pas !

Il ne cessait de m’envoyer des regards, comme s’il vérifiait que je le regardais bien… Dieux, qu’il était beau !

Quand les mètres de trottoir furent recouverts, il me fit signe de sortir, ce que je fis à toute vitesse !

Un passage avait été prévu, et il m’attendait juste devant la porte de l’immeuble. On ne se dit rien. On se regarda bêtement, plutôt… Enfin, moi, surtout ! Puis j’osai :

— Un coup à boire ?

— Oh oui, ce serait gentil !

Je le fis entrer et, dans mon salon, il fit tomber ses bretelles… retenant de justesse le bas ; mais j’avais pu voir qu’il n’avait pas de dessous…

Quel torse ! Et de si jolis tétons pointus… Et ce sourire !

— Alcool, ou pas ?

— Oh oui ! J’en peux plus là !

— Des bulles ?

— Youpi ! fit-il, le visage éclairé comme celui d’un gamin à qui on venait de promettre le cinéma.

Dieux, qu’il était beau !

Les bulles ont ceci de charmant qu’elles désinhibent assez vite… surtout quand on est à jeun, et je me détendis promptement.

— Au fait, c’est quoi, ton nom ? demanda le garçon, me tutoyant spontanément. Moi, C’est Valentin.

— Et moi Romain.

— Très joli… et deux noms latins.

— Hein ?

— J’me suis renseigné !

J’étais un peu épaté que cet ouvrier africain eût connaissance de ces choses : ou c’était un reste de racisme ?

— T’es d’où ? demandé-je sans réfléchir.

— Saint-Trou-les-Boutanches, Meuse-et-Loire.

— Connais pas.

— C’est sur la ligne de Nancy.

Je dus alors me présenter géographiquement aussi. On trinqua et retrinqua, et je me sentais couler… en absence de tout iceberg.

Dieux, qu’il était beau ! Vint le coup de grâce :

— Là, je bosse plus aujourd'hui. Est-ce que… je pourrais prendre une douche, ici ?

— Ben… Non, car il n’y a que des bureaux, ici. Mais… si… si… tu veux… j’habite à trois minutes, et…

Le mec souriait de toutes ses dents, qu’il avait blanches et parfaitement alignées, et je perçus une petite touche d’ironie en ce sublime sourire…

— Si tu me proposes, je viens.

— Oui.

On y fut donc. Non sans se lancer des regards en coin sur le court chemin… Dieux, qu’il… etc.

— Tu te douches pas, toi ? me demanda-t-il alors qu’il avait viré sa salopette

Je me déloquai incontinent, ayant accepté les conséquences inéluctables de ce qui allait suivre…

Ma petite douche italienne pouvait bien nous contenir tous deux, et c’est ce qu’elle fit bravement. Mais elle n’empêcha point que deux quéquettes émues y fissent connaissance.

Son membre était long, mais pas trop, épais, mais pas trop non plus et… magnifique… plus que trop ! Bref, vous imaginez pourquoi le mien le prit pour petit camarade !

— J’aime bien tes poils noirs sur ta peau toute pâle, dit Valentin.

— Oh… Je…

— Dis rien, va ! Sauf si… t’as envie que je te prenne dans mes bras.

— Oui.

L’incomparable Valentin me saisit alors avec toute la douceur du monde et se mit à me faire des bisous dans le cou. Je sentais contre ma quéquette la vigueur de la sienne, et… surtout ! Surtout, l’incroyable douceur de ses bras et de sa peau.

Il ne fallut pas des ères, ni même des secondes pour qu’il vînt chercher ma bouche, que je lui donnai avec ivresse (oui, je sais que cette façon de dire est très… trop… mais bon, ce fut).

Sa langue furieuse dépassait tout ce que j’avais connu en ce domaine. Oh que j’en fus ivre plus encore que des bulles que nous avions ingurgitées !

Le moment dura au-delà du raisonnable… mais qui avait à l’être à ce moment ? On n’eut pas besoin de se sécher, et l’on fila tout droit à ma chambre.

Mon beau Lorrain (puisqu’il avait donc quitté le statut d’Africain) fut la perfection même.

Ce nous fîmes ne vous regarde pas… même si ça vous intéresse drôlement, j’imagine !

L’amour. C’est ce que nous fîmes doucement. Avec une sorte de respect mutuel qui m’étonna.

Il était magnifique du haut en bas, ce mec. Grand, mince mais musclé, parfaitement dessiné, il ressemblait à un kouros… si ce n’est qu’il avait la quéquette nettement plus développée que celle des jeunes gens grecs.

Nous nous emmêlâmes doucement, mais efficacement, et… mon beau Valentin fut en moi. Pas trop facilement, certes, compte tenu de son étonnante et grande beauté…

Mais j’y passai sans souffrir, tant il était doux.

Et il prit un plaisir que je sentis vif, mais qui m’étonna : il émit seulement des « C’est bon, c’est bon, Romain ! »

À ma surprise, il me pria de lui en faire autant, et… je fus encore surpris : son p’tit cul carré, que j’avait pourtant soigneusement léché longuement avant, se révéla bien serré…

Oh ! Il était pas puceau, tout de même ? Je le bourriquai gentiment, et il geignit juste ce qu’il faut pour me signaler qu’il aimait ça…

Et je débordai en lui, tandis que nous gueulions l’un et l’autre. Dans la douche, il me roula un super patin.

— J’t’adore, mon p’tit blanc d’amour !

— Merci, M’sieur !

— Tu voudrais que…?

— Quand tu veux.

Mélangés, et partageant les plus bavouilleux baisers, nous parvînmes pourtant à causer…

Non que j’eusse de réelles vues sur ce garçon, quelque beau qu’il fût, mais… il était tellement éblouissant !

Mais si nous avions des choses à nous dire était une autre affaire. Qui m'était sans réponse immédiate.

Ça ne m’engageait évidemment à rien de faire l’amour avec cette douce beauté… et je ne comptais pas m’en priver !

Valentin était un rayon de soleil, nonobstant sa sombre couleur. Ses yeux, son sourire, sa seule présence même éclairaient ma chambre et… je chavirai sans autre moyen de retrouver contenance.

Et une curieuse idée me vint à l’esprit, en caressant son torse à la troublante douceur : la peau noire m’était rassurante.

Et dire que je n’avais jamais réellement fantasmé sur les noirs ! Un peu, par-ci, par-là, comme je l’ai dit. Là, soudain, c’était une limpide révélation.

Je revins pourtant à la réalité, lui demandant :

— Y a quelqu’un, dans ta vie ?

— Quelques uns, oui ! fit-il avec un large sourire.

— Donc pas d’amoureux attitré ?

— Des p’tits copains de baise attitrés, on dira.

On se regarda alors un peu louchement, et Valentin finit par murmurer :

— S’tu veux… toi aussi, tu…

— Tu m’acceptes dans ton harem ?

Valentin rigola — ce sourire ! Et il opina à ma supposition. Moi, entrer au harem d’un ouvrier des travaux publics ! Si mes parents avaient eu vent de l’affaire, comme ils en eussent attrapé, des spasmes !

Mais il était souverain, ce garçon-là. Et j’étais subjugué, comme vous l’avez compris.

Les choses furent transparentes, dès ce moment. Valentin était d’ailleurs aussi simple qu’il était beau : la perfection.

Mais évidemment, comme il me l’avait dit, il n’avait pas que moi à satisfaire… Nous prîmes rendez-vous pour la semaine suivante, et je ne fis rien d’autre que de griller d’impatience à petit feu…

Je n’avais personne, alors, et les p’tits coups trouvés dans les bars gay de la ville ne me satisfaisaient évidemment guère. Et là… je ne sortis plus, attendant le rendez-vous promis en me morfondant comme un ado…

La seconde séance fut encore plus parfaite que la première… sans doute parce qu’elle était attendue avec ferveur. On s’entredéfonça nettement plus longtemps, d’ailleurs, et il parut qu’on prit un plaisir décuplé…

M’illusionnais-je ? Tout nu, lavé et léché… j’avais l’impression qu’il émanait encore de son éclatante beauté une fine odeur de bitume…

Bien sûr, le moment passa trop vite ; j’eus un nouveau rencard la semaine suivante…

Et ces choses durèrent tout l’été. Mais début septembre, je me décidai enfin à sortir : au Pélican moldave, vaste brasserie gay-freundlich du centre ancien. Où je tombai sur mon Valentin, entouré d’une bande de noirs fort joyeux ; il me fit signe de les rejoindre. Et la suite… fut que je me retrouvai tout nu dans un méli-mélo de beautés sombres, Valentin et cinq autres mecs de notre âge, et vigoureux !

J’en eus pour mon argent ! Il me parut vite que ces garçons étaient en manque de… blanc, mais pas le vin de nos provinces, non ! J’en pris pour mon grade — avouons que ça restera un souvenir extraordinaire et fantasmatique !

Je niquai moi-même tous les mectons, de réels beaux p’tits gars, mais, sur le chemin du retour, je me sentis las, et triste. Au point que les larmes me vinrent. Je dus m’essuyer les yeux et j’entendis :

— Ho ! Ça va pas ?

— Je… Oh !

Je me trouvai devant un jeune mec blond et souriant.

— Je peux vous aider ?

— Non, non… C’est trop con… la vie.

— Chagrin d’amour ? Je sors d’en prendre, alors je connais ! fit le garçon, joyeusement.

Je l’envisageai. Il était d’une grande finesse, et sans doute à peine plus jeune que moi. Et beau ! Je dus lui sourire. Son visage s’éclaira :

— Ah ! Ça va d'jà mieux ! Je suis Aurélien.

— Romain.

— Deux noms latins !

— Non, pas ça ! m’écriai-je.

— Qu’est-ce que vous avez contre le latin ? Et contre mon nom d’empereur… Romain ?

— Oh, tu… — là j’avais craqué.

La suite est assez convenue… j’en conviens. Nous nous plûmes… dans son plume. Bien sûr, compte tenu de mes exploits au sein du harem de Valentin, les choses furent tendres surtout, d’abord. Mais le samedi matin… Oh ! Qu’il fut beau, ce samedi matin-là !

Aurélien se révéla un ange. Et mille fois plus proche de moi que ne pouvait l’être le splendide et sexuel Valentin…

Pour la première fois, je fus amoureux… Sérieux ! On n’eut pas de mal à se découvrir, tant nos cultures étaient proches, et… si l’on a un projet, c’est de se marier.

Valentin éclata de rire quand je lui dis au téléphone que j’avais rencontré l’amour de ma vie. Il suggéra aussi que… Non ! Je ne prendrai pas le risque de mettre entre Aurélien et moi cette incandescente beauté !

Néanmoins, quand je passe près d’un chantier où il y a du bitume… je soupire. Alors Aurélien me file une grande tape sur la fesse, et ça passe.

25. VII. 2020

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